Réunion de crise de l'UE sur Ceuta : l'Espagne se prépare à essuyer une réprimande sévère

Bruxelles tente d'apaiser les tensions, mais cette réunion risque de venir couronner quelques jours houleux

/ EURACTIV.com
[ Photo : Mateo Lanzuela/Europa Press via Getty Images]

Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, se prépare à essuyer des critiques de toutes parts lors d’une réunion d’urgence de l’UE consacrée à la crise de Ceuta, mardi matin.

Il sera le premier à prendre la parole lors de cette réunion en ligne, avant de céder la parole à bon nombre des pays qui ont vivement critiqué son gouvernement pour sa gestion de l’afflux illégal de 60 000 personnes sur le territoire espagnol la semaine dernière.

Le patron de Grande-Marlaska, Pedro Sánchez, a rétorqué que les réactions des autres gouvernements de l’UE étaient caractérisées par « l’intérêt politique, l’ignorance et les préjugés » – 22 d’entre eux s’étant ligués contre lui dans une lettre ouverte publiée ce week-end, reprochant au Premier ministre espagnol ses politiques favorables à l’immigration. Giorgia Meloni, fer de lance de ces critiques, a pris l’initiative d’imposer des contrôles temporaires aux frontières intérieures pour les voyageurs en provenance d’Espagne.

Selon plusieurs diplomates, les ambassadeurs ont déployé des efforts concertés pour apaiser les tensions et recentrer le débat sur l’avenir lors d’une réunion préparatoire lundi. Mais certains ont averti qu’ils s’attendent également à une confrontation politique lors de la réunion des ministres.

Deux d’entre eux ont indiqué que l’ambassadeur espagnol a fait un long exposé, accusant les autres de manquer de solidarité envers Madrid. L’un des diplomates a qualifié ce discours de « tirade de 30 minutes ».

Deux autres diplomates ont indiqué que la teneur de la réunion d’aujourd’hui dépendra en grande partie de la manière dont Grande-Marlaska, un allié de longue date de Sánchez, mènera les débats.

José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, a déclaré lundi aux médias que Madrid exigerait davantage de solidarité de la part de ses partenaires européens lors de la réunion, et a notamment critiqué l’Italie. Dans une interview, il a fait valoir que Rome n’a pas « été à la hauteur de la situation » en exigeant la suspension de l’Espagne de l’espace Schengen.

Albares a déclaré que Ceuta et Melilla n’ont jamais menacé l’intégrité de l’espace de libre circulation et a plutôt mis en avant les pressions migratoires exercées ailleurs en Europe.

Efforts d’apaisement

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a adopté une ligne prudente en cherchant à apaiser les tensions dans la lettre qu’elle a adressée lundi à Sánchez, saluant les efforts qu’il a déployés pour résoudre la crise.

Elle a également rassuré la grande majorité des gouvernements européens en affirmant que le principal enseignement à tirer de cette crise est que l’Europe doit durcir sa position en matière de migration.

« L’essentiel est désormais que l’UE agisse de manière unie et tire les bonnes conclusions de ces événements », a déclaré Magnus Brunner, commissaire européen chargé des migrations, dans des commentaires partagés avec Rapporteur, la newsletter phare d’Euractiv .

« Pour l’instant, l’Europe a réussi ce test ; ces personnes n’ont pas réussi à entrer dans l’espace Schengen », a-t-il ajouté.

Pourtant, le Parti populaire européen (PPE), de centre-droit, n’a fait aucune tentative pour modérer ses attaques ; ses dirigeants sont déterminés à faire payer à Sánchez les conséquences politiques de sa décision de régulariser le statut de quelque 500 000 immigrés en Espagne.

« Le gouvernement de Sánchez s’est davantage attaché à fabriquer des complots et à susciter des différends diplomatiques avec ses partenaires européens qu’à exiger le respect, la coopération et une réponse réciproque de la part du gouvernement marocain », a affirmé Dolors Montserrat, députée européenne espagnole de centre-droit et secrétaire générale du PPE.

Charles Szumski, Victoria Becker et Elisa Braun ont contribué à cet article.

(ow, mm)