L’UE hésite sur les suites à donner à sa révision de l’accord d’association UE-Israël
Bruxelles espère tirer parti d’une révision de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pour alléger les souffrances de la population de Gaza. Mais les États membres restent profondément divisés sur les mesures à adopter.
Bruxelles espère tirer parti d’une révision de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pour alléger les souffrances de la population de Gaza. Mais les États membres de l’UE restent profondément divisés sur les mesures à adopter.
Vendredi 20 juin, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) a remis aux États membres un rapport juridique interne de huit pages, consulté par Euractiv. Ce document conclut qu’Israël pourrait avoir violé l’article 2 de cet accord commercial, qui impose le respect des droits humains, en raison de son action militaire à Gaza.
Le rapport recense plusieurs violations possibles des droits humains : blocus de l’aide humanitaire, très lourd bilan civil à Gaza, attaques contre des journalistes, déplacements massifs et destructions causées par la guerre, rapporte l’AFP.
Lundi à Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères ont débattu des mesures à adopter suite à ces constatations.
« Nous contacterons Israël pour lui présenter nos conclusions et examiner comment nous pouvons améliorer la situation sur le terrain », a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, à l’issue des discussions avec les ministres des Affaires étrangères.
« L’objectif n’est pas de punir Israël, mais d’apporter des améliorations concrètes à la population et à la vie des habitants de Gaza », a ajouté la Haute représentante de l’Union pour les Affaitres étrangères, soulignant la nécessité d’une aide humanitaire accrue à Gaza, de progrès vers un cessez-le-feu et de la libération des otages israéliens.
« Si la situation ne s’améliore pas, nous pourrons discuter d’autres mesures et nous reviendrons sur ce point en juillet », a-t-elle indiqué.
Cette démarche a suscité une vive réaction de la part de Tel-Aviv. La veille de la réunion, le ministère israélien des Affaires étrangères dénonçait une initiative fondée sur des éléments « truffés de préjugés ».
Une suspension peu probable
Une suspension totale de l’accord commercial reste peu probable à ce stade.
Si la demande de réexamen juridique avait réuni une large majorité d’États membres, le consensus semble aujourd’hui plus fragile.
L’escalade récente entre Israël et l’Iran a aussi modifié les équilibres en Europe, poussant certains gouvernements à réaffirmer leur soutien à Israël.
Le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, a réclamé la suspension immédiate de l’accord. Son homologue irlandais, Simon Harris, a insisté sur la nécessité de mesures « non pas punitives, mais comme des leviers pour changer les comportements ».
En revanche, d’autres pays, dont les Pays-Bas — qui avaient initialement soutenu l’examen juridique —, se montrent désormais plus réservés à l’idée de faire pression sur Israël.
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a pour sa part insisté sur la nécessité de préserver les canaux diplomatiques, essentiels pour les évacuations humanitaires depuis Gaza.
Kaja Kallas sous pression
Dans ce climat de divisions, Kaja Kallas avance avec prudence. Selon trois diplomates européens, elle hésiterait à proposer des mesures concrètes sans le soutien politique affirmé des capitales — mais également et surtout sans celui de la présidente de la Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen, qui devrait s’opposer à des mesures punitives.
« [Kaja Kallas] est dans une situation délicate », a fait remarquer un diplomate européen. « Si elle va de l’avant et propose des options, cela pourrait la mettre en confrontation directe avec le Berlaymont. Si elle ne le fait pas, l’UE apparaîtra encore plus faible qu’elle ne l’est déjà. »
En dehors de cette révision juridique, les ministres des Vingt-Sept n’ont pas progressé sur les options visant à freiner l’action militaire d’Israël à Gaza.
Parmi ces pistes, une initiative portée par neuf États membres de l’UE envisage de mettre un terme au commerce avec les colonies israéliennes situées dans les territoires palestiniens occupés.
Au-delà de l’examen juridique, les ministres des Affaires étrangères n’ont fait aucun progrès sur les options visant à freiner les actions d’Israël à Gaza.
« C’est l’une des mesures qui pourraient être prises », a confirmé Kaja Kallas, citée par l’AFP.
Les ministres des Affaires étrangères doivent se retrouver en juillet pour étudier les mesures à prendre en réponse aux conclusions de l’examen de l’accord.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]