Les syndicats européens veulent mettre les dettes en commun
Au cœur du quartier européen, des représentants des syndicats de toute l’Europe ont manifesté pour réclamer des mesures concrètes en faveur de la croissance. François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, avait fait le déplacement.
Au cœur du quartier européen, des représentants des syndicats de toute l’Europe ont manifesté pour réclamer des mesures concrètes en faveur de la croissance. François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, avait fait le déplacement.
A la veille de la rencontre des dirigeants européens des 1er et 2 mars à Bruxelles, les leaders syndicaux de toute l’Europe ont voulu leur envoyer un message clair. Au cœur du quartier européen, mercredi 29 février, ils étaient plusieurs centaines, selon les chiffres du quotidien belge Le Soir, pour réclamer la fin de l’austérité et la mise en place d’une vraie politique de croissance.
Draghi taclé
« Trop c’est trop », a clamé la secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES) Bernadette Ségol tout en fustigeant les décisions prises depuis le début de la crise, qui ne font payer l’addition qu’aux plus faibles. « L’Europe doit être la pour l’emploi et la justice sociale », a-t-elle lancé.
Elle a particulièrement taclé le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi. Dans une interview la semaine dernière, il déclarait que le modèle social européen avait vécu. La syndicaliste a d’ailleurs demandé que le mandat de la BCE soit modifié pour lui permettre d’intervenir plus directement dans l’économie et le rachat de dette.
Mutualiser la dette
« En venant ici, symboliquement, [nous venons] dire que l’avenir de la situation sociale en France dépend des décisions européennes », a déclaré de son côté François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT.
Il a appelé à un changement de politique européenne : « La vraie politique de croissance, c’est la mise en place ’d’eurobonds’ pour avoir des moyens collectifs en Europe pour investir dans l’économie de demain, en particulier dans les pays qu’on a un peu saigné à blanc. » La mutualisation des dettes a été un temps évoqué comme l’une des solutions pour permettre de sortir de la crise mais, l’Allemagne s’y est toujours opposée.
La CFDT ne conteste pas la nécessité de lutter contre les déficits mais demande que la rigueur imposée par les traités soit accompagnée de contreparties. « A partir du moment où on met en commun une partie des dettes et où l’on se donne des règlements pour respecter les engagements, c’est déjà un transfert de souveraineté au niveau européen, mais il ne doit être possible que s’il y a de la solidarité », a-t-il expliqué.
Appel au Parlement
Soucieux de la légitimité démocratique des décisions prises à Bruxelles, François Chérèque a aussi exprimé la nécessité de renforcer le pouvoir des députés européens que le couple franco-allemand a largement marginalisé depuis le début de la crise.
La CES a d’ailleurs appelé le Parlement a la rejoindre dans son combat en faveur d’une Europe sociale. Certains élus européens étaient présents aux côtés des syndicats parmi lesquels Karima Delli, d’Europe Ecologie Les Verts.
Grands projets
Dans la matinée, une délégation de représentants syndicaux a été reçue par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. A l’issue de la rencontre, Bernadette Ségol a estimé que leur message commençait « à traverser les milieux politiques (…) mais il reste encore à faire ».
La Commission européenne souhaite mettre en place des « Projects bonds » qui serviraient à financer de grands projets. Elle est soutenue par les syndicats dans sa démarche. Emis par des entreprises privées, ces obligations seraient garanties par la Banque européenne d’investissement (BEI) et une part du budget européen (230 millions).
Le Conseil des 1 et 2 mars est consacré à la problématique de la croissance, tout comme celui du 30 janvier mais le projet de conclusions que s’est procuré EURACTIV ne fait que ressasser des propositions déjà connues et rabâchées depuis des années.
Ce quasi-avœu d’impuissance des dirigeants européens à relancer l’activité économique ne les empêchera pas de signer officiellement le texte du nouveau Traité instituant la règle d’Or.


