L’Estonie, la France et la Pologne demandent plus de financement pour l’industrie de la défense

L’Estonie, la France et la Pologne ont demandé à la Commission européenne et aux autres États membres de l’UE de consacrer davantage de fonds à l’industrie européenne de la défense, alors que l’exécutif européen s’apprête à proposer une stratégie de réindustrialisation de l’UE pour ce secteur.

EURACTIV.com
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Le président français Emmanuel Macron (à droite) et la Première ministre estonienne Kaja Kallas (à gauche), au palais présidentiel de l’Élysée à Paris, le 10 novembre 2023. [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN]

L’Estonie, la France et la Pologne ont demandé à la Commission européenne et aux autres États membres de l’UE de consacrer davantage de fonds à l’industrie européenne de la défense, alors que l’exécutif européen s’apprête à proposer une stratégie de réindustrialisation de l’UE pour ce secteur.

La stratégie industrielle de défense européenne (EDIS) « devrait être appuyée par un financement adéquat, et pour cela, nous demandons à la Commission de présenter des options de financement concrètes, en particulier pour la période précédant le prochain CFP [cadre financier pluriannuel] », le budget septennal 2028-2034 de l’UE, peut-on lire dans un document officieux rédigé par les trois pays et consulté par Euractiv.

« Un financement inadéquat aujourd’hui ne fera qu’augmenter les dépenses à une date ultérieure », estiment Tallinn, Paris et Varsovie.

Leur demande arrive alors que la Commission européenne dévoile ce mardi (5 mars) sa stratégie de défense EDIS et un règlement portant sur le programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP), dans le but de stimuler la coopération en matière d’acquisitions et de production d’équipements de défense sur le continent.

Le programme proposé devrait être doté d’une enveloppe budgétaire de 1,5 milliard d’euros jusqu’en 2028.

Cette discussion intervient après que le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a déclaré en début d’année que l’UE avait besoin de 100 milliards d’euros pour accroître sa capacité de production et pour répondre aux besoins des États membres du bloc et de l’Ukraine.

Pour les trois États membres, « afin de rattraper les décennies de sous-investissement et réarmer nos forces armées afin de répondre aux exigences nationales, de l’OTAN et de l’UE, il faut des efforts bien plus ambitieux [que l’action de soutien à la production de munitions (ASAP) et l’instrument visant à renforcer l’industrie européenne de la défense au moyen d’acquisitions conjointes (EDIRPA)] », deux fonds de l’UE qui visaient à accélérer la production de munitions en Europe et à stimuler les achats conjoints.

La France et l’Estonie avaient déjà demandé à l’UE d’émettre des obligations (eurobonds) pour subventionner l’industrie de production d’armes, comme la Commission l’a fait avec son fonds post-pandémie de 800 milliards d’euros.

« Nous avons investi des centaines de milliards dans l’ambitieux plan de relance NextGenerationEU afin de réparer les dommages causés par la pandémie et nous avons pris des mesures énergiques pour atténuer la récente crise énergétique », soulignent les trois pays dans le document officieux.

« Alors que les produits de défense présentent un ensemble de défis intrinsèquement différents, les risques d’une industrie de défense mal équipée pour répondre aux exigences de la nouvelle situation sécuritaire ne sont pas moins stratégiques et ne méritent pas moins une réponse commune », poursuivent-ils.

Dans leur proposition, les trois États membres ajoutent que les fonds de l’UE ne suffiront pas pour atteindre ces objectifs, et que les Vingt-Sept devront augmenter leurs dépenses nationales en matière de défense.

Un « meilleur accès de l’industrie de l’UE aux financements publics et privés, ainsi qu’au financement de la Banque européenne d’investissement (BEI), pourrait améliorer de manière significative l’efficacité des dépenses de défense », ajoutent-elles. Leur demande vient s’ajouter à la pression croissante exercée sur la banque pour qu’elle modifie sa politique de prêt en vue de financer la production de munitions et d’armes.

« Nous sommes dans une course contre la montre », avertissent les pays.

Regarder au-delà des achats conjoints

La proposition de stratégie industrielle de défense européenne de la Commission, consultée par Euractiv, se concentre largement sur l’approvisionnement conjoint afin de donner à l’industrie une perspective et d’augmenter la capacité de production et la production effective.

Paris, Tallinn et Varsovie estiment toutefois que les fonds de l’UE devraient également favoriser les achats nationaux unilatéraux pour la constitution des stocks nécessaires de toute urgence lorsque les produits sont fabriqués sur le continent.

« Alors que la coopération devrait être encouragée, l’Union devrait également envisager de soutenir les efforts nationaux des États membres pour acquérir des munitions cruciales, des systèmes de défense aérienne et antimissile et des capacités critiques auprès de l’industrie européenne, en tenant compte des chaînes d’approvisionnement existantes, afin de renforcer l’état de préparation de nos forces armées », écrivent les trois pays.

En outre, Bruxelles pourrait également « mobiliser des fonds pour des projets d’infrastructure de défense et des produits communs qu’il est difficile pour les États membres de développer seuls », tels que la défense aérienne et antimissile.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]