Les Lettons ne veulent pas du russe comme seconde langue officielle

Près de 75 % des électeurs lettons ont rejeté la proposition de faire du russe la seconde langue officielle du pays. Ce vote, qui a provoqué la colère de Moscou, risque de renforcer les tensions ethniques qui subsistent dans cet ancien pays soviétique.

EURACTIV.fr / Reuters
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Près de 75 % des électeurs lettons ont rejeté la proposition de faire du russe la seconde langue officielle du pays. Ce vote, qui a provoqué la colère de Moscou, risque de renforcer les tensions ethniques qui subsistent dans cet ancien pays soviétique.

Ce référendum, qui a eu lieu le 18 février, a été initié par un groupe de pression pro-russe en Lettonie, qui affirme que l'importante minorité russophone du pays a été évincée de la vie politique depuis que le pays a fait sécession de l'Union soviétique en 1991.

Les nationalistes lettons voient ce vote comme une tentative soutenue par le Kremlin d'affaiblir la souveraineté du pays, afin de le placer à nouveau sous l'influence de la Russie.

« Appelons les choses par leur nom, ce référendum est un test pour les traîtres de l'Etat », a déclaré sur la chaîne télévisée publique cette semaine Alvis Hermanis, un metteur en scène populaire. Il a exprimé l'opinion de nombreux citoyens d'ethnie lettone à propos de ceux qui soutiennent l'attribution du statut de langue officielle au russe.

La Lettonie a regagné son indépendance en 1991 après 50 ans de ce qu'elle considère comme une occupation soviétique. Les lois adoptées après l'indépendance ont eu pour objectif d'amenuiser l'influence de la Russie et de promouvoir le statut de la langue et de la culture lettones (voir « Contexte »).

« Il s'agit d'un vote sur les fondations de l'Etat letton », a déclaré à la presse le premier ministre, Valdis Dombrovskis, après avoir voté contre cette mesure.

« Contre » était le message écrit en grand dans la neige sur la rivière Daugava gelée à Riga.

Parmi la population russophone, ce vote est considéré comme un moyen de protester contre les mesures qu'ils qualifient de discriminatoires à leur encontre. Ils mentionnent par exemple l'obligation de passer des tests de langue et d'histoire pour recevoir la citoyenneté lettone.

« Non-citoyens »

Les russophones qui refusent de se plier à ce processus de naturalisation sont considérés comme des « non-citoyens » qui n'ont ni le droit de vote, ni la possibilité de travailler dans le secteur public. Ils arguent qu'ils payent des impôts comme tout le monde, qu'ils vivent en Lettonie depuis des décennies et que les Lettons devraient oublier les affres de la période soviétique.

« Ne manquez pas l'opportunité de faire part de votre réaction face à ce qui se passe en Lettonie depuis 20 ans », a titré en première page le journal Vesti Sevodnya publié dans la langue de Pouchkine.

« Ce référendum est une étape dans la lutte des résidents russe de Lettonie pour leurs droits », a déclaré l'organisateur du vote, Vladimir Linderman, qui parle couramment le letton, mais n'est pas encore naturalisé. Il n'a donc pas pu voter.

Son groupe, intitulé « Pour la langue maternelle » a récolté plus de 187 000 signatures en faveur de ce référendum, ce qui a forcé le gouvernement letton à organiser un vote national.