Les eurodéputés approuvent la commissaire aux Services financiers après une audition musclée
Maria Luís Albuquerque a obtenu le feu vert des eurodéputés pour le poste de commissaire aux Services financiers après son audition au Parlement européen mercredi 6 novembre, et ce malgré ses récentes expériences au sein de sociétés d’investissement privées.
La Portugaise Maria Luís Albuquerque a obtenu le feu vert des eurodéputés pour le poste de commissaire aux Services financiers et à l’Union de l’épargne et des investissements après son audition au Parlement européen mercredi 6 novembre, et ce malgré ses récentes expériences au sein de sociétés d’investissement privées.
L’ancienne ministre des Finances, âgée de 57 ans, est l’une des 11 femmes figurant sur la liste de 27 noms établie par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (un quota de 40 % de femmes et de 60 % d’hommes).
De nombreuses questions soulevées durant son audition ont porté sur un potentiel conflit d’intérêts relatif à ses expériences professionnelles. L’aspirante commissaire est en effet passée du rôle de fer de lance des mesures d’austérité post-crises économique et de la dette souveraine en tant que ministre des Finances du Portugal à celui de collaboratrice auprès d’entreprises ayant profité de l’achat d’actifs en difficulté.
Selon les informations d’Euractiv, l’aspirante commissaire portugaise aurait obtenu le soutien de tous les groupes politiques de l’hémicycle européen, à l’exception de La Gauche et du groupe d’extrême droite de l’Europe des nations souveraines.
Une audition sous tension
Les questions les plus pointues sont venues de deux eurodéputés de gauche — l’Espagnol Jonás Fernández (Socialistes & Démocrates européens) et la Portugaise Catarina Martins (La Gauche), pour qui les souvenirs de la crise de la dette souveraine européenne d’il y a dix ans semblaient encore très frais.
Jonás Fernández a souligné l’entrée de la Portugaise au fonds spéculatif Arrow Global — un gestionnaire d’actifs basé à Londres qui, selon l’entreprise elle-même, « se spécialise dans l’achat d’actifs en difficulté et de prêts non remboursés, y compris au Portugal ». De son côté, Catarina Martins s’est concentrée sur l’implication de la commissaire désignée dans certaines mesures très controversées adoptées par le gouvernement de cette dernière au cours des années de crise.
Maria Luís Albuquerque a répondu à ces questions avec l’assurance d’une fonctionnaire chevronnée, plutôt qu’avec l’attitude défensive d’une employée d’une société financière de premier plan.
Elle s’est défendue en soulignant que ses passages chez Arrow Global et Morgan Stanley, le géant américain de l’investissement, ont été examinés par le comité d’éthique du Parlement portugais — dont elle est toujours l’une des représentantes — qui n’a trouvé « aucune incompatibilité ».
Elle a également précisé que, dans ces deux entreprises, elle était directrice non exécutive, une fonction décrite comme étant « plus proche du rôle d’un régulateur que de celui d’un dirigeant ».
Elle s’est ensuite montrée encore plus ferme lorsque l’eurodéputée Catarina Martins l’a accusée plus directement d’être « une lobbyiste du secteur financier » et a qualifié son expérience professionnelle de « casier judiciaire ».
L’eurodéputée portugaise a notamment dénoncé le rôle joué par Maria Luís Albuquerque dans la conclusion de contrats d’échange sur le gestionnaire du réseau ferroviaire du Portugal, Refer, alors qu’elle était directrice du département de gestion financière de l’entreprise publique au début des années 2000.
Pour sa défense, la commissaire désignée a affirmé que ces contrats « ont permis à [Refer] de réaliser un bénéfice de 45 millions d’euros », alors que d’autres contrats de produits dérivés évoqués par Catarina Martins « ont été conclus avant qu’elle ne soit au gouvernement et dans des entreprises dans lesquelles [elle n’a] jamais été impliquée ».
L’eurodéputée portugaise a également contesté sa supervision de la privatisation du propriétaire de l’aéroport national, ANA, en 2012-2013, ainsi que la résolution problématique de la Banco Espírito Santo.
Sur le premier point, elle a répondu que les opérations avaient fait l’objet d’un examen approfondi, notamment par six commissions d’enquête et par le Parlement portugais, « auquel [elle a] participé pleinement ».
« Toutes ces opérations ont été jugées conformes à la procédure par les autorités compétentes », a-t-elle expliqué, soulignant qu’elle s’était « toujours engagée à servir loyalement l’intérêt public ».
Lorsque Catarina Martins l’a accusée de ne pas avoir protégé les déposants dans la résolution de la Banco Espírito Santo, Maria Luís Albuquerque a déclaré que, si elle était confirmée dans ses fonctions, elle s’attacherait à combler les lacunes du cadre prudentiel, en s’appuyant sur les leçons tirées des années précédant la crise.
« En 2011, le secteur financier était dans une situation dramatique. C’est aussi pourquoi je défends fermement l’union bancaire, [qui] nous a permis de créer des instruments » pour briser la « boucle fatale » de la contagion entre la dette souveraine et le secteur bancaire.
Stabilité financière et supervision des marchés financiers
L’accent mis par Maria Luís Albuquerque sur la règlementation bancaire est étroitement lié à ses précédentes déclarations selon lesquelles ses priorités politiques tourneront autour de la stabilité financière, conformément à ses réponses écrites adressées aux eurodéputés le mois dernier.
La commissaire désignée s’est engagée à trouver des compromis législatifs définitifs sur le cadre pour la gestion des crises et la garantie des dépôts (CMDI) — actuellement dans l’impasse — et sur la mesure interdépendante visant à mettre en place un système européen de garantie des dépôts (EDIS) — cette dernière mesure continuant de se heurter à l’opposition de certains États membres.
D’autres engagements clés ont été pris, notamment celui de jouer un rôle de leader mondial dans la promotion des Accords de Bâle III et d’évaluer les risques potentiels persistants sur le marché de la titrisation et dans ce que l’on appelle le secteur bancaire parallèle.
En ce qui concerne l’Union des marchés de capitaux (UMC), elle a également cherché à rassurer ceux qui s’interrogeaient sur ses allusions, dans ses réponses écrites aux questions des eurodéputés en amont de son audition, à un système de surveillance plus centralisé. Si l’intégration de la surveillance des marchés occupera une place centrale dans ses plans politiques, elle ne sera pas « fondamentaliste sur la manière d’y parvenir ».
« Il pourrait y avoir des parties du marché qui bénéficieraient d’une supervision centralisée, [et] il pourrait y avoir des parties du marché qui bénéficieraient d’une coopération plus forte entre les superviseurs nationaux », a-t-elle précisé.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]