Le projet de l’UE sur des voies ferrées plus silencieuses n’est pas encore sur les rails

Le transport de personnes et de marchandises par chemin de fer pourrait être une manière de réduire la pollution de l’air causée par le trafic routier, un objectif essentiel de la politique de l’UE sur le transport par rail. Cette solution entraînerait toutefois un autre risque pour les habitants proches des voies ferrées : les nuisances sonores.

EURACTIV.com
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Le transport de personnes et de marchandises par chemin de fer pourrait être une manière de réduire la pollution de l’air causée par le trafic routier, un objectif essentiel de la politique de l’UE sur le transport par rail. Cette solution entraînerait toutefois un autre risque pour les habitants proches des voies ferrées : les nuisances sonores.

La Commission européenne devrait présenter au printemps une refonte de la directive de 2002 sur le bruit ambiant destinée à créer des cadres de vie et de travail plus calmes. La nouvelle législation sur le rail vise également à accélérer la modernisation des services et des infrastructures ferroviaires transfrontaliers.

Plus de 400 000 wagons de marchandises grinçants sillonnent l'Europe et le bruit qu’ils émettent risque de nuire à la santé, selon une étude.

D'après une nouvelle étude française, l'exposition à long terme au bruit du train peut perturber le sommeil, entraîner une diminution des niveaux de concentration qui pourrait même passer inaperçue pour ceux qui se trouvent à portée de voix des chemins de fer.

« En règle générale, il semble que les personnes constamment exposées à des bruits ferroviaires nocturnes souffrent de somnolence diurne chronique qui se manifeste par des effets néfastes sur l'attention et par la somnolence diurne, même si elles ne sont pas nécessairement au courant de ces déficits », selon l'étude publiée dans le Journal of Environmental Psychology à laquelle ont participé des chercheurs de l'université de Strasbourg et la société nationale des chemins de fer français, la SNCF.

Selon les chercheurs, le bruit constant à long terme cause des préjudices « au fonctionnement diurne. »

Le fer et l'acier

Le contact entre les blocs de frein en fonte et les rails en acier provoque la plupart du bruit des trains. Les trains plus modernes utilisent un alliage qui diminue la tension et l’utilisation de parties en composite pour la rénovation de wagons plus anciens a porté ses fruits.

« Il s'agit d'un grand défi qui vient juste d'être relevé », a déclaré Matthew Ledbury, un conseil principal en environnement pour la Communauté européenne du rail (CER), même si le financement du  rééquipement de vieux trains avec des systèmes de freins plus silencieux reste « le grand défi ».

Des absorbeurs de bruit sur rail, des murs du son parallèles aux voies et une meilleure isolation des maisons le long des lignes de chemin de fer font partie des autres méthodes de réduction des nuisances sonores. Une étude publiée en février par l'Union internationale des chemins de fer (UIC) révèle que la Suisse, pays non membre de l'UE, est le premier État à contrôler le bruit des trains, suivi par l’Allemagne et les Pays-Bas.

Le rééquipement d'anciens wagons est toutefois considéré comme la solution la meilleure marché. Selon des données de l'industrie du rail, équiper près de l'ensemble des anciens wagons de fret coûterait autant que les murs du son, à savoir entre 150 et 200 millions d'euros par an.

Des essais révèlent que l’utilisation de matériaux composites dans les systèmes de frein peut réduire de moitié les niveaux sonores des freins, à savoir 10 décibels, en comparaison avec la fonte. Une conversation normale entre êtres humains atteint environ 60 décibels.

« Le rééquipement est la [méthode] la plus rentable si elle est appliquée au cours de l'inspection obligatoire des wagons de fret qui doit être effectuée au moins tous les six ans », indique le rapport de l’UIC de 2007.

Avions contre trains

Dans son premier paquet ferroviaire, la Commission a proposé des mesures en vue de réduire les redevances d'accès aux infrastructures afin de contribuer au passage à des wagons de train plus neufs et plus silencieux. Son paquet « Infrastructures de transport » dans le cadre du réseau européen de transport (RTE-T) et le mécanisme pour l'interconnexion en Europe visent également à encourager des modes de transport plus silencieux. Dans le même temps, le paquet de décembre 2011 pour de meilleurs aéroports à l'horizon 2030 demande fortement aux compagnies aériennes de diminuer progressivement le nombre d'avions anciens et bruyants.

Le bruit des avions demeure une source principale d'angoisse politique et de nombreux aéroports de l'UE appliquent des restrictions sur les atterrissages de nuit. Selon des estimations, un avion de taille moyenne produit environ 90 décibels en vol, alors qu'un train de marchandises est légèrement plus silencieux à 15 mètres d’une habitation.

L'année dernière, des chercheurs de l'Institut de médecine aérospatiale à Cologne ont toutefois révélé que les trains pourraient provoquer plus de problèmes pour l'homme.

« L'exposition à des bruits nocturnes de trains de fret en Allemagne a été associée à des probabilités de réveil plus élevées que celles des nuisances sonores d'avions, ce qui contraste avec les découvertes de nombreuses enquêtes sur la gêne et sur les taux de gène de notre étude. Pendant la nuit, une augmentation du bruit ferroviaire ne semble pas approprié », ont déclaré les chercheurs allemands.