Les manifestations en Turquie divisent la diaspora en Europe

Des milliers de Turcs ont manifesté dans plusieurs villes européennes afin de protester contre la répression violente des manifestants à Istanbul et dans d’autres villes, ainsi que contre ce qu’ils perçoivent comme l’islamisation en cours de leur pays. Mais selon certains médias, des Turcs qui résident en dehors de leur pays considèrent que les manifestations sont inspirées de l’étranger.

EURACTIV.com
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Des milliers de Turcs ont manifesté dans plusieurs villes européennes afin de protester contre la répression violente des manifestants à Istanbul et dans d’autres villes, ainsi que contre ce qu’ils perçoivent comme l’islamisation en cours de leur pays. Mais selon certains médias, des Turcs qui résident en dehors de leur pays considèrent que les manifestations sont inspirées de l’étranger.

Des milliers de personnes ont défilé dimanche dans des villes allemandes en solidarité avec les manifestants en Turquie, a indiqué l'agence de presse allemande DPA.  L'Allemagne compte une communauté turque d'environ 2,5 millions de personnes (voir « Contexte »).

>> Lire : Istanbul : l’occupation d’un parc se transforme en manifestation antigouvernementale

À Francfort, quelque 3 500 personnes ont manifesté dans le calme. À Berlin, environ 600 personnes se sont réunies devant l'ambassade turque pour exprimer leur solidarité avec les manifestants en Turquie.  Au cours d'une manifestation de plusieurs centaines de personnes à Essen, des échauffourées ont éclaté à cause de jeunes qui agitaient des bannières du dirigeant séparatiste hors-la-loi du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

La police est intervenue en utilisant du gaz poivré et des matraques alors que les manifestants ont répliqué avec des bouteilles en verre et des bâtons, selon les forces de l'ordre. La police a arrêté neuf personnes accusées de perturbation de la paix et de résistance à l'autorité.

Environ 300 personnes se sont rassemblées à Amsterdam, a indiqué Euronews. Elles ont chanté l'hymne national turc et scandé des messages de soutien.

En Bulgarie, un pays très proche historiquement de son voisin turc, 300 étudiants turcs ont protesté contre la violence des autorités et ont brandi des pancartes écrites en bulgare indiquant : « Non à la terreur policière » et « Nous ne voulons pas d'un premier ministre dictateur ».

À la télévision bulgare, des étudiants turcs se sont inquiétés de ce qu'ils considèrent comme l'influence islamique croissante sur leur pays. Ils veulent également vivre dans une démocratie de type occidental et non dans une « dictature ».  Bon nombre d'étudiants turcs souhaitaient retourner dans leur pays pour rejoindre les manifestations.

Diaspora divisée

La diaspora turque exprime toutefois des points de vue différents sur les manifestations. Les moins instruits soutiennent le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdo?an, et son Parti pour la justice et le développement (AKP).

Hassan, un employé turc de l'équipe d'entretien de bâtiments de bureau à Bruxelles, a expliqué à EURACTIV que les manifestations s’inspiraient des « sionistes », car le premier ministre turc avait refusé de collaborer avec Israël.

Recep Tayyip Erdo?an, en déplacement officiel au Maroc, a tenu le « terrorisme » et les « éléments extrémistes » responsables des manifestations et a critiqué Twitter et d'autres médias sociaux, car ils ont répandu des « rumeurs et des mensonges ».

Une partie de la diaspora turque semble ouverte à la rhétorique du premier ministre turc. Le chef de file de l'AKP considère la diaspora turque en Europe comme son fief électoral, car de nombreux Turcs résidant à l'étranger participent aux élections nationales. Selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, M. Erdo?an aurait déclaré lors d'un rassemblement électoral pour les Turcs en Allemagne en 2011 : « Je suis ici pour représenter vos intérêts. Vous êtes ma famille, mes frères. »

En Grande-Bretagne, la BBC a cité Nezin Fehmi, le rédacteur en chef d'un journal de langue turque, qui a déclaré que la communauté turque britannique ne partageait pas les mêmes avis sur les manifestations.

Les partisans du parti AKP de Recep Tayyip Erdo?an « ne disent rien, le silence est synonyme de soutien en faveur des actions de l'AKP », a-t-il déclaré.

Environ 500 000 personnes d'origine turque vivent au Royaume-Uni, selon le ministère de l'intérieur. Bon nombre d'entre eux sont toutefois des Chypriotes turcs.