L’objectif de 45% de renouvelables dans le mix de l’UE est « ambitieux, mais faisable », selon Frans Timmermans
ENTRETIEN. Auprès d’EURACTIV, le commissaire européen au Climat, Frans Timmermans, a défendu bec et ongles l’objectif d'atteindre 45% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique de l’UE d’ici à 2030, contrairement à la position actuelle des États membres.
Dans un entretien exclusif avec EURACTIV, le commissaire européen à l’Action pour le Climat, Frans Timmermans, a défendu bec et ongles l’objectif de 45 % d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique de l’UE d’ici à 2030, contrairement à la position actuelle des États membres.
Frans Timmermans est vice-président exécutif de la Commission européenne depuis 2014, ainsi que commissaire européen à l’Action pour le climat depuis 2019.
Les États membres de l’UE et le Parlement européen négocient actuellement une nouvelle législation visant à stimuler la production d’énergies renouvelables, comprenant un objectif fixant la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique européen d’ici à 2030.
En décembre, les États membres se sont montrés favorables à un objectif de 40 % d’énergies renouvelables, soit moins que les 45 % proposés par la Commission européenne et le Parlement européen.
Face à ces positions discordantes, « je pense que nous devons défendre l’objectif de 45 % », a insisté M. Timmermans auprès d’EURACTIV lors d’un entretien exclusif à l’assemblée de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) à Abu Dhabi aux Émirats arabes unis.
« Si vous considérez la vitesse à laquelle nos énergies renouvelables sont mises en place — l’éolien en mer, mais également le solaire en toiture — je trouve que l’objectif est certes ambitieux, mais faisable », a-t-il ajouté.
Lorsque la Commission européenne a proposé pour la première fois de mettre à jour la directive sur les énergies renouvelables en juillet 2021, elle a proposé un objectif de 40 % pour 2030, mais elle l’a revu à la hausse, le portant ainsi à 45 %, l’an dernier suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
En 2020, 22 % de l’énergie utilisée dans l’UE provenait des énergies renouvelables, ce qui représente deux points de pourcentage de plus que l’objectif convenu par l’Union pour cette année-là.
Un objectif plus élevé
Selon M. Timmernans, les Vingt-Sept « comprennent de mieux en mieux » qu’il faut se fixer un objectif plus élevé en matière d’énergies renouvelables, afin de renforcer la sécurité énergétique de l’UE face à la baisse des exportations de gaz russe vers l’Europe.
« De nombreuses personnes se rendent compte de la nécessité de se débarrasser des combustibles fossiles en raison de la crise climatique, mais tout le monde comprend que nous ne pouvons plus dépendre des combustibles fossiles et que la seule façon d’accroître notre souveraineté énergétique est de se diriger vers les énergies renouvelables », a-t-il expliqué à EURACTIV.
En outre, le commissaire estime que l’accélération des octrois de permis dans l’UE pour les projets d’énergie renouvelable pourrait rendre l’objectif plus acceptable pour les États membres. « Si nous pouvons aider les États membres à cet égard, alors l’objectif sera également plus facile à atteindre », a expliqué M. Timmermans.
En revanche, le sous-secrétaire d’État polonais Adam Guibourgé-Czetwertyński, également interrogé par EURACTIV lors de la conférence IRENA, a souligné les défis auxquels sont confrontés les États membres de l’UE pour parvenir à une part plus importante d’énergies renouvelables.
« En nous référant à l’objectif au niveau de l’UE, nous ne visons pas seulement la production d’électricité, mais également la chaleur et le transport », a déclaré M. Guibourgé-Czetwertyński.
« À l’heure actuelle, il nous manque des technologies — notamment, je pense, dans la production de chaleur à grande échelle. Il existe certaines technologies, mais pas une qui soit vraiment quelque chose d’évolutif », a-t-il ajouté.
Citant l’exemple du système de chauffage urbain de Varsovie, le sous-secrétaire d’État a déclaré que pour alimenter ce système avec de la biomasse, la Pologne devrait abattre une forêt de la taille de Bruxelles chaque année.
Même si la Pologne a prévu de développer les énergies renouvelables et le nucléaire dans le but de renforcer son indépendance énergétique, elle est confrontée à des limites concernant les mesures à prendre avant 2030, a-t-il ajouté. Selon lui, les énergies propres pourraient y être plus largement utilisées plutôt d’ici 2040.
L’accélération du déploiement des énergies renouvelables
Lors de l’entretien, M. Timmermans a également souligné l’engagement de l’Europe à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, malgré une plus forte dépendance au charbon à court terme en vue de remplacer le gaz russe dans la production d’électricité.
« Nous ne sommes pas distraits [par la situation actuelle]. Au contraire, le fait que la Russie utilise l’énergie comme une arme nous a permis de renforcer notre transition vers les énergies renouvelables. Je veux partager ce constat avec le plus large public, puisque nous ne pourrons réussir que si tout le monde y est engagé », a-t-il déclaré.
« Oui, nous aurons besoin de combustibles fossiles. Oui, nous exploitons plus de charbon que nous ne le voulions, mais, néanmoins, nous augmentons nos objectifs », a-t-il ajouté. Il a ainsi fait référence au paquet législatif européen sur le climat, le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), initialement proposé en juillet 2021 et qui est maintenant dans sa phase finale pour être adopté.
D’autres personnes partagent la même opinion. En adoptant son paquet sur le climat de 2021 et en répondant à la crise de la Covid-19, l’UE « a envoyé un signal très fort » sur l’urgence d’accélérer la transition énergétique, a déclaré l’administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Achim Steiner.
« Ces investissements pour accélérer la transition sont sans précédent », a-t-il confié aux journalistes lors de la conférence IRENA. « Je pense que l’Europe a envoyé un signal essentiel sur son territoire, suite à la pandémie, en déclarant : “écoutez, alors que nous imposons des mesures de relance, nous allons nous en servir pour accélérer la transition” ».
Pour la Pologne, l’accélération de la transition constitue également une nécessité. Le pays est en train de réviser sa politique énergétique en réponse à la crise, cherchant à réduire l’utilisation du gaz autant que possible, ce qui signifie probablement que le pays devra dépendre du charbon plus longtemps.
« Nous voulons passer plus rapidement à un système décarboné, en comptant sur le nucléaire, les énergies renouvelables et le stockage de l’énergie. Toutefois, nous voulons également réduire le rôle du gaz pendant la période de transition », a déclaré M. Guibourgé-Czetwertyński.
[Édité par Paul Messad & Anne-Sophie Gayet]