L'Europe avance petit à petit vers un plan de paix pour l'Ukraine, sans s'éloigner des États-Unis
Alors que les soutiens européens de l'Ukraine élaborent un plan de paix sous l'égide du Royaume-Uni et de la France, une voix diplomatique forte peine encore à se dégager pour diriger l'effort et agir sans les États-Unis.
BRUXELLES – Alors que les soutiens européens de l’Ukraine élaborent un plan de paix sous l’égide du Royaume-Uni et de la France, une voix diplomatique forte peine encore à se dégager pour diriger l’effort et agir sans les États-Unis.
L’affrontement de vendredi entre le président américain Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait exploser l’alliance occidentale de longue date en faveur de l’Ukraine, alarmé les alliés de Kiev et déclenché une vague de soutien public.
Kaja Kallas, la chef de la diplomatie de l’UE, a déclaré dans un message, que « le monde libre a besoin d’un nouveau leader » et qu’il appartenait aux Européens de relever ce défi.
Sauf que l’Europe a vu défiler les dernières semaines sans plans concrets. Au lieu de cela, ses dirigeants ont tenu une série de réunions de tailles et de constellations variables. Le continent souffre d’un manque de leadership, sans aucune voix claire pour diriger l’effort.
« J’ai demandé à tous les ministres des Affaires étrangères que je rencontre : « Dites-moi comment vous imaginez que cela se passe ». La plupart n’ont pas de plan », a rapporté dimanche le secrétaire d’État américain Marco Rubio à ABC News.
Pour Marco Rubio, soutenir la lutte de l’Ukraine pendant une année supplémentaire, comme certains l’ont suggéré, « ne semble pas être un bon plan », du moins certainement pas une option « que le président [Donald Trump] approuve ».
Deux sommets précédents convoqués par le président Emmanuel Macron n’ont abouti à aucune décision franche.
Celui organisé dimanche à Londres, qui a réuni les dirigeants de 18 pays occidentaux, dont la France, l’Allemagne, le Danemark et l’Italie, ainsi que le Canada, la Turquie, mais aussi des représentants de l’OTAN et de l’Union européenne, semble avoir permis de réaliser les premiers progrès attendus depuis des semaines.
Une coalition sans meneur
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré qu’un certain nombre de pays avaient exprimé le souhait de rejoindre une « coalition des volontaires » pour offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine si un cessez-le-feu était conclu.
Le Royaume-Uni et la France prendraient l’initiative de travailler avec l’Ukraine pour élaborer un projet de plan de paix à présenter au président américain Donald Trump.
« Le Royaume-Uni est prêt à soutenir cette initiative avec des troupes au sol et des avions dans les airs, avec d’autres pays », a annoncé Keir Starmer après les pourparlers.
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, s’est dite prête à s’appuyer sur ses bonnes relations avec Donald Trump pour jouer un rôle de médiatrice.
Cela mettrait la responsabilité sur trois des cinq poids lourds de l’Europe.
L’Allemagne, qui s’imposait davantage comme un pays de meneur sous l’administration Trump précédente à l’époque de la chancelière Angela Merkel, par rapport à l’ère d’Olaf Scholz, doit désormais compter sur la mise en place d’un nouveau gouvernement par Friedrich Merz avant d’espérer peser à nouveau.
Et si le Premier ministre polonais Donald Tusk a été parmi les premiers à manifester son soutien à Volodymyr Zelensky vendredi, Varsovie n’a pas encore indiqué qu’elle prendrait la tête d’une initiative majeure concernant l’Ukraine.
L’Allemagne, l’Espagne et la Pologne font partie des pays européens qui hésitent encore à envoyer des soldats de la paix en Ukraine.
Le président du Conseil européen, António Costa, a qualifié les consultations de dimanche d’« utiles et importantes » avant le sommet de l’UE du 6 mars. Selon lui, les dirigeants devraient être « prêts à prendre des décisions ».
Toutefois, il n’est pas certain que les 27 États membres de l’UE seront en mesure de surmonter les divisions internes qui risquent d’apparaître avec la Hongrie et la Slovaquie.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a indiqué dimanche qu’elle présenterait un « plan global » sur la défense lors du sommet de jeudi, mais les critiques se sont multipliées quant à la raison pour laquelle il faut autant de temps pour élaborer ce projet, surtout compte tenu de l’urgence.
Parallèlement, alors que l’administration Trump menace de couper toute aide militaire à l’Ukraine après la dispute avec le président ukrainien, une question clé se pose : pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas encore tenu toutes ses promesses envers l’Ukraine ?
Les responsables ukrainiens font valoir que le respect des engagements permettrait au moins de combler une interruption temporaire de l’aide américaine.
« Pas de géant » vers les États-Unis
Même après l’épisode traumatisant à la Maison-Blanche, les Européens semblent réticents à reconnaître la nouvelle réalité transatlantique et, au lieu d’aller de l’avant sans Donald Trump, ils perdent un temps précieux en attendant Washington sur le dossier ukrainien.
Malgré les promesses de soutien à l’Ukraine, certains dirigeants européens ont fait savoir à Kiev qu’ils préféreraient les voir renouer leurs liens avec Washington plutôt que de se passer complètement des États-Unis.
« Il y a eu une large convergence sur l’importance de continuer à travailler en étroite collaboration avec les États-Unis, notamment dans le cadre de l’OTAN » et « un fort consensus sur le fait que les futures contributions européennes à des garanties de sécurité supplémentaires doivent être développées en collaboration avec les États-Unis », a déclaré un responsable de l’UE après les discussions.
Keir Starmer et le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, avaient déjà tenté de persuader Volodymyr Zelensky de trouver un moyen de rétablir ses relations avec l’administration américaine, et ce, même si Donald Trump a clairement indiqué qu’il ne souhaitait pas que l’Ukraine continue à se battre.
Le Premier ministre britannique a précisé qu’il s’était entretenu avec le président américain avant le sommet de Londres afin de coordonner ses propositions. Il n’a pas non plus abandonné son projet de persuader Washington de fournir un soutien américain aux futures troupes européennes sur le terrain dans le but de garantir un cessez-le-feu.
L’Europe « doit faire le gros du travail », mais « cet effort doit bénéficier d’un soutien fort des États-Unis », a résumé Keir Starmer.
Le président finlandais Alexander Stubb s’est dit « tout à fait convaincu » que la réunion de dimanche à Londres « nous permettra de faire les premiers pas » pour relancer les négociations avec les États-Unis.
Dans une déclaration, Giorgia Meloni a appelé à une réunion d’urgence entre les États-Unis, l’Europe et l’Ukraine « pour parler franchement de la manière dont nous entendons relever les grands défis actuels, à commencer par l’Ukraine, que nous avons défendue ensemble ces dernières années ».
(sn)