L’opposition polonaise exclut le droit à l'avortement de l’accord de coalition

Les trois partis d’opposition en Pologne ont formé une équipe spéciale de négociation qui travaille actuellement sur un accord de coalition incluant des augmentations de salaires dans le secteur public et le remboursement de la fécondation in vitro, et ce sans mentionner le droit à l’avortement.

EURACTIV Pologne
Not One More protest in Krakow
Les droits à l’avortement, déjà très stricts, ont été encore réduits par une décision rendue en 2020 par le tribunal constitutionnel, qui a été accusé d’être contrôlé par le parti au pouvoir Droit et Justice (Parti des conservateurs et réformistes européens) et a déclenché des manifestations massives dans les villes polonaises. [[EPA-EFE/LUKASZ GAGULSKI]]

Les trois partis d’opposition désireux de former un nouveau gouvernement en Pologne ont formé une équipe spéciale de négociation qui travaille actuellement sur un accord de coalition incluant des augmentations de salaires dans le secteur public et le remboursement de la fécondation in vitro, et ce sans mentionner le droit à l’avortement, un sujet sensible qui divise les partis.

La coalition civique de Donald Tusk (Coalition civique, Parti populaire européen/Verts), le bloc de la Troisième voie (Renew/Parti populaire européen) et la gauche (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) sont divisés sur de nombreuses questions, notamment les mesures relatives à l’État providence, promues par la gauche, mais aussi sur des questions de société sensibles, telles que l’avortement.

Les droits à l’avortement, déjà très stricts en Pologne, ont été encore réduits par une décision rendue en 2020 par le tribunal constitutionnel, qui a été accusé d’être contrôlé par le parti au pouvoir Droit et Justice (affilié aux Conservateurs et réformistes européens).

Cela avait déclenché des manifestations massives dans différentes villes polonaises. Cependant, le thème de l’avortement devrait être exclu de l’accord de coalition entre les trois blocs, a rapporté Gazeta Wyborcza.

« Nous sommes tous d’accord sur la nécessité d’annuler la décision du Tribunal constitutionnel dès que possible », a déclaré le député Dariusz Wieczorek, qui représente la gauche dans l’équipe de négociation, cité par Gazeta Wyborcza.

Au cours de leur campagne électorale, la gauche et la Coalition civique ont promis de légaliser l’avortement jusqu’à la douzième semaine de grossesse, bien que la Troisième voie souhaite revenir au compromis de 1993, en vertu duquel l’avortement était légal dans trois cas : lorsque le fœtus est gravement et irréversiblement endommagé, lorsque la vie de la mère est en danger et lorsque la grossesse est le résultat d’un viol.

Selon M. Wieczorek, le projet de loi sur le droit à l’avortement sera probablement présenté en 2024 après discussion au sein de la coalition. Cela ne signifie pas que l’accord de coalition n’abordera pas du tout les droits des femmes. Il inclura le financement par l’État de la fécondation in vitro et l’amélioration des normes de soins médicaux pour les femmes enceintes.

Le silence du bloc d’opposition sur l’avortement pourrait éloigner encore davantage les électeurs les plus libéraux. Toutefois, il permettrait également d’éviter que le parti au pouvoir Droit et Justice (PiS) n’accuse la coalition en cours de construction de promouvoir des valeurs anti-chrétiennes, ce qui pourrait nuire à la réputation de la Troisième voie en tant que bloc démocrate-chrétien.

Les partis acceptent également d’augmenter les salaires des enseignants et du secteur public et de maintenir l’ensemble des programmes de protection sociale mis en place par le gouvernement du PiS. Pendant la campagne électorale, le PiS a menacé de supprimer des programmes tels que l’allocation mensuelle pour enfant, qui a récemment été portée à 800 zlotys (180 euros).

L’accord de coalition comprendrait également une déclaration sur les fonds européens. En raison des inquiétudes concernant l’État de droit en Pologne, la Commission européenne a gelé les fonds alloués au pays au titre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), qui ne seront débloqués que lorsque Varsovie aura franchi des étapes spécifiques, principalement liées à l’indépendance de la justice.

L’opposition affirme qu’elle dispose d’un plan pour se conformer aux normes fixées par la législation européenne, mais ne l’a pas révélé jusqu’à présent.

Bien que le parti conservateur PiS soit arrivé en tête des élections du 15 octobre, la Coalition civique, la Troisième voie et la gauche ont remporté plus de 54 % des voix et se sont assurés une majorité de 248 sièges au Sejm, la chambre basse du parlement, qui en compte 460.

Alors que l’opposition négocie l’accord, c’est le président Andrzej Duda qui nommera le nouveau Premier ministre. Il y a deux candidats pour ce poste : M. Tusk pour l’opposition et M. Mateusz Morawiecki du PiS.

Bien que ses chances d’obtenir une majorité parlementaire soient minces, le PiS n’en démord pas. Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait que le parti resterait au pouvoir pour un troisième mandat consécutif, l’eurodéputé PiS Ryszard Legutko a déclaré à Euractiv Pologne qu’il ne le savait pas.