Le système d’accueil des migrants dans l’UE serait « sur le point de s’effondrer »
Le système d’accueil des migrants dans l’UE serait « sur le point de s’effondrer », principalement à cause d’une planification inadéquate et de la hausse de la demande, a déclaré la dirigeante d’une délégation d’eurodéputés après avoir visité trois centres d’accueil mercredi.
Le système d’accueil des migrants dans l’UE serait « sur le point de s’effondrer », principalement à cause d’une planification inadéquate et de la hausse de la demande, a déclaré la dirigeante d’une délégation d’eurodéputés après avoir visité trois centres d’accueil du bloc mercredi soir (22 février).
« Nous avons échangé nos opinions sur les problèmes liés aux capacités d’accueil en Europe », a déclaré Lena Düpont, eurodéputée du Parti populaire européen (PPE), au nom de la délégation après avoir visité les centres d’accueil de Bruxelles, Calais et Ter Apel. Elle a également ajouté que cette situation était due à « plusieurs facteurs ».
Cette crise est notamment due aux « lacunes des plans d’urgence après la crise de 2015, à l’augmentation des besoins en termes de matériel et de logement suite à l’augmentation du nombre d’arrivées après la diminution pendant la pandémie, ainsi qu’à des circonstances imprévues telles que l’activation de la directive sur la protection temporaire pour les personnes fuyant la guerre russe en Ukraine ».
La migration figure une fois de plus en tête des préoccupations au sein de l’UE. En plus de la crise des réfugiés ukrainiens qui a débuté il y a un an, les arrivées par les principales routes migratoires, comme celle de la Méditerranée et des Balkans occidentaux, ont considérablement augmenté.
En effet, selon les données de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), les franchissements irréguliers de frontières ont augmenté de 77 % en 2022 par rapport à l’année précédente.
Le nombre croissant d’arrivées, associé à l’absence d’une politique de gestion des migrations coordonnée au niveau de l’UE, a enhardi les trafiquants d’êtres humains.
Les migrants qui arrivent se retrouvent bloqués dans différentes zones sensibles aux frontières de l’UE ou à l’intérieur du territoire de celle-ci. Ils vivent dans des conditions de précarité et se voient confrontés à des formalités administratives complexes. En outre, les systèmes d’asile des différents États membres sont fragmentés.
« Les eurodéputés ont raison d’attirer l’attention sur la situation inadmissible qui se déroule dans plusieurs États membres de l’UE, qui résulte du même manque de volonté politique que celui que nous constatons dans des endroits comme la Grèce depuis de nombreuses années », a confié à EURACTIV Stephanie Pope, experte en migration chez Oxfam UE.
« Rien ne justifie que des personnes cherchant la sécurité en Europe doivent vivre dans des conditions de misère tout en restant coincées dans les limbes juridiques », a-t-elle ajouté.
Quid des passages légaux et en sécurité ?
La délégation s’est penchée sur la situation des traversées irrégulières et des activités des passeurs, mais n’a aucunement fait mention de passages légaux ou en sécurité après ses visites.
« La chose la plus importante pour nous est le passage en toute sécurité », a déclaré Jess Sharman, responsable des opérations de Care4Calais, une organisation fournissant une assistance humanitaire et juridique aux personnes en transit.
« La grande majorité des personnes que nous rencontrons dans le nord de la France n’ont aucun moyen légal ou sûr de traverser la Manche », a expliqué Mme Sharman à EURACTIV.
Selon elle, ces personnes devraient bénéficier du régime de protection temporaire au Royaume-Uni dont bénéficient déjà les Ukrainiens.
« Si [les migrants] pouvaient partir par des voies légales sûres, cela mettrait fin aux activités de trafic. »
Les conclusions de la délégation
Les députés européens ont déclaré que leurs conclusions « alimenteront » une discussion au Parlement européen, où ils espèrent « conclure les négociations sur le nouveau Pacte sur la migration et l’asile avant la fin de la législature actuelle, afin de garantir une législation plus efficace et de trouver un juste équilibre entre responsabilité et solidarité ».
L’UE travaille actuellement sur une série de textes législatifs afin de doter l’Union d’un système harmonisé de gestion des flux migratoires et compte les approuver avant les prochaines élections européennes, prévues au printemps 2024.
Une feuille de route, non contraignante sur le plan juridique, a été établie par les institutions européennes en septembre 2022.
Cependant, au vu des dernières conclusions du Conseil européen du 10 février dernier, les États membres ne semblent pas favorables à un système d’accueil renforcé, mais insistent au contraire sur le renforcement du contrôle des frontières de l’UE et davantage de retours de migrants.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]