Les libéraux européens tentent d’éloigner le PPE de l’« extrême droite » de Giorgia Meloni
Renew Europe rejette toute alliance avec le Parti populaire européen (PPE) de centre droit s’il resserre les rangs avec « la droite et l’extrême droite ». C’est ce qu’a déclaré Sandro Gozi, eurodéputé de Renew Europe et secrétaire général du Parti démocrate européen, à EURACTIV Italie lors d’un entretien.
Renew Europe rejette toute alliance avec le Parti populaire européen (PPE) de centre droit s’il resserre les rangs avec « la droite et l’extrême droite ». C’est ce qu’a déclaré Sandro Gozi, eurodéputé de Renew Europe et secrétaire général du Parti démocrate européen, à EURACTIV Italie lors d’un entretien.
M. Gozi a plutôt souligné que les libéraux de l’UE accueilleraient favorablement la construction d’une majorité avec le PPE, les socialistes (S&D), les Verts « et même une partie de » la gauche de l’UE après les élections européennes de 2024, afin d’éviter un Parlement européen polarisé entre « les extrêmes ».
Le vice-premier ministre italien et ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a plaidé pour la poursuite du dialogue entre le PPE de centre droit et les Conservateurs et réformistes européens (CRE) dans l’espoir de former une majorité solide pour gouverner l’Union après les élections européennes de 2024.
« En 2017, par exemple, c’est une majorité composée du [Parti] populaire [européen] (PPE), de Conservateurs (ECR) et de Libéraux qui a déterminé mon élection en tant que président du Parlement européen », a récemment indiqué M. Tajani à EURACTIV Italie.
Pour sa part, M. Gozi a clairement indiqué que Renew Europe ne soutiendrait pas une majorité de droite en raison d’un manque d’alignement avec les valeurs et les objectifs du groupe.
Un non clair et net
« Notre porte-parole n’est pas M. Tajani, notre leader n’est pas Giorgia Meloni ou Manfred Weber. Notre leader, c’est Emmanuel Macron, et nous disons non, haut et fort, à la perspective d’une alliance avec la droite et l’extrême droite », a souligné M. Gozi, ajoutant qu’une alliance avec la droite et l’extrême droite était « incompatible avec la nature de l’Union européenne ».
« Nous n’avons rien à voir avec Fratelli d’Italia [ECR], avec ceux qui parlent de remplacement ethnique, avec ceux qui croient que le veto est le meilleur moyen de garantir la souveraineté nationale », a-t-il déclaré.
Il souhaite, au contraire, que le PPE se tourne vers Renew Europe, les S&D, « une partie de » la gauche de l’UE, et les Verts — qui, espère-t-il, « voudront cette fois-ci faire partie de la structure de cette alliance » — pour former une majorité après les élections européennes de 2024, afin d’éviter que le Parlement ne se polarise sur les deux extrêmes.
Renew Europe « n’est pas né pour reproduire au niveau européen un bipolarisme qui s’est effondré en France et vacille et devient extrême en Italie. Nous sommes nés pour dépasser les limites traditionnelles de la droite et de la gauche qui deviennent aujourd’hui l’extrême droite et la gauche fragmentée », a-t-il déclaré.
Un puzzle complexe
Confirmant les idées de M. Tajani, le Premier ministre tchèque Petr Fiala (ODS/CRE) a affirmé que le PPE et les conservateurs du CRE convergeaient progressivement pour éviter une majorité socialiste de gauche au Parlement européen.
De son côté, le président du PPE, Manfred Weber, a déclaré que la coopération entre le PPE et les partis affiliés au CRE en République tchèque pourrait constituer un modèle de collaboration à l’échelle de l’UE.
M. Weber a ouvertement soutenu la création de liens avec le CRE au niveau national et voit essentiellement d’un bon œil la reproduction du modèle de gouvernement italien en Espagne, où se formerait une coalition entre le Partido Popular (PPE) de centre-droit et Vox (CRE).
L’Espagne organisera des élections anticipées le 23 juillet, dont le résultat jouera un rôle clé dans l’orientation future du PPE, selon les critiques.
L’« ouverture » de M. Weber à l’égard du CRE a frustré les socialistes de l’UE, qui ont déclaré que toute collaboration traditionnelle avec le centre-droit de l’UE était devenue « impossible » puisque la « ligne rouge pro-européenne » avait été franchie.
Au même moment, Rob Roos, député européen et vice-président du groupe CRE au Parlement européen, a confié à EURACTIV Italie qu’une coalition entre le PPE, le CRE et les libéraux était possible.
« Il y a en effet une possibilité d’y parvenir. En Europe, les citoyens commencent à voter davantage pour les conservateurs et le CRE se renforcera au cours de la prochaine législature, devenant peut-être le troisième parti le plus important. Naturellement, il faut faire des concessions lorsqu’on veut former une coalition. Je pense que nous sommes prêts à le faire », a-t-il déclaré.
La récente tentative d’abandonner des parties essentielles du pacte vert pour l’Europe (Green Deal), qui a été porté par le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans et les groupes politiques progressistes au sein du Parlement européen, pourrait potentiellement rapprocher le CRE et le PPE.
Selon M. Roos, l’Europe devrait promouvoir des politiques climatiques qui améliorent la vie des citoyens et ne pas leur imposer toutes sortes de réglementations, qui rendent leur vie plus coûteuse.
« Il est évident que nous devons prendre soin de notre planète, mais nous pouvons aussi le faire de manière très réaliste et pratique. Pas de façon à ce que Bruxelles gagne plus de pouvoir et que les citoyens perdent plus d’argent », a-t-il ajouté.
La « révolution » de dernière minute du PPE contre le pacte vert est également considérée par plusieurs analystes comme une forme d’opposition à la nouvelle candidature d’Ursula von der Leyen, qui a soutenu cette stratégie écologique, à la présidence de la Commission européenne.
Les critiques suggèrent que M. Weber lorgne le poste le plus élevé de la Commission européenne, bien qu’il ne l’ait pas admis publiquement. Le « démarchage » auprès du CRE, selon ces mêmes critiques, fait partie de cette stratégie visant à rassembler le plus de soutien possible parmi les dirigeants de l’UE pour que M. Weber obtienne le poste.
La politique étrangère constitue un obstacle potentiel à la collaboration CRE-PPE.
Alors que le PPE soutient officiellement le passage d’une prise de décision à l’unanimité à une prise de décision à la majorité sur les questions de politique étrangère, le CRE insiste sur les vetos nationaux.
« Pour moi, le veto national est une chose sacrée », a confié M. Roos à EURACTIV Italie.
Le refus des partis de centre-droit en Allemagne de former une coalition avec le CRE de Mme Meloni pourrait également constituer un autre obstacle pour M. Weber.
Enfin, des sources bien informées suggèrent que le président français Emmanuel Macron ainsi que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán — qui se sont tous deux opposés à ce que M. Weber obtienne le poste principal de la Commission européenne lors des élections européennes de 2019 — seront toujours à la tête de leur pays et réitéreront très probablement leur opposition.