Les Républicains sont-ils prêts à discuter avec l’extrême droite au Parlement européen ?

Alors qu’Ursula von der Leyen a expliqué être prêtre à collaborer, sous certaines conditions, avec les Conservateurs et Réformistes européens (CRE), la tête de liste des Républicains, François-Xavier Bellamy, semble lui aussi laisser la porte ouverte à des discussions avec le groupe d’extrême-droite.

/ Euractiv France
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François-Xavier Bellamy, chef de file LR et eurodéputé membre du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen. [Parlement européen]

Alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (Parti populaire européen, PPE), a expliqué être prêtre à collaborer, sous certaines conditions, avec les Conservateurs et Réformistes européens (CRE), la tête de liste des Républicains (LR, PPE), FrançoisXavier Bellamy, semble lui aussi laisser la porte ouverte à des discussions avec le groupe d’extrême-droite.

C’est une petite phrase qui suscite beaucoup d’interrogations. Questionné lundi (27 mai) sur France Inter, François-Xavier Bellamy, chef de file LR et eurodéputé membre du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen, a expliqué qu’il serait « aberrant » de ne pas discuter avec les représentants du groupe d’extrême-droite CRE, auxquels appartiennent le parti Fratelli d’Italia de la Première ministre Giorgia Meloni, le mouvement Vox en Espagne, et Reconquête! en France. 

« Au Parlement, les majorités se font texte par texte, vote par vote, parfois amendement par amendement. Au risque de vous surprendre, il m’est arrivé très souvent, mais d’ailleurs aussi à nos collègues macronistes, même à nos collègues socialistes, de voter des propositions qui venaient du groupe CRE », a expliqué M. Bellamy. 

Quelle coalition ?

À deux semaines des Européennes, qui devraient enregistrer une poussée des formations d’extrême-droite, toutes les coalitions semblent envisageables au Parlement. Lors d’un débat organisé le 23 mai, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et candidate du PPE à sa propre succession, avait expliqué que trois critères seraient nécessaires pour intégrer sa future coalition : afficher une ligne pro-européenne, soutenir l’Ukraine et défendre l’État de droit. Et d’ajouter que si Giorgia Meloni respectait ces conditions, il serait possible de travailler avec elle. 

De quoi mettre le groupe CRE au centre des convoitises. Après avoir engagé une procédure d’expulsion de ses anciens alliés allemands de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), empêtrés dans des scandales à répétition, Marine Le Pen a ce week-end proposé à Giorgia Meloni, dans le Corriere della Sera, de s’associer pour fonder « le deuxième groupe du Parlement européen ». Le Rassemblement national (RN), crédité de plus de 30 % dans les sondages, siège au sein du groupe Identité et démocratie (ID).  

Dans une interview accordée à Politico, l’ancien Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, membre du parti conservateur Droit et Justice (PiS, CRE), avait déjà laissé la porte ouverte à une grande alliance à l’extrême-droite, incluant notamment le Premier ministre Viktor Orbán et son parti le Fidesz

La nécessité de « dialoguer »

Les recompositions futures tiendront bien sûr compte des rapports de force qui découleront des élections de juin, mais le candidat des Républicains François-Xavier Bellamy explique depuis des années qu’il est nécessaire de « dialoguer » avec toutes les parties.  

En septembre 2022, la délégation LR avait été la seule au sein du PPE à ne pas soutenir une résolution qui jugeait que le régime de Viktor Orbán n’était plus une démocratie, mais une « autocratie électorale ». Sur les huit eurodéputés LR, quatre avaient voté contre – dont François-Xavier Bellamy — et quatre autres s’étaient abstenus.

Deux ans plus tôt, en juillet 2020, M. Bellamy avait répondu à l’invitation de la Fondation for a civic Hungary, proche du Fidesz, afin de modérer une discussion entre le Premier ministre hongrois, le président serbe Aleksandar Vučić et le leader nationaliste slovène Janez Janša, alors Premier ministre. « Trop de jugements superficiels, de fausses informations parfois, ont rendu le dialogue impossible », avait expliqué M. Bellamy en ouverture.  

Ce dernier explique aujourd’hui rejeter tout rapprochement avec le RN, dont il accuse les membres « de ne pas travailler » au Parlement européen. « Ils ont eu trois fois plus de députés que nous pendant cinq ans, mais n’ont pas mené une seule bataille. Le Parlement c’est un combat de tous les jours », a-t-il affirmé au micro de France Inter. 

Mais quid de Reconquête ? Avant la présidentielle de 2022, dans l’hypothèse d’un duel au second tour entre le président sortant Emmanuel Macron et le président du parti Reconquête!, Éric Zemmour, François-Xavier Bellamy avait affirmé voter pour le second.  

En novembre 2018, Marion Maréchal, ancienne député du RN aujourd’hui tête de liste de Reconquête!, affirmait : « Il est vrai que si une personnalité comme François-Xavier Bellamy se confirme à la tête de la liste européenne, je ne vois pas ce qui demain à travers ce type de personnalité, empêcherait qu’il puisse y avoir des alliances pour défendre le plus efficacement les Français »

À l’heure de la publication de cet article, l’équipe de campagne de François-Xavier Bellamy n’avait pas répondu aux questions d’Euractiv.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]