L'Italie doit pouvoir se défendre face à la Chine, selon l'eurodéputé italien Carlo Fidanza
Les infrastructures et la production stratégique italiennes ne doivent pas finir entre des mains étrangères, « surtout pas chinoises », a déclaré à EURACTIV Italie Carlo Fidanza, le chef de délégation de Fratelli d’Italia (conservateur) au Parlement européen.
Les infrastructures et la production stratégique italiennes ne doivent pas finir entre des mains étrangères, « surtout pas chinoises », a déclaré à EURACTIV Italie Carlo Fidanza, le chef de délégation de Fratelli d’Italia (conservateur) au Parlement européen.
Son annonce vient alors que la Première ministre Giorgia Meloni devra décider s’il souhaite renouveler automatiquement les accords pour la « nouvelle route de la soie » en Italie — l’initiative chinoise Belt and Road (BRI) — d’ici la fin de l’année.
L’accord a été signé par le premier gouvernement dirigé par Giuseppe Conte (Mouvement 5 étoiles, M5S) en mars 2019, pour une durée de cinq ans.
L’Italie a été l’un des premiers États membres de l’UE à rejoindre la BRI, afin de renforcer les relations politiques et commerciales avec la Chine. Cependant, la pandémie et la guerre en Ukraine ont fortement modifié le contexte géopolitique, ce qui nécessite une réévaluation.
« Giorgia Meloni et Fratelli d’Italia avaient fortement critiqué la signature du protocole par le gouvernement de M. Conte, qui subissait la pression du M5S », a expliqué M. Fidanza à EURACTIV Italie.
Cependant, a-t-il souligné, les événements géopolitiques des dernières années ont laissé le protocole inappliqué, et sa valeur aujourd’hui est principalement symbolique.
« Nos infrastructures et notre production stratégique ne doivent pas finir dans des mains étrangères, surtout pas chinoises. C’est le point de départ de notre action », a déclaré M. Fidanza.
Fratelli d’Italia plus radical que l’UE ?
« L’UE a défini la Chine comme un “rival systémique” tout en œuvrant pour des relations non hostiles. Le choix [sur la BRI] sera fait en tenant compte de ces deux exigences », a-t-il ajouté.
Récemment, le fondateur du parti national-conservateur M5S, l’ancien humoriste Beppe Grillo, a appelé ses députés à « ouvrir le port de Tarente aux grands navires marchands chinois » pour, dit-il, bénéficier à toute la région du sud de l’Italie.
« M. Grillo et le M5S ont toujours été la cinquième colonne de Pékin en Italie et cela ne nous surprend pas. Ce n’est pas non plus un hasard si le M5S est devenu le parti le plus taliban dans la poussée de la transition verte, qui nous livrera à la Chine pieds et poings liés », critique l’eurodéputé conservateur.
M. Fidanza préfère adopter une position beaucoup plus critique via-à-vis de Pékin. « La Chine est l’animateur d’un mouvement visant à renverser l’ordre mondial. Elle est aussi un concurrent agressif dans un marché mondial où le libre-échange est censé dominer, mais où le commerce équitable, c’est-à-dire une concurrence juste et équilibrée, n’est pas encore établi », a-t-il précisé.
Le parti de Mme Meloni, Fratelli d’Italia, semble pencher presque entièrement en faveur d’un éloignement de Pékin, tandis que les institutions européennes se montrent plus prudentes.
En outre, la rupture des accords avec la Chine pourrait nuire aux exportations italiennes et rendre Rome invisible aux yeux du président chinois Xi Jinping, mais leur reconduction serait une décision incohérente devant les électeurs et gênante pour Washington. En effet, le gouvernement américain a clairement indiqué qu’il considérait la Chine comme un partenaire de la Russie pour établir un « nouvel ordre mondial » qui ne soit pas dirigé par les États-Unis.
Aujourd’hui, la Chine n’est plus seulement un partenaire économique et commercial pour la Russie, mais aussi un partenaire politique et militaire, compte tenu de son rôle dans la guerre en Ukraine. Pékin a récemment publié un document pour la paix en Ukraine, apprécié par Moscou et largement critiqué par Kiev et Washington. L’UE, qui ne partage pas le document mais y voit des éléments positifs, se situe entre les deux.
Selon M. Fidanza, l’attitude du gouvernement italien à l’égard de la BRI devrait être liée à « un engagement sincère sur l’affaire ukrainienne », qu’il n’a pas détecté jusqu’à présent. Au contraire, « la Chine semble profiter d’une nouvelle situation géopolitique en plaçant la Russie dans le rôle de partenaire junior ».
« Si la Chine montre qu’elle est réellement engagée dans une solution positive à la guerre, conduisant à la restauration des frontières reconnues de l’Ukraine et au retrait des troupes russes, nous ne pouvons qu’en prendre bonne note. À l’heure actuelle, cela me semble être un objectif lointain », a déclaré l’eurodéputé.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devrait se rendre à Pékin cette semaine en compagnie du président français Emmanuel Macron, tandis que le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez s’est rendu en Chine vendredi (31 mars) et que la présidente Giorgia Meloni devrait également faire de même prochainement.
Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, s’est dit optimiste quant aux relations avec Pékin : « Les Chinois veulent être des facilitateurs, pas des médiateurs. C’est un rôle qu’il faut encourager ».