Les expats restent entre eux mais trouvent Bruxelles agréable
Une nouvelle enquête menée auprès de plus 9 000 expatriés de l’UE à Bruxelles décrit une communauté vivant à l’écart des locaux. Les expatriés qualifient également la capitale belge de ville sale et dangereuse, mais agréable à vivre.
Une nouvelle enquête menée auprès de plus 9 000 expatriés de l’UE à Bruxelles décrit une communauté vivant à l’écart des locaux. Les expatriés qualifient également la capitale belge de ville sale et dangereuse, mais agréable à vivre.
De son propre aveu, le Bureau de liaison Bruxelle-Europe indique que l’objectif de cette enquête est de savoir si « l'image de l'expatrié bruxellois sur son île élitiste est réelle ».
Même si cette enquête prétend briser les mythes sur la communauté d'expatriés européens, elle en perpétue quelques-uns.
Près de 74 % des expatriés européens interrogés estiment que « la communauté internationale vit dans un monde à part et a peu de contacts avec les autres Bruxellois », selon l’enquête publiée le 8 juillet par le Bureau de liaison Bruxelles-Europe.
Plus de 60 % des répondants partagent l'affirmation « Je ne connais pas assez de Belges ». Ce résultat confirme l'impression que les étrangers européens ont d'eux-mêmes, à savoir qu'ils vivent dans une « bulle » à l'écart des autochtones. Ce pourcentage atteint même 80 % parmi les personnes qui vivent à Bruxelles depuis moins de deux ans.
Aucun ami belge
Parmi cette catégorie, 23 % déclarent n'avoir « aucun ami belge ». Cette tendance s'estompe au fur et à mesure des années pour atteindre 6,6 % pour les personnes qui habitent Bruxelles depuis plus de 10 ans.
Le gouvernement de la Région bruxelloise a commandé cette enquête en vue d'en savoir plus sur les forces et les faiblesses de la ville. L'objectif final est de répondre plus efficacement aux attentes et aux besoins de la communauté internationale. Les expatriés représentent près de 13 % de l'activité économique de la Région de Bruxelles-Capitale et 12,7 % de l'emploi, selon des données du Bureau de liaison.
Une enquête précédente, réalisée en 2009, a permis d'observer des tendances similaires. Les jeunes professionnels de la sphère européenne ont tendance à ne pas se mêler à la population locale, car beaucoup d'entre eux pensent qu'ils ne resteront pas longtemps.
>> Lire : Les expatriés de Bruxelles vus comme une communauté à part
« Bon nombre d'Européens vivent entre eux dans certaines parties de la ville sans nécessairement montrer une volonté de s'intégrer », a déclaré Alain Hutchinson, ancien eurodéputé et président du Bureau de liaison Bruxelles-Europe, lors de la présentation des conclusions de l'enquête le 8 juillet.
Lui-même descendant d'un vétéran britannique qui s'est établi à Bruxelles après la Seconde Guerre mondiale, M. Hutchinson n'était pas surpris des résultats.
« Rien ne m'a particulièrement surpris », a-t-il indiqué. Selon lui, ces conclusions confirment que les expatriés européens ont tendance à « vivre entre eux » dans des « ghettos de luxe » autour du quartier européen.
« Nous savons que des fonctionnaires européens se concentrent dans certaines communes de Bruxelles, cela a toujours été le cas », a-t-il poursuivi. Il a toutefois fait remarquer que la situation s'améliorait et que la population européenne s'éparpillait plus dans la ville qu’avant.
Une ville sale, dangereuse et pauvre
Cette nouvelle enquête de grande envergure couvrait des domaines comme la participation des expatriés aux événements culturels et aux élections locales. Les personnes ont également été interrogées sur la qualité des transports et des cinémas dans la capitale belge.
Il est frappant de remarquer que 80 % des répondants sont d'accord (dont 44,5 % tout à fait d’accord) que Bruxelles est sale et que trop de déchets jonchent les rues.
Environ 68 % d'expatriés estiment également que la capitale européenne est frappée par la pauvreté. Plus de la moitié trouvent qu'ils se sentent moins en sécurité à Bruxelles que dans d’autres grandes villes européennes. Ce résultat confirme les signalements de délits et de vols mineurs dans certains quartiers de la capitale belge.
Un documentaire réalisé l'année dernière par une étudiante flamande en cinématographie a mis en lumière le sentiment d'insécurité vécu par les femmes à Bruxelles. Elles sont fréquemment harcelées ou insultées dans certaines rues.
C’est peut-être pour cette raison que la plupart des expatriés ne souhaitent pas élever leurs enfants à Bruxelles. Près de la moitié d'entre eux (46 %) préféreraient ne pas inscrire leurs progénitures dans une école primaire et ce pourcentage atteint 55 % pour les écoles secondaires.
Près de la moitié des personnes interrogées conviennent que la qualité de vie à Bruxelles est meilleure que dans d’autres grandes villes européennes ». Pour 38 % des répondants, les logements sont généralement bon marché. L'offre culturelle est « riche et variée », selon 78 % d'entre eux. La majorité des expatriés estiment également que les soins de santé sont « de qualité » (60 %) et que Bruxelles est une « ville gastronomique » (70 %). Les femmes semblent toutefois déçues par les possibilités commerciales : elles sont seulement 34 % à estimer que la capitale belge « offre un choix varié de boutiques ».
En ce qui concerne le mode de transport, les expatriés semblent plus écologistes que les résidents belges : ils sont 11,1 % à se déplacer en vélo, contre 3,5 % pour les Bruxellois. La moitié des expatriés pense en revanche que la ville n'est pas accueillante pour les cyclistes.
Participation peu élevée aux élections communales
M. Hutchinson déplore cependant le faible taux de participation aux élections communales l’année dernière : 13,7 %.
« C'est quelque chose que je ne comprends pas », a déclaré le président du Bureau de liaison Europe-Bruxelles. Il a ajouté : « Nous admettons difficilement qu'une partie de la population ne soit pas représentée à l'échelle locale, alors qu'elle se plaint de la saleté de la ville ou de la politique de collecte des déchets. »
Il existe certaines raisons d'espérer étant donné que le taux de participation des étrangers de l'UE aux élections locales de l'année dernière était plus élevé que la moyenne européenne (environ 10 %). Les étrangers qui vivent en Belgique ont le droit de voter aux élections communales, mais doivent d'abord s'inscrire à la commune. Le vote devient alors obligatoire, ce qui dissuade grandement la plupart des répondants de s'y inscrire.
L'enquête révèle que les expatriés européens ont tendance à bien s'intégrer à la population locale à long terme. « Plus ils restent, plus les expatriés semblent vouloir sortir de leur "bulle" et s'intégrer », peut-on lire dans le sondage.
Après plus de dix ans à Bruxelles, 77 % des expatriés européens deviennent propriétaires. Cette situation reflète le caractère attrayant du marché immobilier bruxellois. M. Hutchinson a admis que cela pourrait faire grimper les prix de l'immobilier.
Se faisant l'écho des conclusions de l'enquête, il a ajouté qu'il était assez normal que la communauté d'expatriés européens rencontre des difficultés à s'intégrer. « Vous savez, tous les problèmes que nous avons mentionnés ici [relèvent] d'un phénomène assez naturel relatif à l'établissement d'une communauté étrangère au sein de tout autre endroit. »
« L'intégration est toujours difficile au début. Les origines restent importantes quand vous vous expatriez », a-t-il déclaré.
La langue et les revenus : des tabous
Il est intéressant de remarquer que l'enquête évite délibérément les questions relatives aux revenus des répondants ou à leur capacité à parler l’une des trois langues officielles de Belgique. L'enquête était disponible en français, en néerlandais et en anglais.
« Il s'agit toujours [d'un sujet] sensible », a reconnu M. Hutchinson en faisant allusion aux tensions linguistiques entre les communautés francophone et néerlandophone du pays.
« Tout le monde parle anglais au sein des institutions », a-t-il ajouté. Il a également admis que certaines questions avaient été volontairement passées à la trappe, car elles auraient pu être « dérangeantes », que ce soit pour le gouvernement de la Région bruxelloise ou pour les institutions européennes. « Il est évident que si on ne connaît pas le français ou le néerlandais, c'est un handicap », a-t-il fait remarquer.
Un peu plus de la moitié des répondants apprécierait le fait que l'administration publique bruxelloise utilise davantage l'anglais.
L'enquête a également évité la question gênante des revenus.
« Ce sujet n'a pas été abordé », a concédé M. Hutchinson. Il a indiqué que les salaires des fonctionnaires européens étaient « évidemment beaucoup plus élevés que le salaire moyen des résidents bruxellois ».
« Nous avons estimé que la question pourrait être indiscrète et décourager les personnes de répondre », a expliqué Carlo Luyckx, directeur du Bureau de liaison Bruxelles-Europe et également échevin de la commune de Saint-Gilles. Environ 80 % des personnes interrogées étaient des fonctionnaires européens.