Les entreprises polonaises lancent une offensive contre la politique climatique de l'UE

La Chambre polonaise du commerce (CPC) a décidé hier (26 juin) de soutenir la campagne de Varsovie contre les objectifs européens de décarbonisation à l'horizon 2050. Elle a présenté une étude qui révèle que l'emploi, la croissance, l'inflation et l'environnement sont menacés dans le pays.

EURACTIV.com
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La Chambre polonaise du commerce (CPC) a décidé hier (26 juin) de soutenir la campagne de Varsovie contre les objectifs européens de décarbonisation à l'horizon 2050. Elle a présenté une étude qui révèle que l'emploi, la croissance, l'inflation et l'environnement sont menacés dans le pays.

Selon cette étude, la mise en conformité du pays à la feuille de route européenne pour une économie faible en carbone lui coûterait 22,7 milliards d'euros par an après 2050. Elle entraînerait une chute du PIB de 10 % d'ici 2030 et une augmentation de 400 % des prix de l'électricité après 2020.  

« Les retombées seront catastrophiques pour l'économie et le budget polonais »,  a déclaré Boles?aw Jankowski, expert du CPC et architecte de la stratégie énergétique de Varsovie entre 1991 et 1995.

« La situation actuelle en Grèce, au Portugal et en Espagne prouve que la mise en oeuvre des mêmes politiques et mécanismes [pour le climat] dans tous les États membres de l'UE pourrait générer des problèmes et présenter des risques », a-t-il souligné.

Les défenseurs de l'environnement et certains universitaires ont rejeté cette étude financée par l'industrie énergivore polonaise, car elle manquerait selon eux d'impartialité.

M. Jankowski s'est exprimé au Parlement européen lors de la présentation de la révision par le CPC de la feuille de route européenne pour une économie faible en carbone à l'horizon 2050. Ce document a été rédigé par un ancien ministre du gouvernement et n'a pas été contesté par les ministères polonais de l'environnement et de l'économie, ont déclaré les représentants.

Les représentants polonais à Bruxelles contactés par EURACTIV ont préféré laisser le soin au représentant polonais du ministère de l'environnement à Varsovie de commenter cette étude, mais ce dernier n'a pas répondu présent.

Le veto polonais

Ce pays d'Europe de l'Est dépendant du charbon s'acharne à bloquer les tentatives européennes de ratification de l'objectif de réduction des émissions de dioxyde de carbone de 80-95 % d'ici 2050.

Ce rapport déjà rendu public en Pologne est pour certains la raison pour laquelle la Pologne a opposé son veto à plusieurs mesures pour le climat proposées lors de réunions du Conseil européen.

Krzysztof Berbeka, professeur d'économie à l'université de Cracovie, a pourtant remis en cause  les conclusions de l'étude, qui négligent selon lui les avantages économiques de la décarbonisation. Greenpeace estime que cette transition pourrait créer 350 000 emplois dans le secteur des énergies renouvelables d'ici 2020. M. Berbeka estime donc que cette étude manque de crédibilité.

D'autres organisations de défense de l'environnement comme la Polish Climate Coalition ont rappelé que le rapport était financé par deux entreprises énergétiques, TAURON et PGE, qui à elles seules contrôlent la majorité de la production et des réseaux de distribution d'électricité de la Pologne.

Isaac Valero Ladron, un porte-parole de la commissaire européenne à l'action pour le climat, Connie Hedegaard, a déclaré à EURACTIV que la Pologne était en train de s'isoler et que le reste de l'UE continuerait de progresser vers les objectifs de cette feuille de route.

« Nous travaillons sur d'autres mesures nécessaires pour atteindre ces objectifs rentables », a-t-il précisé. « Il est difficile de comprendre pourquoi certaines entreprises sont contre la réduction des factures d'énergie et le développement de la compétitivité et de l'innovation. »

« Communisme européen »

Marek K?oczko, le secrétaire général du CPC, a accusé l'UE de se comporter comme les communistes de l'ère soviétique en imposant une approche idéologique sur l'environnement à laquelle personne ne pourrait s'opposer.

Il a notamment fustigé les tentatives de l'UE d'intégrer les compagnies aériennes internationales au système européen d'échange de quotas d'émission (ETS).

« L'Europe ne peut pas se contenter d'annoncer des politiques et obliger les autres à éviter l'espace aérien européen », a-t-il déclaré à EURACTIV. « Certains dirigeants européens deviennent des idéologues et je pense que la situation économique aurait bien besoin d'un peu plus de rationalité », a-t-il ajouté.

Interrogé sur le rapprochement possible entre les politiques de l'UE sur l'environnement et le communisme de l'ère soviétique, il a répondu : « Oui, il s'agit d'une idéologie, puisque les réfractaires à la discussion, aux négociations et aux faits avérés ne prennent pas en compte certains arguments rationnels. »

« Nous avons déjà fait les frais de ce genre de comportement par le passé et nous craignons que cela se produise à nouveau », a-t-il ajouté.

M. K?oczko a déclaré qu'un compromis entre la Pologne et l'UE pourrait inclure la révision des règles européennes pour le marché du carbone, ou l'imposition au pays d'un objectif moins contraignant que celui de 80-95 % pour la décarbonisation d'ici 2050. 

Les défenseurs de l'environnement avancent toutefois que l'opposition du PCP à la politique européenne sur le climat est souvent basée sur des suppositions qui ne sont pas rendues publiques et sur des spéculations.

« La chambre de commerce polonaise joue à un jeu dangereux en affichant ouvertement son hostilité face une question si importante pour de nombreux contributeurs au budget de l'UE. Ces pays sont aussi des investisseurs clés pour l'économie polonaise », a expliqué à EURACTIV Sanjeev Kumar, associé senior du cabinet de conseil sur l'environnement E3G.

« Plus la Pologne tente de bloquer la réglementation européenne sur le climat, plus le retour de bâton risque d'être sévère de la part des gouvernements qui tenteront sans aucun doute de protéger leurs économies des pays grands consommateurs de carburants fossiles », a-t-il ajouté.