Les députés flamands veulent indemniser les anciens collabos

« Amnistier » et « indemniser » les personnes condamnées après 1945 pour collaboration. Ce sont les objectifs d’une proposition de loi à l’étude au Parlement belge, soutenue par la quasi-totalité des partis flamands.

EURACTIV.fr
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« Amnistier » et « indemniser » les personnes condamnées après 1945 pour collaboration. Ce sont les objectifs d’une proposition de loi à l’étude au Parlement belge, soutenue par la quasi-totalité des partis flamands.

L’ensemble des votes des partis francophones belges, soutenus par les écologistes flamands, n’aura pas suffi. Grâce à leur supériorité numérique, les formations politiques flamandes ont réussi à inscrire à l’agenda législatif une proposition de loi effaçant toutes les condamnations pour collaboration pendant la Seconde Guerre Mondiale. Une première dans le pays.

Victimiser les collabos 

Depuis 20 ans, l’extrême droite flamande, représentée par le parti xénophobe et séparatiste Vlaams Belang, dépose ce texte tous les ans à la Chambre et au Sénat. 

Si des pays comme la France ont, dès les années 50, amnistié de nombreux anciens collaborateurs, le texte belge va beaucoup plus loin. 
 
L’expression « actes d’incivisme prétendument commis » présente dès le début, cherche à décrédibiliser la justice belge d’après guerre qui n’aurait agi que par vengeance. Elle aurait condamné plus sévèrement les Flamands que les Francophones, souvent sans preuve, dans le but unique de détruire l’identité flamande. 
 
Et le texte ne s’arrête pas là. Il affirme aussi « qu’il y avait une part de résistants parmi ceux que l’on a qualifié de collaborateurs ». Quant aux résistants flamands, la justesse de leur combat est remise en cause. 
 
Indemniser les anciens SS 
 
En contrepartie, le texte laisse entendre que les Flamands ayant collaboré devaient avoir de bonnes raisons. « Il est malveillant d’assimiler à des délateurs et à des tortionnaires tous ceux qui ont été mêlés, de près ou de loin, à la collaboration. Cette remarque est particulièrement vraie pour la Flandre, où de nombreuses circonstances atténuantes peuvent être invoquées pour justifier la collaboration ». 
 
Dans tous les cas, les Flamands auraient donc été des victimes, ce qui permet ainsi de blanchir les leaders du mouvement indépendantiste flamand qui se sont largement compromis avec l’occupant nazi. 
 
Le chapitre 4 de la proposition de loi parachève le caractère révisionniste du texte. Il demande l’indemnisation de l’ensemble des personnes concernées mais aussi de leurs descendants jusqu’au troisième degré. Ainsi, un Flamand ayant servi dans la SS Langemark et toujours en vie toucherait une indemnité de la part de l’État belge. 
 
Fossé communautaire 

Ce vote communautaire a provoqué une vague d’indignations alors que le pays est plongé dans une crise politique depuis plus d’un an. Francophones et Flamands ne peuvent se mettre d’accord sur les réformes de l’État. 

Pour les Francophones, ce vote est une provocation. « C’est un coup de canif dans l’histoire et la mémoire des Belges. Le texte proposé est, en outre, une violation de la foi donnée à des décisions de justice. C’est une négation de l’État de droit. C’est consternant ! Cela ne restera pas sans suite et cela n’aidera pas les négociations gouvernementales », a déclaré Francis Delpérée, sénateur francophone dans la presse belge.

Pour justifier leur vote, les hommes politiques flamands avancent l’argument de la liberté d’expression. « Le Parlement est le seul lieu où l’on peut parler de tout, s’est justifié le sénateur Bert Anciaux (Sp.a – socialiste flamand) au quotidien belge Le Soir. Notre vote n’a pas porté sur le contenu, simplement sur le fait que l’on peut en débattre. »  

Quelque chose de pourri en Flandre 

Le ministre de la Justice belge, Stefaan de Clerck (conservateur flamand) a soutenu la tenue de ce débat, considérant qu’il était peut-être temps « d’oublier » le passé ». Il s’est attiré les foudres des associations juives du pays. 

Le chef du groupe Ecolo au Sénat, Jacky Morael  (Verts francophones), dénonce pour sa part le climat politique en Flandre devenu, « extrêmement puant, malsain, et anti-démocratique. Une certaine Flandre doit reconnaître qu’elle s’est fourvoyée avec l’occupant nazi, avec la Gestapo, qu’elle a permis l’arrestation de résistants, sous prétexte de faire avancer son projet nationaliste ». 

Le fils Van Rompuy 

Le blogueur et chroniqueur belge Marcel Sel a publié sur son site, la liste des sénateurs belges qui ont voté l’inscription de la proposition de loi à l’agenda de la Chambre. Parmi eux, Peter Van Rompuy, qui n’est d’autre que le fils d’Herman Van Rompuy, l’actuel Président du Conseil européen.