Les Balkans occidentaux signent des accords historiques à Berlin
Les dirigeants des six pays des Balkans occidentaux ont signé trois accords dans le cadre du processus de Berlin jeudi (3 novembre). Ils envoient ainsi un signal positif en amont du sommet décisif des Balkans occidentaux qui se tiendra en Albanie en décembre.
Les dirigeants des six pays des Balkans occidentaux ont signé trois accords dans le cadre du processus de Berlin jeudi (3 novembre). Ils envoient ainsi un signal positif en amont du sommet décisif des Balkans occidentaux qui se tiendra en Albanie en décembre.
Le chancelier allemand Olaf Scholz et les hauts responsables de l’UE — Ursula von der Leyen et Charles Michel — se sont joints aux dirigeants de Serbie, du Kosovo, de Bosnie-Herzégovine, du Monténégro, de Macédoine du Nord et d’Albanie à l’occasion du sommet du processus de Berlin.
« L’Europe sans les Balkans occidentaux n’est pas complète, et les pays de la région doivent avoir confiance dans le processus de Berlin », a déclaré M. Scholz, qui accueillait le rassemblement.
Ce format, initié en 2014 sous l’égide de l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel, vise à encourager le rapprochement entre les six États des Balkans occidentaux et certains pays de l’UE et à promouvoir l’intégration entre les États de la région.
M. Scholz a déclaré que les six pays des Balkans occidentaux « appartiennent à la partie libre et démocratique de l’Europe », mettant en avant la nécessité de concrétiser leur désir de longue date de rejoindre l’UE.
Les participants ont convenu dans leur communiqué commun d’organiser le prochain sommet du processus de Berlin en 2023 en Albanie. Le pays accueillera également le prochain sommet des Balkans occidentaux le 9 décembre 2022.
Une plus grande mobilité
Après deux ans de négociations intenses, les six pays ont conclu des accords visant à faciliter la libre circulation des citoyens dans toute la région ainsi que la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles des médecins, dentistes et architectes. Actuellement, la reconnaissance de ces documents peut coûter jusqu’à 500 euros.
Ces accords ne sont pas seulement considérés comme une avancée pour l’intégration régionale, ils revêtent également une importance particulière dans le contexte des tensions actuelles entre Belgrade et Pristina.
Des incidents mineurs ont été signalés à la frontière entre les deux pays ces derniers jours, alors que Pristina a commencé à mettre en œuvre une loi exigeant que tous ses citoyens soient munis de plaques d’immatriculation kosovares.
Cette mesure a des répercussions sur l’ethnie serbe du nord, qui insiste pour conserver les plaques délivrées avant l’indépendance du Kosovo.
M. Scholz a déclaré qu’il espérait que le nouvel accord sur la reconnaissance mutuelle ouvrirait la voie à une nouvelle conciliation entre les deux pays.
« Il est temps de surmonter les différends régionaux, qui vous ont longtemps divisés, et il faut accélérer le processus de normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie », a ajouté M. Scholz.
Le chancelier a déclaré que la guerre de la Russie en Ukraine a renforcé la nécessité d’une résolution « pour préserver la liberté et la sécurité de l’Europe ». Dans le cas contraire, elle pourrait « vous diviser et retenir vos pays sur le chemin de l’Europe », a-t-il ajouté.
L’accord a été conclu quelques semaines seulement après la divulgation, par plusieurs médias des Balkans occidentaux, d’un document officieux franco-allemand sur la normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie.
Si son existence a été confirmée par Belgrade et Pristina, les opinions sur son contenu diffèrent. Les médias rapportent que le plan prévoit que Belgrade accepte, sans le reconnaître officiellement, l’indépendance du Kosovo, tout en obtenant des avantages financiers et la perspective d’une adhésion à l’UE en contrepartie.
Dans un discours prononcé à Berlin, le Premier ministre albanais Edi Rama a salué le rôle joué par M. Scholz dans les négociations des trois accords.
« Je ne peux m’empêcher de souligner que ces accords étaient trois accords que nous attendions depuis deux ou trois ans ; ils étaient bloqués », a déclaré M. Rama.
« L’UE continue de soutenir les Balkans occidentaux »
En référence à l’élargissement de l’UE, M. Rama a également déclaré que les pays de la région ont enfin le sentiment de ne pas être des laissés-pour-compte.
La récente tournée de la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, dans certains pays des Balkans occidentaux a amené un soutien financier important, au-delà des simples discours de solidarité, a ajouté M. Rama, évoquant les 80 millions d’euros destinés aux investissements énergétiques dans son pays.
Ses commentaires surviennent alors que le processus d’élargissement de l’UE a, principalement en raison de la guerre en Ukraine, été soudainement relancé après près d’une décennie de stagnation.
La semaine dernière, l’exécutif européen a annoncé un programme d’aide énergétique de 500 millions d’euros pour la région. Cette annonce intervient alors que la hausse des prix de l’énergie déclenchée par la guerre en Russie et l’arrivée de l’hiver provoquent une onde de choc dans les économies européennes déjà aux prises avec une inflation croissante.
« L’Union européenne continue de soutenir les Balkans occidentaux, dans les bons comme dans les mauvais moments », a déclaré Mme Von der Leyen à Berlin.
« Nous investissons dans le tissu économique de la région afin de favoriser la transition vers une énergie propre et de sortir plus vert, plus fort et plus durable de la crise actuelle », a-t-elle ajouté.
Berlin considère que l’élargissement de l’UE « revêt une nouvelle urgence en raison de la guerre en Ukraine et des nouveaux bouleversements géopolitiques », a déclaré un haut responsable du gouvernement allemand.
Par ailleurs, le renforcement de la coopération régionale est essentiel pour lutter contre l’influence de la Russie dans la région, ont déclaré des diplomates européens ces dernières semaines.
« La stratégie de la Russie a consisté à manipuler les clivages au sein des Balkans occidentaux. Nous aimerions contrer cela. Nous aimerions renforcer la coopération entre ces pays. Et nous aimerions les rapprocher de l’UE », a déclaré un haut diplomate allemand sous couvert d’anonymat.