L’Italie réticente à la nomination de Kaja Kallas au poste de Haute diplomate de l’UE

L’Italie pourrait s’opposer à la nomination de la Première ministre estonienne Kaja Kallas en tant que prochaine Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, bien qu’elle soit la principale candidate en raison de son intérêt pour le front de l’Est.

EURACIV Italie
Estonian PM Kaja Kallas placed on a Russia wanted list
La Première ministre estonienne, Kaja Kallas. [EPA-EFE/Miguel Angel Molina]

La Première ministre estonienne Kaja Kallas, en lice pour le poste de Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, n’aurait pas le soutien de l’Italie, et des sources du parti de son homologue italienne Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, à Bruxelles ont confié à Euractiv que ce rôle lui donnerait trop d’influence par rapport aux nouveaux équilibres au sein du Parlement européen.

Avant un dîner informel des dirigeants de l’UE de lundi (17 juin), il semblait presque certain que Ursula von der Leyen — membre du Parti populaire européen (PPE), qui reste le plus grand groupe au Parlement après le scrutin de début juin —, Antonio Costa (Socialistes et Démocrates européens, S&D) et Kaja Kallas (groupe libéral Renew) obtiendraient les trois top jobs de l’UE : respectivement la présidence de la Commission, la présidence du Conseil européen et la direction de la diplomatie de l’Union.

Mais alors que Giorgia Meloni, leader de Fratelli d’Italia (Conservateurs et Réformistes européens, CRE), se serait opposée à l’accord global sur ces trois noms en raison de l’absence de consultation plus large, à Bruxelles, des sources de son parti d’extrême droite suggèrent qu’elle pourrait être tout particulièrement sceptique quant à la nomination de Kaja Kallas.

« [Kaja] Kallas est une personnalité respectée et il n’y a pas d’objection personnelle à sa nomination du côté italien », ont confié ces sources à Euractiv Italie.

Cependant, selon les mêmes sources, le problème principal est la représentation politique des partis ayant gagné le plus de pouvoir au terme des élections européennes.

« Renew Europe a récemment subi une défaite électorale et perdra bientôt sa position de troisième groupe le plus important au Parlement, et le poids que le rôle de Haut représentant donnerait [à Kaja Kallas] est disproportionné », estiment les sources.

Peu après ces déclarations, le groupe CRE a annoncé qu’il avait été rejoint par de nouveaux membres, tels que l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), devenant ainsi la troisième force au Parlement, juste derrière le PPE et le groupe S&D, mais dépassant Renew, désormais relégué à la quatrième place.

D’autres inquiétudes

Les observateurs soulignent toutefois que Giorgia Meloni pourrait être réticente à l’égard de la nomination de Kaja Kallas pour une autre raison.

En effet, l’Italienne pourrait être peu encline à déléguer ses responsabilités en matière de politique étrangère aux États baltes, craignant qu’ils ne soient trop centrés sur l’Est et qu’ils ne mettent de côté les questions méditerranéennes et les problèmes d’immigration.

Des inquiétudes similaires concernant une approche « monothématique » des affaires étrangères de l’UE ont également été exprimées par certains chefs d’État et de gouvernement issus de partis appartenant au PPE de centre droit lors d’une réunion en amont du dîner de lundi, a appris Euractiv.

« Il est plausible » que Giorgia Meloni ait ce point de vue et « qu’elle dise “donnez-moi ceci ou je soulèverai la question de la candidature de [Kaja] Kallas et je trouverai des alliés” », a expliqué Lorenzo Castellani, analyste politique à l’Université LUISS Guido Carli. Ses propos font écho aux rumeurs qui circulent à Bruxelles et qui suggèrent que la Première ministre italienne souhaite que son pays obtienne un portefeuille important au sein de la prochaine Commission européenne.

Giorgia Meloni ne s’opposera pas à un candidat au poste de Haut représentant avec une orientation pro-ukrainienne et euro-atlantique, « mais peut-être que [Kaja] Kallas est une candidate qui représente les intérêts baltes, polonais et ukrainiens, alors que [Giorgia] Meloni, soutenue par [Ursula] von der Leyen, se concentre plus sur la Méditerranée ».

La Première ministre italienne d’extrême droite pourrait soit s’opposer à la candidature, soit l’utiliser pour une négociation qui « pourrait également impliquer d’autres gouvernements plus à gauche, comme celui du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui préférerait quelqu’un capable d’être pro-OTAN et pro-Ukraine, mais davantage axé sur la Méditerranée ».

[Édité par Anna Martino]