L’impact du changement climatique sur la santé mentale : des souffrances invisibles

L’UE doit s’attaquer d’urgence aux problèmes de santé mentale liés au changement climatique, ont déclaré des parties prenantes lors d’une conférence d’experts à Bruxelles, en insistant sur la nécessité des efforts d’atténuation et d’adaptation au réchauffement climatique.

Euractiv.com
Sydney,,Australia,-,March,15,,2019,-,20,000,Australian
Les experts présents à la conférence ont souligné que les phénomènes météorologiques extrêmes ont un impact direct sur la santé mentale des individus et que les personnes souffrant déjà de problèmes de santé mentale sont particulièrement touchées par les défis liés au changement climatique. [<a href="https://www.shutterstock.com/g/Holli" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/Holli</a>]

L’UE doit s’attaquer d’urgence aux problèmes de santé mentale liés au changement climatique, ont déclaré des parties prenantes lors d’une conférence d’experts à Bruxelles, en insistant sur la nécessité des efforts d’atténuation et d’adaptation au réchauffement climatique.

« Nous savons que le fait de vivre le traumatisme d’une maison qui brûle ou d’être forcé de déménager à cause d’une inondation a des conséquences à long terme sur la santé mentale, et cela a été sous-estimé et n’a pas été pris en compte lorsque nous comptons les coûts de l’inaction climatique », a déclaré Emma Lawrance de l’Imperial College de Londres lors de la conférence intitulée « Research Perspectives of Climate Health Impact », organisée par la Commission européenne lundi et mardi (19-20 février).

« Il s’agit d’une opportunité historique pour l’UE de créer un programme de recherche sur le climat et la santé, et mon principal message est que la santé mentale doit bénéficier de la même considération que la santé physique dans le cadre de ce programme », a-t-elle ajouté.

Les experts présents à la conférence ont souligné que les phénomènes météorologiques extrêmes ont un impact direct sur la santé mentale des individus et que les personnes souffrant déjà de problèmes de santé mentale sont particulièrement touchées par les défis liés au changement climatique.

Facteurs de risque et conséquences

De nouveaux termes tels que « l’éco-anxiété », c’est-à-dire l’anxiété liée aux crises environnementales, ont fait leur apparition pour refléter la réalité de l’impact du changement climatique sur la santé mentale. Les jeunes sont particulièrement susceptibles de montrer des signes d’anxiété lorsqu’ils constatent de manière directe les effets du réchauffement climatique, tout en ayant l’impression de ne rien pouvoir faire pour y remédier ou pour l’arrêter.

Les chercheurs ont constaté que ces troubles mentaux peuvent survenir chez des sujets ayant été témoins d’évènements tels que des tempêtes, des inondations, des incendies de forêt, des sécheresses ou encore des températures extrêmement élevées.

En 2021, une étude publiée dans le Lancet a montré que sur 10 000 jeunes interrogés dans 10 pays (Australie, Brésil, Finlande, France, Inde, Nigeria, Philippines, Portugal, Royaume-Uni et États-Unis), 60 % ont déclaré se sentir « très inquiets » ou « extrêmement inquiets » et ont associé des émotions négatives (tristesse, peur, anxiété, colère et impuissance) au changement climatique.

« Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est qu’il existe une interaction entre la prise de conscience et l’expérience. Nous savons que les personnes qui ressentent ces effets sont les plus inquiètes, non seulement de ce qui se passe aujourd’hui, mais aussi de leur avenir », a expliqué Mme Lawrance.

« Ils ne doivent pas seulement se remettre de cet évènement, mais aussi des évènements qui s’ajoutent les uns aux autres, et ils n’ont pas le temps de se remettre avant le prochain. Comment sortir de ce cercle vicieux ? » a ajouté la chercheuse.

Au cours de la conférence, les parties prenantes ont également eu l’occasion de discuter de l’extrême vulnérabilité de certains groupes de population, tels que les femmes, les enfants, les personnes souffrant d’un handicap et les personnes travaillant en extérieur.

En 2021, le nord-ouest de l’Amérique du Nord a connu un épisode de chaleur extrême sans précédent, caractérisé par des températures élevées et une baisse de la qualité de l’air, qui a entraîné une surmortalité d’environ 740 personnes dans la province de la Colombie-Britannique.

Au cours des huit jours les plus chauds dans la région, 134 personnes diagnostiquées comme atteintes de schizophrénie sont décédées, soit le triple du nombre moyen de décès au cours de la même période entre 2006 et 2020.

« La triste réalité est que la sensibilisation aux effets du changement climatique sur la santé mentale s’accroît parce qu’il s’agit d’un besoin ressenti par un nombre croissant de personnes dans le monde dont les vies et les moyens de subsistance sont de plus en plus affectés par les catastrophes provoquées par les combustibles fossiles », a déclaré Mme Lawrance.

Il n’existe pas de solution facile

Cathy Berx, gouverneure de la province d’Anvers, en Belgique, a expliqué lors de la conférence que les citoyens sont conscients des dangers du réchauffement climatique pour la santé physique et mentale, mais que le sentiment d’urgence des politiques et de l’opinion publique reste limité.

« Nous savons que la prévention est essentielle, mais comment mobiliser beaucoup d’argent si vous ne pouvez pas le prouver ? Après tout, vous avez peut-être évité quelque chose, mais vous ne pouvez pas le prouver », a-t-elle déclaré.

Elle a ajouté que « trop de décideurs politiques évitent d’être francs, ouverts et transparents sur la gravité de la situation et la nécessité d’une transition radicale ».

Antonio Gasparrini, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, a souligné qu’il était essentiel de quantifier le rapport coût-efficacité d’une politique donnée.

« Il faudrait mettre l’accent sur l’atténuation et pas seulement sur l’adaptation [au changement climatique], car il est clair que les avantages de l’atténuation en termes de réduction drastique du changement climatique augmentent », a-t-il noté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]