Les dirigeants de l’UE se rencontrent à Budapest au lendemain de la victoire de Donald Trump

Alors que la nouvelle de la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine se fraye encore un chemin dans les esprits, les dirigeants européens se rencontrent à partir de jeudi 7 novembre à Budapest, et le retour du républicain à la Maison-Blanche devrait émerger parmi les discussions.

EURACTIV.com
EU Summit
Conscients qu’ils devront à nouveau travailler avec Donald Trump, les dirigeants européens n’ont pas tardé à lui adresser leurs félicitations, et ce quelle que soit leur appartenance politique. [Getty Images/Thierry Monasse]

Alors que la nouvelle de la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine se fraye encore un chemin dans les esprits, les dirigeants européens se rencontrent à partir de jeudi 7 novembre à Budapest, et le retour du républicain à la Maison-Blanche devrait émerger parmi les discussions.

La Hongrie accueillera le sommet de la Communauté politique européenne (CPE) jeudi 7 novembre, suivi d’une réunion informelle des chefs d’État et de gouvernement de l’UE vendredi 8 novembre, où les conséquences du retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis devraient être de la conversation.

Conscients qu’ils devront à nouveau travailler avec Donald Trump, les dirigeants européens n’ont pas tardé à lui adresser leurs félicitations, et ce quelle que soit leur appartenance politique.

Le président français Emmanuel Macron (Renew) a fait partie de ceux qui n’ont pas attendu que les multiples organes de presse américains annoncent le vainqueur du scrutin pour faire une déclaration.

« Félicitations au président Donald Trump. Prêt à travailler ensemble comme nous l’avons fait pendant quatre ans. Avec vos convictions et les miennes. Avec respect et ambition. Pour plus de paix et de prospérité », a-t-il écrit sur X.

Le chancelier conservateur autrichien Karl Nehammer (Parti populaire européen, PPE) a quant à lui affirmé qu’il se réjouissait de relever ensemble avec succès les défis mondiaux, tandis que son homologue suédois Ulf Kristersson (PPE) a indiqué qu’il espérait poursuivre « les excellentes relations américano-suédoises en tant qu’amis et alliés ».

À gauche du spectre politique, les dirigeants sociaux-démocrates, traditionnellement moins proches idéologiquement des républicains, ont également félicité l’ancien président américain.

En Allemagne, le chancelier Olaf Scholz (Socialistes & Démocrates, S&D) a parlé de « promouvoir la prospérité et la liberté des deux côtés de l’Atlantique » pour le bien-être des citoyens américains et allemands.

L’Espagnol Pedro Sanchez (S&D) s’est engagé à travailler sur « un partenariat transatlantique fort », tandis que son homologue danoise Mette Frederiksen (S&D) a fait l’éloge d’un lien qui « a perduré à travers les générations ».

L’extrême droite se réjouit

La nouvelle de la victoire de Donald Trump a été accueillie favorablement par les dirigeants conservateurs et d’extrême droite qui attendent des retombées politiques positives, notamment le Premier ministre hongrois Viktor Orbán (Patriotes pour l’Europe), partisan et « ami » du républicain.

« La victoire de Donald Trump serait, à première vue, un énorme succès politique pour le Premier ministre Viktor Orbán », explique à Euractiv l’expert bruxellois Szalay Szabolcs, évoquant les bonnes relations qu’entretiennent entre les deux hommes politiques.

Le Premier ministre hongrois a été parmi les premiers à féliciter Donald Trump sur X, qualifiant sa victoire de « victoire dont tout le monde avait besoin ».

À la veille de la rencontre de la Communauté politique européenne et du sommet informel de l’UE à Budapest, l’élan politique que Viktor Orbán et d’autres partisans de la droite européenne pourraient gagner est susceptible d’influencer le ton des discussions.

Selon une source diplomatique, « il ne fait aucun doute qu’il [Viktor Orbán] se sentira renforcé et légitimé après la victoire de Donald Trump ».

En Italie, la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni (Conservateurs et réformistes européens, CRE) a également salué la victoire du républicain, tout comme Matteo Salvini (Patriotes pour l’Europe).

« Patriotisme, contrôle des frontières, réductions d’impôts, racines chrétiennes, liberté d’expression et engagement pour la paix dans le monde. Le bon sens, la passion et l’espoir ont gagné aujourd’hui aux États-Unis ! », a réagi Matteo Salvini sur X.

Le Premier ministre slovaque populiste Robert Fico — dont le parti a été exclu du groupe S&D en raison de ses positions de plus en plus extrémistes — a profité de l’occasion pour régler ses comptes avec les instituts de sondage lors d’une conférence de presse consacrée aux élections américaines.

« La principale leçon à retenir ici, une fois de plus confirmée par les États-Unis, est la suivante : ne jamais faire confiance aux médias ou aux sondages d’opinion. Je partage ce message avec les citoyens slovaques, car les médias ont toujours tendance à mentir, à créer une image différente de la réalité », a-t-il déclaré.

En Espagne, Santiago Abascal, leader du parti d’extrême droite Vox, a insisté sur le rôle du vote hispanique dans la victoire de Donald Trump sur X : « C’est l’heure des patriotes. C’est l’heure de la liberté ».

En France, la cheffe de file du Rassemblement national (Patriotes pour l’Europe), Marine Le Pen, a salué une « nouvelle ère politique » qui devrait contribuer au « renforcement des relations bilatérales ».

Incertitudes en matière de sécurité

Au-delà des félicitations d’usage, certaines craintes des dirigeants européens commencent déjà à filtrer avant les deux réunions qui se tiennent à Budapest en fin de semaine, en particulier la question de l’OTAN et de l’Ukraine.

Lors de son dernier mandat, Donald Trump a critiqué plusieurs membres européens de l’Alliance, estimant qu’ils ne dépensaient pas assez en matière de défense, et n’a jamais caché ses intentions de négocier directement avec le président russe Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre en Ukraine.

« Si [Donald] Trump est élu, les relations pourraient évoluer vers un modèle plus transactionnel. La prise de décision multilatérale, en particulier au sein de l’OTAN, pourrait être éclipsée par sa préférence pour des accords bilatéraux plus rapides », avait indiqué l’ancien ministre roumain des Affaires étrangères Cristian Diaconescu à Euractiv avant l’élection.

Ces craintes concernant le sort de l’Ukraine se retrouvent dans un certain nombre de déclarations de dirigeants européens, comme celle de la Danoise Mette Frederiksen, qui a appelé à « renforcer les alliances mondiales ».

« C’est particulièrement vrai pour l’Ukraine, où nous devons continuer à soutenir son combat pour la liberté », a-t-elle écrit.

Dans la Suède voisine, le Premier ministre Ulf Kristersson a qualifié de « risque » une réduction potentielle du soutien américain à l’Ukraine tout en reconnaissant que les États-Unis sont le pays qui a le plus généreusement financé l’Ukraine depuis le début de la guerre.

Pendant ce temps, en République tchèque, le ministre des Affaires étrangères, Jan Lipavský, a indiqué à la télévision tchèque qu’il déconseillait de « dicter à l’Ukraine de céder son territoire [pour mettre fin à la guerre] ».

« Donald Trump a tenu des propos forts sur la résolution [de la guerre en Ukraine] en 24 heures. Je suis très sceptique quant à une telle position — il n’a pas précisé comment il le ferait », a-t-il soutenu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]