Le Parlement européen désactive des fonctionnalités d’IA sur les tablettes des eurodéputés pour des raisons de sécurité

Le Parlement européen a désactivé les fonctionnalités d’intelligence artificielle sur les tablettes mises à disposition des députés européens, invoquant des préoccupations liées à la cybersécurité et à la protection des données. La décision figure dans un courriel adressé lundi 16 février aux élus et consulté par Euractiv.

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[Getty Images/Klaus Vedfelt]

Selon ce courriel, la suspension des outils d’IA — notamment les assistants de rédaction, les fonctionnalités de synthèse automatique et les assistants virtuels — fait suite aux recommandations des services internes chargés de la cybersécurité et de la protection des données.

« Les évaluations réalisées ont montré que certaines de ces fonctionnalités [d’IA] utilisent des services cloud pour effectuer des tâches qui pourraient être traitées localement, envoyant ainsi des données hors de l’appareil », peut-on lire. Il est également précisé qu’une évaluation des fonctionnalités en constante évolution était en cours afin de comprendre « l’étendue totale des données partagées avec les fournisseurs de services ».

« Tant que cela n’aura pas été entièrement clarifié, il est jugé plus sûr de maintenir ces fonctionnalités désactivées. »

Seules les fonctionnalités d’IA « intégrées » aux systèmes des tablettes — comme les outils d’aide à la rédaction ou au résumé de contenus web — sont concernées. Les applications tierces ne semblent pas visées par la mesure, bien que certaines puissent également inclure des composants d’intelligence artificielle.

Il reste toutefois incertain si les fonctionnalités d’IA intégrées à ces applications tierces sont toujours accessibles. Le Parlement n’avait pas répondu aux questions d’Euractiv à ce sujet au moment de la publication.

Recommandations personnelles

Dans le même courriel, la direction générale de l’innovation et du soutien technologique du Parlement formule des recommandations concernant l’usage de l’IA sur les appareils personnels des élus, sur lesquels l’institution ne dispose pas du même niveau de contrôle que sur les équipements fournis officiellement.

« Veuillez envisager d’appliquer des précautions similaires à vos appareils privés », avertit la DG.

Elle recommande aux députés européens de vérifier les paramètres d’IA sur leurs appareils personnels et de désactiver toutes les fonctionnalités dont ils n’ont pas besoin. Les législateurs devraient également limiter les autorisations des applications au strict nécessaire et éviter d’exposer leurs e-mails ou documents professionnels aux fonctionnalités d’IA.

Des inquiétudes croissantes sur la souveraineté numérique

Cette décision intervient dans un contexte de préoccupations croissantes en Europe concernant la dépendance aux grandes plateformes technologiques étrangères, principalement américaines.

Au cœur de ces inquiétudes figure notamment le Cloud Act américain, qui permet aux autorités des États-Unis d’accéder aux données détenues par des entreprises américaines, y compris lorsque celles-ci sont stockées à l’étranger.

Ces dernières années, les principaux fournisseurs de services cloud ont tenté de rassurer leurs clients européens sur les questions de sécurité et de souveraineté en mettant en place des solutions de localisation des données au sein de l’UE. Toutefois, Microsoft a reconnu l’an dernier qu’il ne pouvait garantir une protection absolue des données européennes contre d’éventuelles demandes d’accès émanant des autorités américaines.

Des interrogations similaires émergent désormais concernant l’intelligence artificielle, une technologie particulièrement gourmande en données et susceptible de traiter des informations personnelles, voire sensibles.