L’OTAN étudie les moyens de se préparer à la guerre

Les nouveaux plans de défense de l’OTAN, qui nécessitent des dépenses militaires record, seront étudiés lors de la réunion des dirigeants des pays alliés mercredi (10 juillet), qui portera sur les moyens d’accroître les capacités de défense de l’Alliance.

/ Euractiv.com
Des troupes participent à l’exercice militaire allemand Grand Quadriga en Lituanie
L'obusier blindé Panzerhaubitze 2000 de l'armée allemande en action lors de la journée des médias de l'exercice militaire allemand à grande échelle Grand Quadriga à Pabrade, au nord de la capitale Vilnius, en Lituanie, le 29 mai 2024. La série d'exercices Quadriga fait partie du grand exercice de l'OTAN Steadfast Defender, qui est le plus grand exercice de l'OTAN sur les capacités transatlantiques et le déploiement intra-européen de la force de l'alliance de l'OTAN. EPA-EFE/VALDA KALNINA [ EPA-EFE/VALDA KALNINA]

Les nouveaux plans de défense de l’OTAN, qui nécessitent des dépenses militaires record, seront étudiés lors de la réunion des chefs d’État et de gouvernement des pays alliés mercredi (10 juillet), qui portera sur les moyens d’accroître les capacités de défense de l’Alliance.

« Il n’y a pas d’options sans coût avec une Russie agressive comme voisin, il n’y a pas d’options sans risque dans une guerre », a souligné le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, mardi (9 juillet).

« Le coût le plus élevé et le risque le plus important seraient que la Russie gagne en Ukraine », a-t-il affirmé devant les décideurs politiques et les hauts gradés de l’armée à Washington. « Nous ne pouvons pas laisser cela se produire. »

Cette initiative intervient après que de hauts responsables militaires occidentaux d’Allemagne, de Pologne et de Suède ont exhorté les membres de l’OTAN à se préparer à la guerre au cours de la prochaine décennie.

Confrontés à la nécessité de renforcer leur rhétorique, les dirigeants de l’OTAN réunis à Washington cette semaine sont à la recherche de moyens de dissuasion convaincants à déployer.

Ils espèrent que leur message aura encore plus de poids sur le sol américain, avec la perspective d’un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche après les élections de novembre qui fait craindre une diminution de l’aide américaine à l’Ukraine et de la sécurité des différents membres de l’OTAN.

Une mission sur le long terme

Lors du sommet de Vilnius l’année dernière, les dirigeants de l’OTAN ont revu les plans de dissuasion et de défense de l’Alliance en adoptant un nouveau plan de défense régional.

Au cours des douze derniers mois, les membres de l’OTAN se sont donc attelés à fournir des troupes et des équipements militaires dans le cadre de ce nouveau plan.

Toutefois, ces plans ne disposent pas de capacités suffisantes pour rendre la stratégie opérationnelle, ont déclaré plusieurs diplomates de l’OTAN interrogés sur l’état de préparation de ces plans, qui n’incluent pas encore les deux membres les plus récents de l’alliance, la Suède et la Finlande.

35 à 50 brigades supplémentaires seraient nécessaires pour mettre en œuvre ces plans, selon Reuters.

« L’OTAN dispose actuellement de 500 000 soldats à un niveau de préparation élevé dans l’ensemble de l’Alliance, et a mis 90 000 d’entre eux à l’épreuve cette année lors du « Steadfast Defender », son plus grand exercice [militaire] depuis la Guerre froide », a confié à Euractiv Oana Lungescu, membre honoraire du Royal United Services Institute (RUSI).

Les nouveaux plans de défense de l’OTAN nécessiteront également « davantage de grandes formations terrestres, et surtout davantage de capacités clés, telles que la défense aérienne et antimissile, les [capacités de] frappe de précision en profondeur, les hélicoptères de combat et la logistique », a déclaré Mme Lungescu.

« Il s’agit d’une transformation à long terme », a déclaré un haut responsable de l’OTAN, ajoutant « qu’il faudra du temps pour que l’argent supplémentaire [injecté] ait un impact ».

« Cela nécessitera des investissements durables sur le long terme, les membres de l’OTAN devant tendre vers des dépenses de défense supérieures à 2 % de leur PIB », a conclu Mme Lungescu.

Pressions pour dépenser davantage

Les dirigeants de l’OTAN devraient renouveler cette semaine à Washington leur engagement à respecter l’objectif de 2 % du PIB qui doivent être alloués à la défense dans chaque pays membre de l’Alliance.

Au cours des deux dernières années, l’OTAN, et en particulier les États-Unis, ont fait pression sur les autres Alliés pour qu’ils augmentent leurs dépenses. Mais les Européens soulignent que les critiques formulées par Washington à leur encontre pour leur manque de contribution au partage du fardeau au sein de l’Alliance ne reflètent plus la réalité.

Dans le cadre d’une forte augmentation — stimulée par la pression américaine et la menace russe — 23 des 32 membres devraient atteindre l’objectif des 2 % cette année, et les dépenses autres que celles des États-Unis sont en hausse de 18 %.

Les moins bons élèves sont l’Espagne (1,28 %), la Belgique (1,3 %), le Canada (1,37 %), l’Italie (1,49 %) et le Portugal (1,55 %), et d’autres pays comme le Luxembourg (1,29 %) ou la Slovénie (1,29 %) qui ont des difficultés politiques à justifier l’augmentation de leurs dépenses de défense.

Selon des diplomates de l’OTAN, la pression devrait s’accroître sur les pays qui ne dépensent pas assez, certains estimant que ceux qui atteignent l’objectif actuel « devront presque certainement augmenter leurs dépenses ».

« C’est pourquoi nous avons été très clairs sur le fait que 2 % du PIB était un minimum », a déclaré un diplomate de l’OTAN.

« La Pologne dépense déjà plus de 4 % cette année, les pays baltes plus de 3 %, d’autres pays européens et le Canada doivent suivre le mouvement et investir davantage dans les ressources et les capacités, afin de garantir que les plans de défense de l’OTAN ne restent pas uniquement sur le papier », a noté Mme Lungescu.

Mardi, les ministres de la Défense de la région ont appelé leurs homologues de l’OTAN à dépasser l’objectif actuel en matière de dépenses.

« Nous avons été très clairs : 2 %, ce n’est pas assez […] Nous devons donc atteindre 2,5 %, voire 3 % du PIB », a martelé le ministre estonien de la Défense, Hanno Pevkur, lors d’un événement organisé à Washington.

« Nous devons investir davantage afin d’obtenir plus de capacités », a-t-il poursuivi.

Malgré la pression, plusieurs diplomates de l’OTAN ont confié à Euractiv qu’ils ne s’attendaient pas à ce que l’objectif des 3 % soit atteint à court terme. Ils ont toutefois reconnu que la préparation de l’OTAN à la guerre nécessitera des investissements bien plus importants.

L’objectif de 2 % ne tient actuellement pas compte des contributions humaines aux opérations ni de l’aide militaire fournie à l’Ukraine, et certains Alliés souhaitent discuter d’une modification du mode de calcul des dépenses de défense pour inclure ces postes de dépense.

Selon un diplomate, dont les propos ont été repris par d’autres, l’objectif principal pour tous serait de dépenser 2 % du PIB, en notant que c’est une « grande demande » de relever l’objectif alors qu’un tiers des alliés de l’OTAN ne l’atteignent pas encore.

Une économie de guerre

« La tâche de ce sommet de l’OTAN sera de rendre les plans régionaux réalisables, en d’autres termes, de les soutenir avec les moyens nécessaires », a expliqué le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, aux journalistes mardi (9 juillet).

« Nous avons également besoin d’une industrie de la défense efficace et plus performante, capable d’approvisionner nos forces armées de manière durable et résiliente, même lorsque les choses se compliquent », a ajouté M. Pistorius.

En vue d’accroître la capacité de production de l’industrie de défense occidentale, les dirigeants de l’OTAN s’engageront à élaborer des plans de production nationaux dans le cadre du nouvel engagement industriel en matière de défense, qu’ils devraient approuver ce mercredi (10 juillet).

Pour que ces plans fonctionnent, « nous avons besoin de plus de moyens, de plus de matériel, de plus de modernisation, d’une intégration plus rapide des nouvelles technologies […] tout cela va coûter de l’argent, et cela va coûter plus de 2 % du PIB pour la plupart des alliés [de l’OTAN] », a insisté le haut fonctionnaire de l’OTAN cité plus haut.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]