Les négociations gouvernementales italiennes sur le fil après les débordements de Silvio Berlusconi

Giorgia Meloni a demandé que tous les partenaires potentiels de la coalition adoptent une position clairement pro-occidentale, alors que les derniers commentaires de Silvio Berlusconi font exploser les négociations.

EURACTIV Italie
First session to elect Speaker at Italian Parliament
« L’Italie fait pleinement, et avec la tête haute, partie de l’Europe et de l’Alliance atlantique. Quiconque n’est pas d’accord ne peut faire partie du gouvernement, même si cela implique qu'aucun gouvernement ne pourra être formé. Je demanderai de la clarté de la part de tous les ministres », selon Giorgia Meloni. [EPA-EFE/RICCARDO ANTIMIANI]

Giorgia Meloni, la cheffe du parti Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) et probable prochaine Première ministre d’Italie, a demandé que tous les partenaires potentiels de la coalition adoptent une position clairement pro-occidentale, alors que les derniers commentaires de Silvio Berlusconi font exploser les négociations.

« J’ai l’intention de diriger un gouvernement avec une ligne de politique étrangère claire et sans équivoque », a-t-elle déclaré mercredi (19 octobre).

« L’Italie fait pleinement, et avec la tête haute, partie de l’Europe et de l’Alliance atlantique. Quiconque n’est pas d’accord ne peut faire partie du gouvernement, même si cela implique qu’aucun gouvernement ne pourra être formé. Je demanderai de la clarté de la part de tous les ministres », a-t-elle ajouté.

Sa déclaration fait suite aux commentaires élogieux du leader de Forza Italia, Silvio Berlusconi, à l’égard de la Russie et de son président Vladimir Poutine, dont EURACTIV s’est fait l’écho.

La coalition de droite de Mme Meloni avec la Lega de Matteo Salvini (ID) et Forza Italia de Berlusconi (PPE) est actuellement en négociation en vue de former un gouvernement.

La participation de Forza Italia est nécessaire pour former un nouveau gouvernement, mais les positions pro-russes de plus en plus préoccupantes de M. Berlusconi ont mis les négociations à l’épreuve.

Des articles de presse ont laissé entendre que Mme Meloni envisageait de confier le ministère des Affaires étrangères à Antonio Tajani, coordinateur national de Forza Italia et ancien président du Parlement européen.

Il semble toutefois que les déclarations pro-russes de M. Berlusconi l’aient fait changer d’avis.

L’opposition a également réagi, fustigeant M. Berlusconi.

« Les déclarations de M. Berlusconi sont extrêmement graves, incompatibles avec le positionnement de l’Italie et de l’Europe. Ce sont des paroles qui placent notre pays en dehors des choix européens et occidentaux et qui portent atteinte à la crédibilité de l’éventuel nouvel exécutif », a déclaré le chef du Parti démocrate Enrico Letta.

Réactions au Parlement européen

M. Berlusconi semble aussi avoir irrité ses confrères de la famille politique européenne à laquelle son parti appartient, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit.

EURACTIV a rapporté mercredi que certains eurodéputés de droite ont exprimé leur « mécontentement » face au rapprochement entre MM. Berlusconi et Poutine.

La première de ces réactions est survenue hier de la part de l’eurodéputé estonien Riho Terras (PPE) qui a écrit sur Twitter : « Il est temps que le vétéran de la politique prenne sa retraite pour ne plus dire de bêtises dans sa folie ! Glorifier un criminel de guerre est un acte criminel ».

Paulo Rangel, vice-président du PPE, est aussi intervenu en défense d’Antonio Tajani, potentiel futur ministre des Affaires étrangères : « Nous avons une confiance absolue en M. Tajani. Nous savons qu’il s’engage à défendre les valeurs de l’UE et s’il voit que ces valeurs sont en danger, il sera le premier à se battre pour les défendre ».

« Je pense que les mots de M. Berlusconi sont désolants, pour tous les Européens qui souffrent de la tyrannie de M. Poutine, mais ce sont des opinions personnelles qui n’ont rien à voir avec la position d’un parti et la garantie absolue qu’offre un leader européen tel que M. Tajani », a-t-il ajouté.

Les adversaires politiques du PPE au sein du Parlement européen ont également profité de l’occasion pour attaquer le leader du PPE, Manfred Weber, qui, avant les élections, a appelé les Italiens à voter pour Forza Italia afin de garantir une orientation pro-UE de la coalition de Mme Meloni.

« Aujourd’hui à Strasbourg, j’ai entendu le leader du PPE, Manfred Weber, prononcer des mots justes pour condamner M. Poutine. Tout comme je l’ai entendu pontifier sur Emmanuel Macron, l’Allemagne, le Conseil, sur tout. Mais pas un mot, en revanche, sur les propos de M. Berlusconi. Trop, c’est trop », a commenté l’eurodéputé membre d’Italia Viva (affilié au groupe Renew Europe) Nicola Danti sur Twitter.

Les socialistes et les démocrates du Parlement européen sont allés plus loin en demandant au PPE et au groupe libéral Renew de cesser de normaliser l’extrême droite en Europe.