L’UE envisage de financer la recherche sur les technologies de traduction militaire
Parmi une liste d’applications de défense diverses, les États membres de l’UE cherchent à développer une intelligence artificielle de conversation multilingue pour leurs besoins de défense, selon un document consulté par EURACTIV.
Parmi une liste d’applications de défense diverses, les États membres de l’UE cherchent à développer une intelligence artificielle de conversation multilingue pour leurs besoins de défense, selon un document consulté par EURACTIV.
L’idée figure dans le projet du programme de travail pour 2023 du Fonds européen de la défense (FED), le programme de recherche et de développement en matière de défense de l’Union, qui doit officiellement être publié le 29 mars.
Les « technologies agiles et robustes du langage humain pour la défense » viseraient à répondre aux besoins des forces armées des États membres en matière de transcription, de traduction et d’interaction dans différentes langues au moyen d’un outil alimenté par l’intelligence artificielle.
« La numérisation du champ de bataille conduit à des interfaces utilisateur de plus en plus complexes et à des volumes toujours plus importants de données linguistiques à traiter », indique le projet.
Par conséquent, « les technologies du langage telles que l’interaction multilingue écrite ou orale, la traduction et la recherche d’informations sont nécessaires dans un nombre croissant de systèmes de défense », qu’il s’agisse de logiciels de reconnaissance linguistique, de caméras ou d’outils de communication tels que les radios.
Ce besoin est d’autant plus aigu que les États membres de l’Union participent à des opérations internationales ou multinationales dans le monde entier, associant plusieurs pays et plusieurs langues, tout en visant à disposer de la meilleure communication possible afin d’éviter les retards ou les malentendus, en particulier sur le terrain.
Besoins militaires versus besoins civils
Alors que certaines technologies civiles sont disponibles et « utiles dans certains contextes », le projet de proposition de la Commission européenne indique que « des progrès sont encore nécessaires pour répondre aux exigences de la plupart des applications militaires ».
Une utilisation militaire professionnelle exigerait un niveau de précision élevé, notamment une terminologie propre à la défense, une transmission rapide et la confidentialité des données traitées.
Concrètement, la « robustesse » des technologies recherchées devraient donc être « améliorée […] face aux entrées parasites » qui perturbent la collecte d’informations.
Un « traitement robuste des informations sémantiques de haut niveau » est également nécessaire, a déclaré l’exécutif européen, car l’armée a besoin d’un niveau élevé de précision pour les données transmises rapidement.
Par ailleurs, la confidentialité des données serait une raison supplémentaire de développer un outil spécifique qui « ne peut pas être partagé avec les développeurs », souligne le projet de proposition.
L’exécutif européen a également mis en avant la nécessité d’une large couverture linguistique, qui comprendrait les langues européennes, « mais aussi des langues pour lesquelles des données limitées sont disponibles », a-t-il déclaré, sans préciser lesquelles.
Il peut s’agir de langues utilisées là où les États membres de l’UE ont déployé des troupes et mènent des missions et des opérations, comme le farsi en Afghanistan, l’arabe irakien ou les langues africaines locales.
Les activités à financer sont pour l’instant « la production et l’intégration de connaissances », mais elles « n’excluent pas les activités en aval éligibles aux actions de recherche ».
Missiles hypersoniques et biocarburants militaires
Le programme du Fonds européen de la défense pour cette année s’élèvera à plus de 956 millions d’euros et couvrira 14 appels d’offres pour des projets de recherche à hauteur de 318 millions d’euros et 19 appels d’offres pour des projets de développement atteignant 638 millions d’euros, selon le projet consulté par EURACTIV.
Parmi les autres projets listés dans l’appel, l’exécutif européen devrait investir 70 millions d’euros dans la défense antimissile hypersonique.
« La probabilité que ce type d’arme devienne une menace majeure pour le territoire de l’UE dans un avenir proche n’a jamais été aussi élevée dans l’histoire », indique la proposition, faisant référence à « la récente démonstration des capacités russes en matière de missiles hypersoniques ».
« C’est pourquoi l’Union doit d’urgence renforcer les capacités technologiques et industrielles européennes de conception, de développement et de fabrication d’intercepteurs », précise le projet.
Le projet a déjà été attribué à des industries sélectionnées — notamment MBDA, ArianeGroup, Thales — sans qu’un appel d’offres ait été ouvert, selon le texte consulté par EURACTIV.
Au-delà de ces projets, l’Union prévoit également d’investir dans la surveillance des menaces spatiales, la protection des moyens spatiaux contre les armes à énergie dirigée (AED) telles que les lasers ainsi que dans la prévention des collisions entre les moyens spatiaux, tout en développant des technologies pour une meilleure connaissance de la situation spatiale et une meilleure cartographie des moyens dans l’espace.
Le projet de proposition fait le lien avec le pacte vert pour l’Europe, car il comprend des projets qui incluraient des recherches sur les carburants alternatifs pour les équipements de défense tels que les avions et les véhicules, y compris sur les « technologies vertes, les nouveaux carburants et les carburants de synthèse issus de déchets et de biocarburants ».
D’autres idées porteraient sur le « recyclage des déchets d’équipements individuels des soldats tels que les uniformes, les casques, les bottes, les sacs à dos, les éléments en plastique, les harnais, etc. ».