L’OSCE dévoile un plan en neuf points pour apaiser les tensions dans le nord du Kosovo

Le bureau de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) au Kosovo a présenté un plan pour désamorcer les tensions dans le nord du pays et ramener les dirigeants serbes et kosovars à la table des négociations afin de normaliser les relations.

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Le plan de l’OSCE vise à instaurer une paix et une stabilité durables dans le nord du Kosovo et à assurer le retour des Serbes du Kosovo dans les institutions et les processus démocratiques. [SHUTTERSTOCK/Sodel Vladyslav]

Le bureau de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) au Kosovo a présenté un plan en neuf points pour désamorcer les tensions dans le nord du pays et ramener les dirigeants serbes et kosovars à la table des négociations afin de normaliser les relations, alors que la confiance dans le rôle de l’UE diminue.

Ce plan vise à instaurer une paix et une stabilité durables dans le nord du Kosovo et à assurer le retour des Serbes du Kosovo dans les institutions et les processus démocratiques.

Le nord du Kosovo a été secoué par de violentes manifestations au cours des dix derniers jours. À la suite de la démission massive des Serbes ethniques qui formaient la majorité dans la région, Pristina a organisé des élections pour les remplacer. Belgrade a alors appelé les Serbes à boycotter le scrutin et à s’abstenir de toute candidature, ce qui s’est traduit par un taux de participation inférieur à 4 %.

Quatre maires d’origine albanaise ont alors été élus à la tête de quatre municipalités à majorité ethnique serbe. Lorsqu’ils ont tenté d’entrer dans les bâtiments municipaux, ils ont été accueillis par des manifestants serbes, les affrontements ont fait plus de 30 blessés parmi les soldats de maintien de la paix de l’OTAN et de nombreux blessés parmi les manifestants, les policiers et les journalistes.

Le plan, point par point

L’OSCE appelle tout d’abord le Kosovo et la Serbie à réaffirmer leur engagement à l’égard des accords précédents conclus dans le cadre du dialogue facilité par l’UE, y compris le protocole d’Ohrid. Et ce, bien que le Kosovo n’ait pas encore formé l’Association des municipalités serbes, qu’il juge inconstitutionnelle en l’état, et que la Serbie continue de faire pression contre la reconnaissance du Kosovo et son adhésion à des organisations internationales ou d’interférer dans les élections au Kosovo.

Deuxièmement, le Kosovo devrait retirer les forces de police spéciales présentes dans la région pour maintenir l’ordre, tandis que la Serbie devrait réduire la disponibilité pour le combat de ses forces armées, placées en état d’alerte il y a dix jours.

Troisièmement, la police du Kosovo, les forces de la mission de l’OTAN au Kosovo (KFOR) et de celle de l’Union européenne (EULEX), devraient être en mesure d’assurer pleinement l’ordre et la sécurité dans le pays.

Quatrièmement, les manifestations devraient être annulées et les services municipaux devraient être mis en place pour assurer le fonctionnement normal de la vie des citoyens. Parallèlement à cela, les employés devraient être autorisés à se rendre dans les municipalités.

Le cinquième point prévoit que les maires albanais récemment élus devraient démissionner d’ici cet été, ce qui ouvrirait la voie à des élections municipales anticipées qui, selon le sixième point, devraient avoir lieu cette année.

Le septième point indique que l’OSCE soutiendra le processus électoral en apportant un soutien technique aux autorités kosovares qui organiseront les élections, renforçant ainsi la légitimité et la confiance entre les communautés.

L’OSCE indique dans son huitième point qu’il fera participer les jeunes aux programmes et processus de réconciliation, et le neuvième point prévoit que l’organisation soutiendra la mise en œuvre des dispositions convenues dans le cadre du dialogue en cours.

Il s’agit du premier plan d’action officiel et accessible au public visant à régler la situation dans le nord, l’UE et les États-Unis ayant formulé un certain nombre d’exigences à l’égard du Kosovo sans demander grand-chose à la Serbie.

Perte de confiance dans le rôle de l’UE

L’ancienne ministre kosovare des Affaires étrangères Meliza Haradinaj a confié à EURACTIV Albanie lors d’un récent entretien qu’elle pensait que l’UE avait perdu sa crédibilité et que les États-Unis devraient désormais prendre les rênes du dialogue en cours.

« Plus la Serbie s’aligne sur la Russie, plus l’Occident traite la Serbie avec respect et une plus grande tolérance par rapport au traitement réservé au Kosovo. Nous avons écouté toutes les exigences de l’Occident, nous nous sommes abstenus de revendiquer un génocide contre la Serbie, nous avons conclu des accords et fait des concessions gênantes… mais la Serbie reste un candidat de premier plan pour [l’adhésion à] l’UE malgré la rupture de l’accord d’Ohrid », a-t-elle déclaré. « Nous avons vu l’Occident, l’UE et les États-Unis rester silencieux à ce sujet. »

Elle a expliqué que « la politique d’apaisement de l’Occident à l’égard de la Russie ne fonctionne pas » et qu’il ne s’agit pas d’un « investissement judicieux concernant la Serbie, car la Russie est profondément enracinée dans l’État serbe ».

Mme Haradinaj est allée jusqu’à suggérer que le Kosovo devrait procéder à un examen stratégique de sa participation au dialogue de l’UE pour la normalisation des relations avec la Serbie et de la manière dont l’UE traite le Kosovo par rapport à la Serbie. « Le Kosovo ne devrait pas être pris en otage par les questions structurelles et politiques de l’UE pour parvenir à une paix durable et à une reconnaissance mutuelle », a-t-elle déclaré.

L’ancienne ministre a ajouté : « Je ne vois plus l’intérêt pour le Kosovo de participer au dialogue mené par l’UE, qui pourrait donc être facilité par la médiation des États-Unis, qui reconnaissent le Kosovo et la Serbie en tant qu’États et sont impartiaux ».

En ce qui concerne les relations entre les États-Unis et l’Union européenne, le Premier ministre Albin Kurti reconnaît qu’il existe des différences dans l’approche stratégique, mais pas dans la vision et les valeurs.

« Parfois, il peut y avoir des différences dans l’approche, parfois il peut y avoir des différences dans les éléments tactiques, disons, des opérations que nous menons, mais en termes de valeurs, d’objectifs, d’intérêts, de croyances, de visions, nous n’avons absolument aucune différence avec les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne », a-t-il poursuivi.

Lors d’une réunion avec l’ambassadeur de France Olivier Guerot lundi (5 juin) et dans un communiqué, le bureau de M. Kurti a déclaré que le Premier ministre avait souligné le « grand professionnalisme et de l’intégrité indiscutable de la police du Kosovo, qui a su gérer la situation sans erreur ni défaillance ».

« L’établissement complet de l’État de droit dans les quatre municipalités du nord du Kosovo est nécessaire à la fois pour éliminer les éléments criminels et pour mener une campagne ouverte et équitable avant des élections libres et démocratiques à l’avenir. La nécessité d’une mise en œuvre complète, rapide et inconditionnelle de l’accord de base du 27 février et de son annexe a également été soulignée. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]