L’inaction climatique fait peser une menace croissante sur la santé dans l’Union européenne
Selon le rapport 2024 du Lancet Countdown, plusieurs menaces pesant sur la santé dans l’Union européenne (UE) et découlant de l’inaction climatique ont atteint un nouveau record cette année.
Selon le rapport 2024 du Lancet Countdown, plusieurs menaces pesant sur la santé dans l’Union européenne (UE) et découlant de l’inaction climatique ont atteint un nouveau record cette année.
Près de dix ans après la création de la Commission Lancet en 2015 et de la collaboration de recherche internationale « Lancet Countdown : suivi des progrès en matière de santé et de changement climatique » en 2016, le rapport 2024, qui analyse les données de 2023, suggère que les gouvernements nationaux « alimentent le feu » du changement climatique. Il cite également des preuves de certains progrès, tels que la diminution de l’incidence des décès liés aux combustibles fossiles.
« La communauté de la santé — dont je fais partie — a été trop lente à faire comprendre que la crise climatique est une crise sanitaire. Et il ne s’agit pas seulement d’une crise sanitaire [qui débutera] en 2050 ou au tournant de ce siècle, c’est une crise sanitaire aujourd’hui », a affirmé le Dr Jeremy Farrar, scientifique en chef à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown, a souligné que les pays disposant des ressources les plus limitées pour s’adapter aux urgences climatiques subiront des conséquences plus graves : « Il ne s’agit plus d’un problème limité à certaines zones géographiques. Nous constatons les conséquences dans tous les pays ».
Selon l’organisation à but non lucratif Health Care Without Harm (HCWH), la réduction de l’empreinte carbone des soins de santé, qui représente 4,6 % des émissions nettes mondiales, est un autre problème. À ce jour, seul le Portugal a élaboré des feuilles de route de décarbonation, tandis que la Belgique et l’Irlande sont en train d’élaborer des plans en ce sens.
Augmentation des températures, des précipitations et des maladies infectieuses
Sur les quinze indicateurs mesurant l’impact des changements climatiques sur la santé, dix ont atteint de nouveaux records « préoccupants » depuis le rapport de l’année précédente, qui portait sur l’année 2022.
L’un de ces indicateurs est la mortalité liée aux fortes chaleurs. L’exposition à des chaleurs extrêmes est dangereuse, en particulier pour les personnes âgées, les enfants, les personnes souffrant de maladies préexistantes et celles exposées à de fortes températures dans le cadre de leur travail.
Le rapport fait état d’une augmentation globale de 167 % des décès liés à la chaleur chez les personnes âgées de plus de 65 ans. En France, entre 2013 et 2022, les décès liés à la chaleur sont passés en moyenne à 12 pour 100 000 personnes, et la population a été exposée à 9,4 jours de canicule par an.
« C’est pourquoi les hôpitaux et les systèmes de santé doivent être prêts à anticiper les évènements météorologiques extrêmes liés au [changement] climat[ique], à y répondre et à s’en remettre, tout en décarbonant leurs opérations pour l’atténuer, protégeant ainsi la santé de la communauté », a déclaré l’organisation HCWH.
Mais les fortes chaleurs ne sont pas les seules à poser un risque pour la santé. Les précipitations intenses sont un autre indicateur inclus dans le rapport de cette année, avec de fortes inondations citées notamment aux Pays-Bas, qui pourraient, entre autres, entraîner une contamination de l’eau et un risque de maladie transmissible par l’eau.
En outre, en Europe, le risque de maladies infectieuses, telles que la dengue et les agents pathogènes Vibrio, a augmenté principalement dans le sud de l’Europe. En raison de l’augmentation des températures et des eaux côtières, les cas de Vibrio ont atteint le chiffre record de 692 000 en 2023.
Les gouvernements et les entreprises jettent de l’huile sur le feu
Les émissions mondiales de CO2 ont atteint un niveau record en 2023, alors que l’intensité carbone n’a diminué que marginalement en raison de la « dépendance persistante des gouvernements à l’égard des combustibles fossiles et des subventions », a déclaré Marina Romanello, autrice principale du rapport du Lancet Countdown.
Selon le rapport, l’Allemagne a subventionné l’utilisation des combustibles fossiles à hauteur d’environ 4,5 milliards de dollars rien que pour l’année 2022, tandis que la France a atteint 25,5 milliards de dollars de subventions aux combustibles fossiles.
L’optimisme est toutefois de mise : selon l’analyse, le nombre de décès dus à la pollution de l’air par les combustibles fossiles (PM 2,5) a diminué de près de 7 %, passant de 2,25 millions en 2016 à 2,09 millions en 2021 — 59 % de cette baisse étant due à la diminution de la combustion du charbon.
Les États membres de l’UE doivent mettre à jour leurs contributions déterminées au niveau national pour la COP29 d’ici 2025, en détaillant les actions climatiques prévues par les États jusqu’en 2035.
« La réaffectation de milliers de milliards de dollars investis ou subventionnés chaque année dans l’industrie des combustibles fossiles permettrait d’assurer une transition juste et équitable vers les énergies propres et l’efficacité énergétique, ainsi qu’un avenir plus sain, ce qui profiterait en fin de compte à l’économie mondiale », a expliqué Marina Romanello.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]