L’extrême droite européenne à Washington pour fraterniser avec le mouvement MAGA
Les principales figures d’extrême droite de l’UE monteront sur scène lors d’une conférence de conservateurs à Washington et s’entretiendront avec les hauts responsables de l’administration Trump dans un seul but : répandre la philosophie MAGA en Europe.
Les principales figures conservatrices et d’extrême droite de l’Union européenne (UE) monteront sur scène lors de la Conservative Political Action Conference (CPAC) à Washington et s’entretiendront avec les hauts responsables de l’administration Trump dans un seul but : répandre la philosophie MAGA en Europe.
Tels des groupies à un concert, les partisans de l’extrême droite européenne affluent à Washington pour apercevoir, voire prendre un selfie avec Donald Trump, le vice-président JD Vance et leurs alliés lors de la réunion annuelle des conservateurs américains, qui se tient depuis des décennies.
Cette année, la CPAC est plus qu’une conférence : c’est un signal pour l’extrême droite européenne qu’elle est du côté des vainqueurs de l’histoire et que la vague « Make America Great Again » (MAGA) est en route pour atteindre les côtes européennes.
« La proximité avec le pouvoir, et la perception de cette proximité, c’est le pouvoir », a déclaré Jeremy Shapiro, directeur de recherche au sein du think tank European Council for Foreign Relations, à Euractiv.
Parmi les personnalités d’extrême droite qui devraient prendre la parole à la CPAC figurent les Français Jordan Bardella (Rassemblement national, Patriotes pour l’Europe) et Sarah Knafo (Reconquête, Europe des Nations souveraines), l’Italienne Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, Conservateurs et Réformistes européens), le Slovaque Robert Fico, le président des Conservateurs et Réformistes européens Mateusz Morawiecki, ainsi que les Britanniques Nigel Farage et Liz Truss.
La participation à l’événement « marque une étape importante dans le renforcement des liens patriotiques transatlantiques pour défendre la souveraineté nationale et redonner le pouvoir au peuple », peut-on lire dans un communiqué de presse des Patriotes pour l’Europe.
Les membres des Patriotes tiendront des « discussions stratégiques » avec leurs homologues américains pour renforcer les « relations entre les mouvements patriotiques européens et américains », ajoute le communiqué de presse.
Il faut s’attendre à une franche camaraderie en marge des tables rondes intitulées « Nulle part où fuir : le démantèlement de la gauche technologique », « BlackRock Life’s Matter : écraser les conseils d’administration woke » et « Guerriers de la culture : prenez votre trêve et foutez-la en l’air », rapporte France24.
Alliance MAGA internationale
Le deuxième mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche s’est accompagné d’une perturbation sans précédent des relations transatlantiques. Les attaques virulentes de son administration contre la prétendue suppression de la liberté d’expression et la soi-disant « idéologie woke » ont à la fois stupéfié les alliés politiques des États-Unis et galvanisé l’extrême droite européenne.
Bien qu’il existe des différences idéologiques entre les mouvements d’extrême droite américains et européens, la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine de 2024 a renforcé un sentiment commun de détermination contre « l’immigration de masse », l’érosion des valeurs chrétiennes et le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal).
« J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour le patriotisme de Donald Trump et sa volonté de défendre les intérêts de son pays », a affirmé le mois dernier Jordan Bardella, le président des Patriotes pour l’Europe.
Le discours prononcé par JD Vance la semaine dernière à la Conférence de Munich sur la sécurité était « lucide », car il diabolisait la prétendue suppression de la liberté d’expression par les dirigeants de l’UE, a-t-il déclaré dans une autre interview.
Cette internationalisation des mouvements d’extrême droite, dans laquelle Donald Trump joue un rôle central, s’est également manifestée le mois dernier en Allemagne, lors de la participation en ligne d’Elon Musk à un rassemblement de l’AfD. Autre exemple : la rencontre bilatérale entre Alice Weidel, tête de liste de l’AfD, et JD Vance, quelques jours seulement avant les élections allemandes, alors que le chancelier allemand actuel, Olaf Scholz, a été snobé par le responsable politique américain.
Pour mettre de l’huile sur le feu, la tirade de Donald Trump mercredi, accusant le président ukrainien Volodymyr Zelensky d’être un « dictateur » responsable de la guerre contre la Russie — une accusation dénuée de tout fondement — contribue à façonner un ennemi commun contre lequel les conservateurs d’extrême droite doivent s’unir et lutter.
« Ils [l’Ukraine] ont décidé de partir en guerre et de défendre leur propre territoire », a déclaré la semaine dernière le Premier ministre hongrois Viktor Orbán (Fidesz, Patriotes pour l’Europe) lors d’une conversation avec le commentateur conservateur américain Tucker Carlson, reprenant le discours du président américain sur le transfert de responsabilité.
Le responsable de la filiale hongroise de la Conférence, Miklós Szánthó, a appelé mercredi à Washington les « conservateurs américains et européens à unir leurs forces […] afin de poursuivre le combat ». Le concept de la CPAC s’est également étendu à d’autres pays, dont la Hongrie, le Japon, l’Argentine et Israël.
Pendant ce temps, Liz Truss, dont la seule prétention à la célébrité est d’avoir été la Première ministre la plus courte de l’histoire britannique — avec seulement 49 jours de mandat —, a déclaré à la CPAC mercredi qu’elle espérait voir « un mouvement comme celui que vous avez aux États-Unis avec MAGA ».
De toute évidence, elle n’est pas la seule à nourrir de tels espoirs.
(AM)