Libye : l’UE cherche à parler d’une seule voix

Réunis à Bruxelles, les dirigeants européens se sont accordés sur les conditions de l’opération militaire menée contre Mouammar Kadhafi.

EURACTIV.fr
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Réunis à Bruxelles, les dirigeants européens se sont accordés sur les conditions de l’opération militaire menée contre Mouammar Kadhafi.

Les Européens se sont un peu rapprochés, jeudi 24 mars, sur le dossier libyen. Alors qu’une coalition internationale a engagé des frappes contre Mouammar Kadhafi depuis moins d’une semaine, les dirigeants de l’UE, réunis à Bruxelles, ont tenté d’envisager la sortie de crise. 

Ils ont précisé les dispositions de la résolution onusienne autorisant l’engagement de forces militaires, et qui avait provoqué la division des Européens. Contrairement à la France et au Royaume-Uni, l’Allemagne s’était abstenue lors du vote au Conseil de sécurité. 

«Lorsque les populations civiles seront en sûreté et à l’abri d’un risque d’attaque et que les objectifs de la résolution 1973 de l’ONU seront atteints, les opérations militaires prendront fin», affirme le texte adopté par les Vingt-Sept. Il reconnaît aussi le «devoir de protection» des populations civiles.

Unanimité

Une situation dont le président Nicolas Sarkozy s’est dit parfaitement satisfait. «L’Europe est pleinement unie», a-t-il déclaré à la presse, en précisant que le texte avait été adopté à l’unanimité par le Conseil européen. 

Evoquant la transition démocratique dans ce pays, il a «lancé un appel à tous les Libyens de bonne volonté qui ont compris que M. Kadhafi conduit la Libye à une impasse et à un drame».

Même si le texte européen appelle le dirigeant libyen à quitter le pouvoir «immédiatement», le président français a admis qu’il n’était pas impossible que les opérations militaires prennent fin, même si le Colonel Kadhafi devait rester en place. «Si les forces de Kadhafi retournent dans leurs casernes et que les populations civiles ne sont plus menacées», l’emploi de la force cessera, a affirmé M. Sarkozy. Avant de préciser : «Cela va bien au-delà d’un simple cessez-le-feu.»

Hésitations

Il est aussi revenu sur les divisions européennes dans ce dossier. «Je comprends qu’il y ait eu des hésitations. Ce n’est pas de gaité de cœur que l’on envoie des soldats risquer leur vie», a-t-il affirmé. 

L’Allemagne, principale opposante à l’usage de la force, veut soumettre la Libye à des sanctions économiques et diplomatiques. Dès son arrivée au sommet, la chancelière allemande Angela Merkel a par exemple évoqué la possibilité de bloquer tous les revenus pétroliers du régime libyen.

Le texte adopté par les Européens fait une assez large place à ce type de sanctions, ainsi qu’à des mesures humanitaires, également prônées par Berlin. Il énonce ainsi la possibilité de frapper le régime de Mouammar Kadhafi dans les secteurs pétrolier ou gazier. 

Immigration

De même, «l’Union européenne a renforcé et va continuer de prévoir un soutien pour l’assistance humanitaire et les opérations de protection civile, y compris par les voies maritimes», peut-on lire dans les conclusions du sommet. 

Les Vingt-Sept se sont aussi penchés sur la question de l’immigration, qui préoccupe plus particulièrement l’Italie, très proche des côtes libyennes. Les dirigeants européens demandent ainsi à la Commission européenne de leur soumettre un «plan pour le développement de capacités pour gérer les flux migratoires et de réfugiés», avant le Conseil européen de juin.

L’adoption de ce texte européen est intervenu quelques heures après l’annonce de la prise en charge, par l’Otan, du commandement de l’intervention militaire en Libye. La France refusait fermement ce transfert de forces, mais un compromis semble avoir été atteint entre les alliés, et plus particulièrement les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. En échange de cette concession, la France a obtenu la mise en place d’un groupe menant un «pilotage politique» de la crise. 

«La coordination politique ne peut pas être le seul fait de l’Otan puisque des pays [de la coalition] ne sont pas membres de l’Otan», a estimé le chef de l’État. Ce volet politique devrait démarrer à l’occasion d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de la coalition, organisée à Londres, mardi 29 mars.