L’UE ne se tournera pas vers Pékin même si les négociations avec Washington échouent, selon la Pologne
Selon le ministre polonais du Commerce, l’UE ne cherchera pas à atténuer l’impact des droits de douane américains en renforçant ses liens commerciaux avec la Chine, même si les négociations avec les États-Unis devaient échouer.
Selon le ministre polonais du Commerce Michał Baranowski, l’Union européenne ne cherchera pas à atténuer l’impact des droits de douane imposés par Donald Trump en renforçant ses liens commerciaux avec la Chine, et ce même si les négociations avec les États-Unis devaient échouer.
Michał Baranowski a confié à Euractiv que les relations de l’UE avec Pékin étaient « indépendantes » de celles avec Washington, qui impose des droits de douane considérables sur les exportations européennes depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier.
L’UE ne devrait « certainement pas » dire « Oh, c’est dommage que cela ne fonctionne pas avec les États-Unis, nous allons simplement nous tourner vers la Chine », a déclaré Michał Baranowski, dont le pays assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE, où se réunissent les ministres du bloc.
Ces remarques interviennent alors que la Chine redouble d’efforts pour tirer parti des tensions transatlantiques en resserrant ses liens économiques et diplomatiques avec Bruxelles.
Mais cette stratégie chinoise se heurte à plusieurs problèmes persistants, comme la concurrence accrue de ses exportateurs ou encore son rapprochement avec Moscou, qui nuisent à ses relations avec l’UE.
Les États membres de l’UE ont convenu cette semaine de limiter la participation des fournisseurs chinois de dispositifs médicaux aux appels d’offres publics, au motif que les entreprises européennes font l’objet de discrimination en Chine.
Les relations ont été encore davantage érodées par l’imposition récente par Pékin de contrôles à l’exportation sur une série de biens essentiels, notamment les aimants et les terres rares, qui sont utilisés pour fabriquer des produits tels que les machines à laver, les semi-conducteurs et les voitures.
Michał Baranowski a vivement condamné les restrictions à l’exportation imposées par Pékin, affirmant qu’elles revenaient à « jeter de l’huile sur le feu » dans les relations entre Bruxelles et Pékin.
Ces mesures « exercent indéniablement une pression sur les économies européennes », a-t-il ajouté, soulignant qu’elles entravent également la capacité de l’Europe à réorganiser son industrie de défense pour contrer la menace militaire croissante de la Russie.
Faisant écho aux propos du ministre polonais, le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a exhorté jeudi 5 juin la Chine à résoudre les problèmes structurels affectant ses partenaires, comme les restrictions à l’exportation, les barrières à l’entrée sur le marché, ou encore la surproduction soutenue par l’État.
« Nous tenons à nos relations économiques avec la Chine », a-t-il déclaré, « mais sa montée en puissance ne doit pas se faire aux dépens de l’économie européenne ».
Des « progrès » visibles ?
Les commentaires de Maroš Šefčovič sont intervenus au lendemain de l’annonce par le commissaire de « progrès » réalisés lors de discussions avec le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, à Paris.
La réunion a porté sur « des secteurs et des domaines très concrets, ainsi que sur la zone d’atterrissage potentielle » d’un éventuel accord commercial, a indiqué Maroš Šefčovič.
Michał Baranowski a également affirmé que les négociations entre l’UE et les États-Unis « progressaient », ajoutant que la situation semblait « s’améliorer à mesure que le représentant américain au commerce s’impliquait davantage et que les discussions devenaient plus techniques ».
Bien qu’il ait refusé de donner plus de détails sur les contours éventuels d’un accord commercial entre les États-Unis et l’UE, Michał Baranowski a laissé entendre qu’il serait « plus ambitieux » que l’accord commercial conclu entre les États-Unis et le Royaume-Uni.
Cet accord, conclu le mois dernier, offre aux exportateurs britanniques certaines exemptions aux droits de douane sectoriels imposés par Trump sur l’acier, l’aluminium et les voitures.
Toutefois, il maintient le droit de douane « universel » de 10 %, qui est actuellement contestée devant les tribunaux américains.
Pékin a également dénoncé l’accord entre les États-Unis et le Royaume-Uni, affirmant qu’il limiterait les investissements chinois en Grande-Bretagne.
« Nous recherchons un accord ambitieux, plus ambitieux que les autres accords que nous avons vus jusqu’à présent », a fait savoir Michał Baranowski.
L’UE prête à rétorquer
Dans le même temps, la décision prise mercredi par Donald Trump de doubler les droits de douane sur l’acier et l’aluminium pour les porter à 50 % n’était « pas utile » pour les négociations commerciales, a ajouté Michał Baranowski.
« Nous faisons des progrès, et le fait que l’autre partie, en l’occurrence les États-Unis, impose de nouveaux droits de douane ne nous aide pas à maintenir ces négociations productives », a-t-il déclaré.
Michał Baranowski a déclaré que l’UE était prête à imposer des droits de douane de rétorsion sur les exportations américaines si les négociations étaient jugées infructueuses, mais il n’a pas précisé dans quelles conditions exactes l’UE prendrait cette mesure.
L’UE a suspendu jusqu’au 14 juillet, soit cinq jours après l’entrée en vigueur d’une taxe générale de 50 % sur les exportations provenant de l’UE, un ensemble de mesures de rétorsion d’une valeur de 21 milliards d’euros visant le soja, les diamants et les motos américains.
Bruxelles élabore également un ensemble de mesures distinctes d’une valeur de 95 milliards d’euros qui pourraient toucher les avions, le vin, les voitures et les machines américains.
« Comme j’aime à le dire : “Nous parlons calmement, mais nous avons un gros bâton” », a conclu le ministre polonais. « Et ce bâton est bien visible sur la table. »
[Édité par Anne-Sophie Gayet]