L’Espagne a fait une « faveur » à Nicolás Maduro en accordant l’asile au leader de l’opposition, affirme le PP espagnol

Le président vénézuélien Nicolás Maduro doit être en train de « célébrer » la décision de l’Espagne d’accorder l’asile à Edmundo González Urrutia a déclaré lundi 9 septembre le dirigeant du Parti populaire espagnol (Partido Popular/PPE), Alberto Núñez Feijóo.

/ EFE avec EURACTIV.com
María Corina Machado: González Urrutia jurará como presidente en enero de 2025
María Corina Machado (à gauche), ancien législateur et chef de file de l'opposition, a réaffirmé que qu'Edmundo González (à droite), le candidat de la Plateforme démocratique unie (PUD), avait remporté les élections « à une écrasante majorité », même si le Conseil national électoral a déclaré Nicolas Maduro vainqueur. [ EFE/ Ronald Peña R. ARCHIVO]

Le président vénézuélien Nicolás Maduro doit être en train de « célébrer » la décision de l’Espagne d’accorder l’asile à Edmundo González Urrutia — qui déclare également avoir remporté la présidentielle du 28 juillet —, a affirmé lundi 9 septembre le dirigeant du Partido Popular espagnol (PP, Parti populaire européen), Alberto Núñez Feijóo.

Dans une interview diffusée par la chaîne de télévision privée Antena 3, le chef de l’opposition de centre droit au parlement espagnol a laissé entendre qu’en accordant l’asile au leader de l’opposition vénézuélienne Edmundo González Urrutia, le gouvernement du Premier ministre Pedro Sánchez (PSOE, Socialistes et Démocrates européens) a indirectement apaisé une source majeure de tension pour Nicolás Maduro.

Nicolás Maduro et le candidat de l’opposition, Edmundo González Urrutia, ont tous les deux revendiqué la victoire après le scrutin du 28 juillet.

Alors que l’opposition dénonce des fraudes électorales, la plupart des gouvernements étrangers, ainsi que l’Union européenne (UE), ont exigé que le Conseil national électoral (CNE) du Venezuela publie le décompte exact des bulletins et les procès-verbaux des bureaux de vote.

À ce jour, le gouvernement vénézuélien n’a pas encore publié les résultats officiels des élections.

Le Tribunal suprême de Justice du Venezuela (TSJ) a validé en août les résultats des élections, qui auraient été remportées par Nicolás Maduro.

Le 2 septembre, un mandat d’arrêt a été lancé contre le chef de l’opposition vénézuélienne Edmundo González Urrutia.

L’homme politique a finalement quitté le Venezuela lundi avec son épouse à bord d’un avion militaire espagnol qui s’est posé à la base aérienne de Torrejon de Ardoz, près de Madrid.

Dans un court message audio de 40 secondes, l’ancien ambassadeur de 75 ans a fait part « d’épisodes de pression, de coercition et de menaces de ne pas me laisser partir » sans donner de détails.

L’asile en Espagne, une bonne chose ?

« Nicolás Maduro est beaucoup plus heureux qu’hier. Il a fait en sorte que le vainqueur de l’élection soit éliminé. Qui a gagné ? Nicolás Maduro. Qui a perdu ? La démocratie vénézuélienne », a déploré le dirigeant du PP.

« L’homme politique démocratique qui a gagné les élections a dû quitter le pays, et le dictateur qui les a perdues est toujours à la tête du gouvernement », a poursuivi Alberto Núñez Feijóo.

Ce dernier a d’autre part critiqué le gouvernement espagnol pour ne pas avoir reconnu la victoire d’Edmundo González Urrutia et a déclaré que s’il était au pouvoir, il aurait fait trois choses : « Je lui donnerais l’asile politique, le titre de président élu [du Venezuela] et j’appellerais à l’arrestation de Nicolás Maduro. L’asile politique, oui, mais au président élu du Venezuela », a souligné le chef de l’opposition espagnole.

Pas de « contrepartie » entre Caracas et Madrid

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares (PSOE), a déclaré lundi à El País et à la radio Onda Cero qu’il n’y avait eu ni « échange » ni « négociation » entre Madrid et Caracas pour permettre à l’ancien candidat à la présidence de quitter son pays.

« L’accueil [en Espagne] d’Edmundo González Urrutia ne s’est pas fait avec des contreparties. L’Espagne ne reconnaît pas la victoire de Nicolás Maduro », a souligné José Manuel Albares.

Cependant, dimanche 8 septembre, la vice-présidente exécutive du Venezuela, Delcy Rodríguez, a affirmé que Caracas avait engagé des « discussions approfondies » avec l’Espagne.

« Des discussions et des contacts approfondis ont eu lieu pour faciliter le départ du leader de l’opposition Edmundo González Urrutia du pays, avec toutes les garanties offertes par un sauf-conduit, un produit de l’accord entre les deux gouvernements », a indiqué Delcy Rodríguez sur son canal Telegram.

Le même jour, le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a décrit le départ d’Edmundo González Urrutia comme une défaite pour la démocratie au Venezuela.

« Aujourd’hui [dimanche 8 septembre] est un triste jour pour la démocratie au Venezuela », a affirmé Josep Borrell tout en rappelant « la répression, la persécution politique et les menaces directes contre sa sécurité et sa liberté [celles du chef de l’opposition] ».

De même, le 6 septembre, une trentaine d’anciens chefs de gouvernements latino-américains ont appelé le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à « arrêter et détenir immédiatement » Nicolás Maduro, son numéro deux Diosdado Cabello, et toute la chaîne de commandement du pays, rapporte EFE, média partenaire d’Euractiv.

Mardi 10 septembre, le parlement espagnol devrait débattre d’une proposition déposée par le PP demandant que Madrid reconnaisse officiellement Edmundo González Urrutia comme le vainqueur des élections vénézuéliennes.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]