Les eurodéputés français ne déméritent pas
La Fondation Schumann souligne le manque de stratégie des partis français pour leur représentation européenne. Mais les eurodéputés français ne déméritent pas au Parlement européen.
La Fondation Schumann souligne le manque de stratégie des partis français pour leur représentation européenne. Mais les eurodéputés français ne déméritent pas au Parlement européen.
Plusieurs votes se préparaient jeudi matin pour la session plénière du Parlement à Strasbourg. Pourtant, c’est à Paris que le secrétaire général du Parti socialiste, Harlem Désir, qui est aussi tête de liste pour la région parisienne lors des prochaines élections européennes, a fait sa conférence de vœux à la presse. Au moins aura-t-il évoqué l'UE, estimant que les élections européennes donnaient la possibilité qu’un candidat socialiste, Martin Schultz, soit nommé à la tête de la Commission »
De son côté, l’UMP organisait cette semaine les auditions des candidats aux élections européennes…en pleine session plénière. Un agenda qui énerve les élus européens, comme le note Françoise Grossetête sur Twitter:
Chez Europe Ecologie les Verts, le calendrier des vœux à la presse est lui aussi tombé en pleine session plénière. Résultat, aucun élu européen n’a fait le déplacement. « C’est toujours difficile de faire comprendre les impératifs de Bruxelles aux partis nationaux » reconnaît une participante.
La faute aux partis
Selon Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman et auteur d’une étude sur l’influence de la France au Parlement européen, les partis français apportent une faible importance à la représentation européenne de la France : les carrières nationales sont systématiquement privilégiées.
Le chercheur souligne aussi l’intérêt qu’aurait la France à changer d’attitude, notamment en privilégiant les carrières plus longues au Parlement de Strasbourg pour les représentants français.
C’est d’ailleurs ce que font les partis britanniques et allemands : en moyenne, leurs eurodéputés effectuent 2,4 mandats de 4 ans, contre 1,8 mandats.
Eviter le cumul des fonctions ou des mandats, ce que les députés européens pratiquent également intensivement et plus que leurs collègues, permettrait de faire évoluer les mentalités selon la Fondation Schumann.
Inutile pourtant de faire passer les eurodéputés pour des « cancres » pour autant, comme a choisi de le faire le magazine Challenges – avant de changer son titre en « mauvais élève » dans un second temps.
>>Lire sur le site Challenges : Les eurodéputés français, cancres du Parlement européen
Une activité concrète tout à fait honorable
Car les défauts qui leur sont reprochés dans l’étude de la Fondation Schumann relèvent des partis politiques, et non des personnes. Ce sont en effet les partis qui acceptent, ou non, que les élus soient cumulards ; ce sont encore les partis qui choisissent des candidats aux Européennes qui sont déjà élus locaux. Enfin ce sont encore les partis qui décident, ou non, de renouveler les candidats sur les listes.
En terme de participation au travail parlementaire, les eurodéputés français ne déméritent pas.
Comme en atteste le site mepranking.eu, les eurodéputés se classent au dixième rang sur 28 en terme d’activité.
En terme de questions posées par les députés, les français se classent en 8ième place et en 2ième en terme de motions adoptées.
Une preuve tangible de leur influence, tout comme le nombre de rapports adoptés, qui classe la France en 3ième position. Les discours des parlementaires au Parlement sont aussi nombreux : les eurodéputés français en ont fait 12.675 durant la législature en cours, ce qui les classe en seconde position derrière le Portugal.
Enfin en terme de participation aux votes, les français se classent 19ième sur 28. Rien d’exceptionnel bien sûr, d’autant que le Parlement européen se situe en France ; mais rien de honteux non plus en terme d’influence potentielle.
Les femmes en première ligne
Comme à l’école, les femmes travaillent visiblement plus au Parlement européen. L’élue UDI Sophie Auconie se classe ainsi 26ième sur 765 élus en terme d’activité, tandis que la centriste Marielle de Sarnez est 41 ième sur 765.
On retrouve tout au bas de la liste Harlem Désir, qui n’a participé qu’à 51 % des votes de la dernière législature, les Le Pen père et fille qui ont voté pour 66 % et 63 % des scrutins ou encore Jean-Luc Mélenchon, également présent à 66 %.
L’activité est donc très disparate, et ne se mesure pas forcément qu’en terme de votes.
Ainsi avec 170 questions parlementaires posées durant la dernière législature, le député communiste Patrick Le Hyaric se montre particulièrement actif, et se classe dans le premier dixième des députés.
L'influence du tout petit groupe socialiste français, rebaptisé "commando", qui est arrivé à faire bouger les lignes sur plusieurs dossiers durant la dernière législature avec seulement 13 élus, tend d'ailleurs à prouver que les eurodéputés français peuvent même être très actifs.
Favoriser les sortants
A l’UMP, où les tractations se poursuivent jusqu'au 21 janvier, les sortants devraient cette fois être favorisés. « Il y aura clairement une priorité donnée aux eurodéputés sortants qui se sont inscrits dans une initiative législative forte » affirme l’eurodéputé Philippe Juvin (UMP). Cette « prime aux sortants » devrait assurer aux eurodéputés UMP en cours de mandat d’être davantage reconduits sur les listes du parti pour les élections de mai 2014. Un changement de stratégie qui s’inscrit clairement dans une volonté de développer l’influence française au sein de l’institution.
« Il y a un ensemble de facteurs, tels que la probable baisse du nombre d’eurodéputés UMP, le départ de Joseph Daul, président du PPE et le changement de gouvernement en France qui font que la prochaine délégation devra être particulièrement offensive » détaille Jean-Pierre Audy, président de la délégation française du groupe PPE au Parlement européen.
Reste que le manque de visibilité médiatique des eurodéputés devra toujours être compensé par les candidatures d’un certain nombre de personnalités politiques plus « visibles ». « Il faut quelques têtes de liste nationales très connues pour porter les élections européennes auprès des Français » justifie Philippe Juvin.
L’illustration de la nouvelle doctrine de l’UMP trouve une réalisation parfaite dans la circonscription du le grand-est où l’ancienne ministre Nadine Morano se présente en binôme avec le député européen sortant Arnaud Danjean, dont le travail à Bruxelles est largement reconnu.