L’UE appelée à investir massivement dans le stockage de l’électricité

Pour l'électricien Polonais Tauron, une banque européenne du stockage devrait être envisagée, à l'image de ce qui est actuellement mis en place pour l'hydrogène, afin de développer le stockage énergétique en Europe.

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Samedi (23 septembre), le conseil de l’UE entérinait le nouvel objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables dans la consommation brute finale d’énergie dans l’UE, un quasi doublement par rapport aux 22 % déjà installés. [Dorothy Chiron / Shutterstock]

Avec le doublement prévu des énergies renouvelables d’ici la fin de la décennie, l’UE doit mettre les bouchées doubles sur le stockage de l’électricité, selon la Commission européenne. Pour y parvenir, une banque européenne du stockage devrait être envisagée, avance l’électricien polonais Tauron.

Samedi (23 septembre), le conseil de l’UE entérinait le nouvel objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables dans la consommation brute finale d’énergie dans l’UE, un quasi-doublement par rapport aux 22 % déjà installés.

Toutefois, le passage accéléré d’un mix fossile vers un mix renouvelable ne se fera pas sans changements sur le système énergique, car à l’inverse des énergies fossiles comme le gaz et le pétrole, l’électricité renouvelable – qu’elle soit d’origine éolienne ou solaire – est intermittente et ne peut être stockée à grande échelle sur le réseau.

Autrement dit, leur niveau de production ne concorde pas toujours avec le niveau de demande. Il faut donc pouvoir stocker la production pour que les prix de l’électricité soient maîtrisés.

En ce sens, la Commission européenne a publié ses recommandations en 2020 sur le stockage énergétique, consciente des besoins et du manque de moyens engagés pour l’heure.

« C’est un sujet brûlant à Bruxelles, nous voulons qu’il devienne un sujet brûlant partout dans l’UE. Nous n’avons pas fait assez dans ce domaine », a déclaré jeudi (21 septembre) Paula Pinho, directrice de la Sécurité énergétique auprès de la Direction générale de l’Énergie de la Commission européenne, lors d’un évènement organisé par Euractiv sur le stockage énergétique.

Niels Fuglsang, eurodéputé socialiste danois (S&D — gauche) et rapporteur sur la directive efficacité énergétique, soutient la Commission européenne : « Nous devons investir dans le stockage », car pour le moment, « nous n’en avons pas fait assez », a-t-il déclaré lors de l’événement. 

Le stockage à travers l’UE est en forte croissance, avec 2,8 GW (3,3 GWh) déployés en 2022, soit un total estimé à plus de 9 GWh, précise la Commission européenne dans ses recommandations. 

Une banque pour le stockage ?

Le mieux serait donc, selon Patryk Demski, vice-président du producteur d’électricité polonais Tauron, de créer des incitations pour que les banques puissent investir dans le secteur. La Commission européenne pourrait montrer l’exemple, plaide-t-il, en développant une banque du stockage énergétique.

« Je pense vraiment que nous avons besoin, si l’Union européenne est d’accord sur ce point, d’une ‘banque du stockage énergétique’. En matière d’hydrogène, l’annonce d’une banque publique a attiré les capitaux », a-t-il précisé, lors de l’évènement d’Euractiv.

En mars dernier, l’UE annonçait en effet le développement d’une banque de l’hydrogène, dont les premiers projets financés sont prévus pour l’automne. Dotée d’une réserve de 3 milliards d’euros, elle permettra de lancer, grâce à de l’argent public, quelques projets pilotes de production ou d’utilisation d’hydrogène en Europe.

Selon M. Demsky, les autres moyens permettant de réduire la pression sur l’offre énergétique, comme la flexibilité et l’efficacité des moyens de consommation ne sont pas suffisants, tout comme le stockage hydroélectrique. Dès lors, abonde-t-il, le développement de systèmes de batteries devient indispensable. 

En d’autres termes, pour M. Demsky, les besoins en stockage seront tels que l’UE ne peut pas se défiler quant au financement des moyens nécessaires.

« Sans développement du stockage, il sera sûrement nécessaire de maintenir les moyens de production actuels (gaz, charbon, etc.), notamment en Pologne », complète-t-il pour Euractiv.

En face, la représentante de la Commission, Mme Pinho, n’a pas affiché de réticence particulière. « Pourquoi pas ? », a-t-elle même avancé. 

C’est la première fois, confie M. Desmky à Euractiv, qu’il évoque le sujet auprès de la Commission européenne.