Les courriers aux électeurs sur la sellette pour les européennes

Les ministères de l'Intérieur et du Budget songent à faire des économies en supprimant l'envoi de courriers aux électeurs, avant les élections européennes. Une économie de quelques dizaines de millions d'euros, qui sera arbitrée avant mercredi 25 septembre, date de la présentation du projet de loi de finances 2014.

EURACTIV.fr
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Les ministères de l'Intérieur et du Budget songent à faire des économies en supprimant l'envoi de courriers aux électeurs, avant les élections européennes. Une économie de quelques dizaines de millions d'euros, qui sera arbitrée avant mercredi 25 septembre, date de la présentation du projet de loi de finances 2014.

Pour certains politiques français, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Le projet du gouvernement français de supprimer l'envoi de courriers aux électeurs pour présenter les candidats et les bulletins de vote, révélé par le Bulletin Quotidien, manifesterait un manque d'égard envers les questions européennes.

Moins de papiers pour plus d'économies

Pour toutes les élections en France, les citoyens inscrits sur les listes électorales reçoivent, deux semaines avant la date des élections, un courrier présentant la profession de foi des candidats ainsi que les bulletins de vote que les électeurs retrouveront au bureau de vote.

Une façon de se familiariser avec les candidats, et d'attirer l'attention de l'électeur, si ce n'est sa réflexion. En pratique, ces bulletins atterrissent souvent dans les corbeilles à papier. C'est en tout cas l'argument avancé par les services du ministère de l'Intérieur qui songent à cette réforme à quelques jours de la présentation du projet de loi de finances pour 2014. 

L'argument des économies ne devrait pas forcément plaire à La Poste. Ni au Conseil constitutionnel s'il s'en mêlait. Le projet de la place Beauvau serait en effet de remplacer les petits papiers par des emails. Or le taux de pénétration de l'Internet n'étant pas de 100 % en France, mais de 83 %, la circulation de l'information ne serait pas optimale. Et entraînerait surtout une rupture de l'égalité des citoyens, un principe fondateur de la République.

Les ministères du Budget et de l'Intérieur à la manoeuvre

Le projet ne touche que les élections européennes, qui sont déjà largement boycottées par les électeurs. Le taux de participation est passé de près de 50 % en 1994 à seulement 40 % aux dernier vote de 2009. Mal aimée et mal comprise, l'élection pourrait de surcroît être oubliée.

Ce qui visiblement est le cadet des souci du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, aux ambitions plus nationales qu'européennes. Les ministères du Budget et de l'Intérieur, qui se seraient mis d'accord sur le projet, n'ont en revanche pas songé à toucher aux sacro-saintes élections municipales, qui se tiendront 6 semaines avant.

Plusieurs dizaines de millions d'euros d'économie 

Selon nos informations, l'économie réalisée ne serait pas anodine : le coût total représenterait plusieurs dizaines de millions d'euros. Entre les frais postaux, le papier en quadrichromie, et les enveloppes, Bercy a visiblement minutieusement calculé l'opération, qui s'inscrit dans un budget de rigueur puisqu'il est question d'économiser 18 milliards d'euros.

"On comprend le raisonnement, d'autant que plusieurs pays européens ont déjà sauté le pas en supprimant le papier. Mais symboliquement, ce n'est vraiment pas le moment" avance une source au gouvernement. A moins de frapper toutes les élections, et non pas une seule.

Les petits partis ont réagi avec une virulence particulière contre le projet. Il faut dire que le pouvoir en place a naturellement une plus grande visibilité dans les médias, et n'a pas besoin de flyer pour se rappeler au bons souvenir des électeurs. Contrairement aux petits partis des extrêmes et aux centristes.