L’interview entre Alice Weidel et Elon Musk pourrait influencer l’enquête de la Commission contre X
L’interview entre la cheffe de file du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne, et Elon Musk n’est pas illégale au regard des règles de l’UE en matière de modération des contenus, mais pourrait avoir une incidence sur l’enquête en cours concernant X, selon un porte-parole de la Commission.
L’interview entre Alice Weidel, cheffe de file du parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD, Europe des Nations souveraines), et Elon Musk n’est pas illégale au regard des règles de l’Union européenne (UE) en matière de modération des contenus, mais pourrait avoir une incidence sur l’enquête en cours concernant X, a déclaré ce lundi 6 janvier un porte-parole de la Commission.
Vendredi 3 janvier, le milliardaire Elon Musk a annoncé qu’il prévoyait d’organiser et de diffuser en direct une interview avec Alice Weidel — qui est en campagne électorale pour le scrutin anticipé qui aura lieu en Allemagne en février — sur sa propre plateforme de réseaux sociaux, X.
X fait l’objet d’une enquête de la Commission européenne, et l’exécutif européen a déjà transmis ses conclusions préliminaires en juillet 2024, indiquant une violation du règlement sur les services numériques de l’UE (Digital Services Act, DSA).
« La liberté d’expression est au cœur de notre démocratie », a déclaré un porte-parole de la Commission lors d’une conférence de presse lundi, ajoutant que l’interview, prévue pour jeudi 9 janvier, n’était pas illégale en soi en vertu du DSA.
« Dans le contexte de la procédure en cours contre X, la Commission examinera les risques systémiques de la diffusion en direct de cette interview, notamment ceux qui découleraient de pratiques de mise en avant déloyales sur la plateforme, comme une mise en avant boostée du contenu ou une manipulation des systèmes de recommandation », a ajouté le porte-parole.
Depuis qu’Elon Musk a racheté Twitter (aujourd’hui X) en avril 2022, les inquiétudes se sont multipliées quant aux avantages particuliers qu’il s’est accordés, telles que la possibilité de booster ses messages grâce à des algorithmes.
Si la Commission trouve des preuves que le milliardaire a mis en avant ses posts plus que d’autres et donc influencé les utilisateurs de l’UE en promouvant la désinformation ou en manipulant les élections, cela pourrait influencer l’enquête en cours contre X.
L’Europe de plus en plus inquiète de l’influence d’Elon Musk
La semaine dernière, l’eurodéputé allemand Damian Boeselager (Volt, Verts/ALE) a envoyé une lettre ouverte à la vice-présidente européenne et commissaire à la Technologie, Henna Virkkunen, pour lui faire part de ses inquiétudes quant à l’influence d’Elon Musk sur ses propres posts et au non-respect potentiel des règles du DSA.
Le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre (Parti travailliste) a fait écho à ces préoccupations lors d’une interview accordée à la radio NRK lundi.
L’ancien responsable de l’application des règles du DSA, Thierry Breton, qui, en tant que commissaire, avait eu plusieurs démêlés avec Elon Musk, est revenu sur les inquiétudes concernant l’interview diffusée en direct sur X.
Selon lui, l’interview fournirait à Alice Weidel « un avantage significatif et précieux sur [ses] concurrents » dans le cadre de la campagne en prévision des élections fédérales anticipées qui se tiendront en Allemagne le 23 février.
Toutefois, selon le porte-parole de la Commission, X — en tant que réseau social et non de diffuseur — n’est pas tenu d’accorder le même temps d’antenne à toutes les parties.
« Ce que nous voulons, c’est que le propriétaire de la plateforme et le fournisseur de la plateforme s’assurent que la plateforme n’est pas utilisée de manière abusive ou qu’elle n’accorde pas de traitement préférentiel », a ajouté le porte-parole.
Les services de la Commission, ainsi que l’autorité allemande de modération du contenu (Bundesnetzagentur), les grandes plateformes — dont X — et les organisations de la société civile doivent se réunir lors d’une table ronde le 24 janvier prochain pour discuter des risques avant les élections anticipées allemandes, a ajouté le porte-parole.
En vertu du DSA, X pourrait se voir infliger une amende allant jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires mondial.
[Édité par Anna Martino]