Les entreprises européennes s'inquiètent des ressources en eau

Les entreprises du Vieux Continent commencent à prendre conscience de leur dépendance à l'eau. Une ressource dont les problématiques rejoignent celles du carbone.

EURACTIV.fr
(Credit: [Serg64/Shutterstock])
(Credit: [Serg64/Shutterstock])

Les entreprises du Vieux Continent commencent à prendre conscience de leur dépendance à l’eau. Une ressource dont les problématiques rejoignent celles du carbone.

Les entreprises, aussi, s’inquiètent des ressources en eau de la planète. C’est ce qu’il ressort d’une enquête menée par CDP Europe, (ex Carbon Disclosure Project)  à l’occasion de la journée de l’eau auprès de 70 grandes capitalisations européennes. Même si les taux de réponse varient : seulement une entreprise de l’énergie sur 2 a répondu à l’enquête, et les entreprises du secteur des biens de consommation ou de la construction se sont senties plus impliquées.

Alors qu’un cinquième de la population réside dans une région où l’eau se fait rare, le phénomène est en train de devenir un  vrai sujet de préoccupation pour les entreprises installées à l’international. Et pas seulement , puisqu’en Europe, 11 % de la population et 17 % du territoire ont déjà été affectés par un manque d’eau, selon la Commission européenne.

Pour les entreprises, c’est pareil : 83 % d’entre elles estiment avoir des activités dans des régions potentiellement exposées. Le secteur de l’électricité et de l’eau disent avoir identifié le risque sur la totalité de leurs opérations ; étrangement, les sociétés impliquées dans l’exploitation d’énergie estiment le risque important sur un tiers seulement de leurs activités.

La mondialisation exacerbe l’exposition au risque de manque d’eau

Les entreprises européennes sont aussi inquiètes à propos du manque d’eau pour leur chaîne d’approvisionnement, pour 73 % d’entre elles.

Parmi les exemples marquant de ces épisodes de manque d’eau, l’allemand E.ON, fournisseur d’électricité, a du faire face en 2011 à une réduction du débit de l’eau exploitée  dans des barrages, ce qui a entraîné une chute de 9 % de sa production d’électricité.

Le risque de l’eau peut aussi être, à l’inverse, celui des inondations, qui a largement frappé le continent européen ces dernières années.

Manque d’eau, inondation et émissions de carbone

Enfin certaines entreprises s’inquiètent du risque sur leur réputation, comme BASF. Le groupe de chimie a mis en place un code de bonne conduite en matière de traitement des déchets et rejet d’éléments toxiques, principalement à destination des pays en voie de développement où les réglementations sont plus laxistes.

77% des entreprises estiment qu’il existe des liens entre le carbone et l’eau, dans la mesure où leur besoin en eau  entraîne parfois des émissions de carbone supplémentaire.

Selon la Banque mondiale, les facteurs eau et énergie sont étroitement imbriqués : d’une part certaines énergies nécessitent de l’eau pour être produites (pétrole et gaz de schiste, hydroelectricité, énergie nucléaire pour le refroidissement), et d’autre part l’eau a besoin d’énergie pour être extraite de sous la terre, traitée, puis transportée. Voire dessalée.

La Banque mondiale tente depuis quelques mois d’alerter sur la dialectique eau/énergie. « L’eau et l’énergie sont deux secteurs inextricablement liés» selon la vice-présidente de la Banque mondiale, Rahcel Kyte. «Alors que ces deux ressources font l’objet d’une hausse de la demande mondiale et que l’on est en outre confronté aux difficultés que pose le changement climatique, la pénurie d’eau menace la viabilité à long terme des projets énergétiques, avec de graves conséquences pour le développement ».

Ainsi, selon Energias de Portugal, la dégradation des approvisionnements en eau nécessite des opérations de pompage supplémentaires, qui augmentent les émissions de CO2. BASF tente de son côté d’utiliser plus d’eau recyclée, afin de parvenir à son objectif d’augmentation de l’efficacité énergétique.

Mais si les entreprises ont pris conscience du problème « eau », elles peinent en revanche à le traiter de front. « C’est un bon début de savoir quelle est sa consommation d’eau, mais encore faut-il savoir à quoi et où l’eau est utilisée » souligne CDP .

Retard sur une règlementation européenne sur l’eau

CDP appelle les instances politiques européennes à prendre en compte plus sérieusement la question de l’eau en exigeant plus de transparence de la part des entreprises sur la question de l’eau.

Elle rejoint ainsi l’initiative citoyenne Right2water, première initiative à dépasser le million de signatures pour exiger de la part de la Commission européenne le dépôt d’un projet de législation sur l’accès à l’eau

La Commission Barroso II a toutefois refusé mi- mars de démarrer le processus, communiquant simplement le 19 mars sur l’importance du sujet.