Les attaques au nord du Kosovo s’intensifient, la Serbie demande l’envoi de troupes à l’OTAN
Ce week-end, la situation dans le nord du Kosovo a gagné en intensité, ce qui a entraîné le report des élections prévues pour les responsables locaux et l’annonce par le président serbe qu’il demanderait à l’OTAN l’envoi de militaires serbes dans le pays.
Ce week-end, la situation dans le nord du Kosovo a gagné en intensité avec des attaques contre la police locale, des barrages routiers, des coups de feu et des explosions, ce qui a entraîné le report des élections prévues pour les responsables locaux et l’annonce par le président serbe qu’il demanderait à l’OTAN l’envoi de militaires serbes dans le pays.
Dans les régions de Zvecan et de Leposavic, les Serbes, qui sont majoritaires, ont commencé à bloquer les routes, et à Ujman, la police a déclaré avoir été la cible de tirs.
« Des personnes appartenant à certains groupes criminels qui ont bloqué plusieurs routes dans le nord du pays depuis différents endroits ont à trois reprises ouvert le feu en direction d’unités de police qui étaient en service officiel près du barrage du lac Ujman, sur la route menant au point frontalier de Bërnjak », peut-on lire dans le communiqué.
« Les unités de police, en état de légitime défense, ont été contraintes de riposter avec des armes à feu contre les personnes ou groupes criminels, qui ont battu en retraite et sont partis dans une direction inconnue. Par ailleurs, sur la base des informations fournies par les unités de police sur le terrain, à plusieurs endroits différents, des coups de feu ont également été entendus. »
Samedi soir, deux explosions ont été signalées à Zvecan et des coups de feu ont été tirés à Zubin Potok. Les Serbes ont renforcé les barricades pendant la nuit et ont même installé des tentes pour accueillir ceux qui bloquent les routes pendant la nuit.
Aucun blessé n’a été signalé, mais les autorités du Kosovo ont déclaré que deux Serbes avaient été arrêtés pour avoir agressé des fonctionnaires de police.
Des journalistes du média régional BIRN ont également été agressés vendredi à Mitrovica Nord alors qu’ils couvraient la situation. Leur voiture a été frappée avec des objets lourds.
Les élections locales devaient se tenir le 18 décembre dans les municipalités du nord du Kosovo à majorité serbe. Les élections à Mitrovica Nord, Zubin Potok, Zvecan et Leposavic devaient avoir lieu suite aux départs de représentants de l’ethnie serbe en novembre pour protester contre la décision du gouvernement du Kosovo d’exiger que tous les citoyens du pays possèdent des plaques d’immatriculation émises par les autorités kosovares.
Cette mesure aurait des répercussions sur quelque 10 000 Serbes qui utilisent encore des plaques émises par l’ex-Yougoslavie et refusent de reconnaître l’indépendance du Kosovo.
La présidente kosovare Vjosa Osmani a annoncé qu’en raison des fortes tensions, les élections seraient reportées à avril 2023.
« Nous avons discuté du moment le plus approprié et, finalement, suivant ma proposition, nous sommes arrivés à la conclusion unanime qu’elles devaient être reportées à avril 2023 », a-t-elle déclaré.
Le président serbe Aleksander Vucic a annoncé qu’il allait demander à la Force pour le Kosovo (KFOR), la force internationale de maintien de la paix menée par l’OTAN, l’autorisation d’envoyer l’armée et la police serbes au Kosovo.
« Nous nous sommes mis d’accord aujourd’hui sur le texte visant à envoyer une demande au commandant de la KFOR, en vertu de la résolution 1244, pour assurer le déploiement de membres de l’armée et de la police serbes sur le territoire du Kosovo, et la décision du gouvernement à ce sujet sera prise lundi ou mardi », a-t-il déclaré.
La résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies prévoit qu’« après le retrait, un nombre convenu de militaires et de policiers yougoslaves et serbes seront autorisés à revenir au Kosovo » pour y exercer certaines fonctions. Il s’agit notamment d’assurer la liaison avec la présence internationale civile et de sécurité, de déminer les champs de mines, d’assurer une présence sur les sites du patrimoine serbe et aux postes frontières importants.
Des sources au sein du gouvernement kosovar ont toutefois confié à EURACTIV que l’interprétation de la résolution 1244 par Belgrade ne permet pas le retour des militaires pendant les périodes de troubles.
Une réponse de l’UE et des États-Unis est nécessaire
Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, a réagi aux menaces et a demandé une réponse de l’UE et des États-Unis.
« Le Kosovo est un État européen, démocratique et pro-américain. Avec cette direction, la Serbie est autocratique, pro-asiatique et belliciste. Nous ne voulons pas de conflit, nous voulons la paix et le progrès, mais nous répondrons à l’agression avec toute la puissance dont nous disposons », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que « toute absence de sanction par l’UE et les États-Unis en réponse à cette violence orchestrée encouragera Belgrade à pousser davantage à la déstabilisation du Kosovo ».
Il a également accusé la Serbie de s’éloigner de l’UE et de s’appuyer plutôt sur les accords de l’ONU, car « ils veulent retourner au Conseil de sécurité de l’ONU (CSNU) [ils peuvent disposer du] veto de la Russie [et de la Chine] ».
M. Kurti a également déclaré que son gouvernement travaille avec la KFOR pour faire face à la situation « malgré les menaces d’agression militaire », ajoutant que « la République du Kosovo se défendra — avec force et détermination ».
Les États-Unis ont condamné les incidents violents qui se sont produits ces derniers jours dans le nord du Kosovo, a confié à VOA un porte-parole du département d’État américain.
« L’utilisation d’explosifs n’est jamais une méthode acceptable de protestation et met en danger la vie de personnes innocentes », a déclaré le porte-parole.
Il a ajouté que « les États-Unis continuent d’appeler le Kosovo et la Serbie à faire preuve de retenue et à éviter toute action ou déclaration qui pourrait aggraver les tensions ».
Belgrade n’est pas responsable des barrages routiers
Le président serbe, s’exprimant après une session d’urgence du conseil national de sécurité, a exhorté les Serbes et les Albanais à la désescalade et au maintien de la paix.
« Nous sommes dos au mur. C’est le jour le plus difficile depuis que je suis président… Ce que nous voyons ici est une bataille difficile pour la survie d’un peuple sur son territoire », a-t-il déclaré.
Il a également ajouté qu’il avait reçu des garanties de la KFOR et de l’Europe qu’aucune action violente ne serait entreprise contre les manifestants. Il a également nié les accusations selon lesquelles Belgrade serait derrière la mise en place des barricades.
« Il s’agit d’une protestation en raison des arrestations, des passages à tabac, du harcèlement, du non-respect de l’accord de Bruxelles », a expliqué M. Vučić.