Les positions de Giorgia Meloni en faveur de l’Ukraine masquent l’euroscepticisme de ses alliés au Parlement européen

Giorgia Meloni cherche à s’imposer comme une figure crédible au sein des institutions européennes. Mais si elle soigne son image à Bruxelles, notamment par son engagement en faveur de l’Ukraine, ses alliances au Parlement européen lui compliquent la tâche.

EURACTIV.com
[Getty Images/Baris Seckin_Anadolu]

Jeudi 10 juillet, au Parlement européen, les tensions au sein du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), auquel appartiennent les eurodéputés du parti Frères d’Italie de Giorgia Meloni, ont éclaté au grand jour.

Une motion de censure contre la Commission d’Ursula von der Leyen, initiée par l’eurodéputé CRE Gheorghe Piperea (Alliance pour l’Unité de la Roumanie, AUR), a recueilli 39 votes favorables sur les 79 membres du groupe. Parmi eux, des élus polonais du parti Droit et Justice (PiS).

Les députés de Frères d’Italie n’ont pas participé au vote, refusant de soutenir une initiative hostile à la Commission, tout en évitant soigneusement de s’y opposer frontalement. Nicola Procaccini, eurodéputé proche de Giorgia Meloni et coprésident du groupe CRE (avec Patryk Jaki, du PiS), n’a finalement pas voté, malgré ses déclarations contraires en amont du vote. Un évènement qui met en lumière le malaise croissant entre Giorgia Meloni et ses partenaires au Parlement européen.

Les centristes soulignent déjà les votes opposés à la Commission au sein du groupe CRE pour affirmer que Giorgia Meloni n’est pas une alliée fiable pour Ursula von der Leyen.

Gheorge Piperea se réjouit quant à lui qu’« aucun Italien ne [se soit] présenté au vote, et ce de manière délibérée » Cela constutue « un changement important », poursuit-il. « Cette motion nous rendra plus forts dans nos négociations avec le PPE [Parti populaire européen], et en particulier avec Ursula von der Leyen », a-t-il expliqué à Euractiv jeudi.

Au même moment à Rome, Giorgia Meloni recevait Ursula von der Leyen pour une conférence sur la reconstruction de l’Ukraine. Saluée pour son engagement en faveur de Kiev par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le Première ministre italienne affichait un profil pleinement aligné avec la ligne occidentale. Une image qui contrastait avec l’agitation de Strasbourg.

Ce grand écart stratégique est devenu une constante de la ligne de Giorgia Meloni : conserver ses racines souverainistes tout en consolidant sa légitimité sur la scène européenne. Une posture qui lui a permis de gagner en stature internationale, mais qui a aussi ses limites.

Fin de l’année dernière, l’Italienne s’était, à la surprise générale, abstenue de soutenir la reconduction d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission. Et les 24 eurodéputés italiens de son groupe avaient voté contre le Collège des commissaires, malgré l’obtention par l’Italie d’une vice-présidence exécutive pour Raffaele Fitto, un proche de Giorgia Meloni.

En dépit de tout cela, le PPE, groupe centriste auquel appartient Ursula von der Leyen, continue de courtiser les eurodéputés de Giorgia Meloni, notamment pour éviter de trop dépendre des Verts ou des libéraux dans l’hémicycle.

Mais les CRE restent composés de partis au profil hétérogène, voire incompatible : du PiS polonais à l’AUR roumain, en passant par des élus isolés parfois proches de Moscou. Le groupe a même exclu cette année Fernand Kartheiser, un eurodéputé luxembourgeois, après une visite controversée à Moscou.

Au lendemain du vote de censure, le duo Procaccini–Jaki, coprésidents du CRE, apparaît largement désuni. Si cette fracture devait se creuser, le groupe risquerait l’implosion, ouvrant la voie à un redécoupage des forces à droite dans l’hémicycle européen.

Dans ce contexte, Giorgia Meloni devra trancher : continuer à ménager un équilibre instable ou s’ancrer plus clairement dans le courant politique dominant à Bruxelles. Son ambition de peser au sein de l’UE dépendra de sa capacité à se détacher d’alliés qui représentent parfois un fardeau.