Les experts des médias réclament une « reconquête » de la liberté de la presse

Des eurodéputés ainsi que d'éminents spécialistes des médias ont mis en garde hier (3 mars) contre la détérioration de la liberté de la presse en Hongrie, en Roumanie et en Bulgarie, mais aussi en Italie et en France, demandant aux institutions européennes de mener une « reconquête » de grande envergure des droits fondamentaux à travers l'Union.

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Des eurodéputés ainsi que d'éminents spécialistes des médias ont mis en garde hier (3 mars) contre la détérioration de la liberté de la presse en Hongrie, en Roumanie et en Bulgarie, mais aussi en Italie et en France, demandant aux institutions européennes de mener une « reconquête » de grande envergure des droits fondamentaux à travers l'Union.

Lors d'une conférence au Parlement européen, intitulée « Media freedom under threat: National problems, European solutions » et organisée par le groupe des Socialistes & Démocrates, des eurodéputés ont qualifié la situation de la liberté de la presse en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, en Italie et en France d' « extrêmement dangereuse ».

Selon un récent classement établi par Reporters sans frontières, une ONG spécialisée, d'autres pays de l'UE se trouvent également dans une situation difficile s'agissant de la liberté des médias, à savoir la Grèce, Chypre et la Slovénie (voir « Background »).

Xavier Vidal-Foch, directeur adjoint du quotidien espagnol El Pais, a déclaré que la situation était encore plus alarmante dans la mesure où sa détérioration a commencé depuis l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne et donc depuis que l'Union a rendu contraignante la Charte des droits fondamentaux.

Selon lui, les atteintes à la liberté de la presse ont pris différentes formes : la restructuration interne des médias publics, de nouvelles législations ou simplement l'espionnage des journalistes par les autorités nationales.

Dans ce qui pourrait être vu comme une allusion aux récents évènements en France, il a expliqué que certains gouvernements avaient commencé par chasser les immigrants roms pour très vite finir par museler la presse.

Il a demandé l'introduction d'un système d'alerte précoce pour les infractions à la liberté de la presse ainsi qu'un rôle plus actif de la Commission européenne qui pourrait être amenée à enquêter sur ce genre d'affaires.

Aidan White, secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), a expliqué que l'UE ne serait pas crédible si elle n'appliquait pas chez elle ce qu'elle prêche ailleurs dans le monde en termes de normes sur la liberté de la presse.

Il a vivement plaidé pour la mise en place dans l'UE d'un groupe de réflexion sur les politiques en matière de médias qui serait capable de présenter des solutions pour régler les problèmes relatifs à la liberté de la presse.

Lorenzo Consoli, ancien président de l'Association de la presse internationale (API), a déclaré qu'il fallait faire pression sur la Commission pour que celle-ci agisse en tant qu'organe politique afin que les Etats membres respectent les mêmes critères que ceux imposés pour les pays candidats en matière de liberté des médias.

Il a également demandé au groupe S&D de ne pas présenter de propositions partisanes mais plutôt de chercher à rallier tous les partis afin que le Parlement européen puisse faire pression sur l'exécutif de l'UE.

Plusieurs intervenants ont affirmé que la Commission devrait prendre les rennes en ce qui concerne la réglementation de la presse tout en séparant les activités éditoriales de la publicité. La langue est nationale, mais la publicité fait partie du marché de l'UE, a ajouté M. Consoli.

Des journalistes ont également demandé des réponses plus fermes à tous les niveaux lorsque des restrictions de la liberté de la presse deviennent évidentes. La loi controversée sur les médias en Hongrie a mijoté pendant des mois, mais n'a suscité aucune réaction de prime abord, a souligné l'un d'entre eux.

Lors de la conférence, les représentants de la Commission ne se sont pas réellement exprimés, mais ils affirmé être à l'écoute.