L’Ukraine franchit la frontière russe, Vladimir Poutine parle de « provocation majeure »

Mercredi 7 août, la Russie a annoncé qu'elle menait d’intenses combats contre les forces ukrainiennes qui ont franchi la veille sa frontière méridionale. Il s’agit de l’une des plus importantes incursions sur le territoire russe depuis le début de la guerre en février 2022.

EURACTIV avec Reuters
Russian President Vladimir Putin meets cabinet members after Ukrainian attack in Kursk
Le président russe Vladimir Poutine tient une réunion avec les membres du gouvernement à la résidence d'État de Novo-Ogaryovo, à l'extérieur de Moscou, en Russie, le 07 août 2024. Vladimir Poutine a qualifié le bombardement de la région de Koursk par l'Ukraine de provocation à grande échelle et a déclaré qu'il discuterait de ces questions avec les chefs des agences de sécurité et de l'état-major général. [Kremlin pool/EPA/EFE]

Mercredi 7 août, la Russie a annoncé qu’elle menait d’intenses combats contre les forces ukrainiennes qui ont franchi la veille sa frontière méridionale, à proximité d’un important centre de transport de gaz naturel. Il s’agit de l’une des plus importantes incursions sur le territoire russe depuis le début de la guerre en février 2022.

Le gouverneur par intérim de la région de Koursk, Alexeï Smirnov, a déclaré avoir instauré l’état d’urgence dans la province frontalière. Les responsables régionaux ont précisé que cette décision restreint de fait l’accès à certaines zones.

Le ministère russe de la Santé a confirmé que 31 civils, dont six enfants, avaient été blessés, et Alexeï Smirnov a attesté mardi 6 août que cinq personnes avaient été tuées.

Aucune information sur les pertes militaires n’est disponible à l’heure actuelle.

La Garde nationale russe a renforcé la sécurité autour de la centrale nucléaire de Koursk et de ses quatre réacteurs.

Les autorités russes se targuent d’avoir progressé sur le champ de bataille cette année après l’échec de la contre-offensive ukrainienne de 2023, qui n’a pas permis à Kiev d’obtenir de gains significatifs. Depuis le 14 juin, Moscou a repris 420 km² de territoire aux forces ukrainiennes.

L’Ukraine a riposté ce mardi, et les combats se sont poursuivis dans la nuit de mercredi à jeudi, les forces ukrainiennes poussant au nord-ouest de la ville frontalière de Soudja, à 530 km au sud-ouest de Moscou, a rapporté le ministère russe de la Défense.

S’adressant aux membres de son gouvernement, le président russe Vladimir Poutine a affirmé que « le régime de Kiev a lancé une nouvelle provocation majeure » avec l’incursion dans la région de Koursk.

Près de 1 000 soldats ukrainiens

Le chef d’état-major général russe Valéri Guérassimov a expliqué à Vladimir Poutine que les forces russes avaient stoppé une avancée de près de 1 000 soldats ukrainiens — plus de trois fois le chiffre indiqué mardi par le ministère russe de la Défense — et qu’elles allaient les repousser jusqu’à la frontière.

L’avancée a été stoppée par « les actions des unités couvrant la frontière nationale, des gardes-frontières et des unités de renfort, par des frappes aériennes, des tirs de missiles et d’artillerie », a précisé le chef d’état-major général à la télévision.

L’Ukraine semble vouloir rester discrète sur ses actions en Russie. Dans un message vidéo publié dans la nuit de mercredi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky n’a fait aucune référence à l’attaque, tout en encourageant les soldats ukrainiens à poursuivre les combats et à affaiblir les forces russes.

L’état-major ukrainien n’a pas non plus fait mention de l’attaque dans son rapport quotidien sur le front. En fin de soirée, il a indiqué que les combats s’étaient intensifiés dans la région ukrainienne de Soumy, de l’autre côté de la frontière avec la région russe de Koursk.

L’état-major général a indiqué que les forces russes avaient déployé des avions, des hélicoptères et des armes lourdes dans la zone « mais n’ont pas progressé et ont subi des pertes significatives ».

Réaction américaine

À Washington, Karine Jean-Pierre, porte-parole de la Maison-Blanche, a expliqué que les États-Unis cherchaient à comprendre l’incursion de l’Ukraine et qu’ils n’en avaient pas eu connaissance à l’avance.

Le porte-parole du département d’État, Matthew Miller, a quant à lui ajouté que les règles américaines relatives à l’utilisation par les Ukrainiens d’armes américaines — autorisées dans les zones situées au-delà de la frontière russe — restaient en vigueur, mais que les actions de l’Ukraine ne constituaient « pas une violation de notre politique ».

L’ambassadeur russe à Washington, Anatoli Antonov, a réagi sur Telegram en qualifiant les déclarations américaines sur l’incursion ukrainienne de « scandaleuses ». « Pas un mot pour critiquer leurs clients [l’Ukraine], pas un regret pour les victimes de la tragédie ».

Des combats ont eu lieu autour de Soudja, le dernier point de transit opérationnel pour le gaz naturel russe à destination de l’Europe via l’Ukraine. Le gazoduc Ourengoï–Pomary–Oujhorod a transporté environ 14,65 milliards de mètres cubes de gaz en 2023, soit environ la moitié des exportations de gaz de la Russie vers l’Europe.

L’opérateur ukrainien de transport de gaz a indiqué que le gaz russe transitait normalement vers les consommateurs européens. La centrale nucléaire de Koursk se trouve à 60 km au nord-est.

Les combats autour de Soudja interviennent à un moment crucial du conflit russo-ukrainien, la plus grande guerre terrestre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, alors que Kiev craint que le soutien des États-Unis ne diminue si le républicain Donald Trump remporte l’élection présidentielle de novembre.

L’ex-président américain a déclaré qu’il mettrait fin à la guerre s’il était réélu, et, dans cette perspective, tant la Russie que l’Ukraine souhaitent obtenir la position de négociation la plus forte possible en prenant l’ascendant sur le champ de bataille.

Les analystes militaires russes ont décrit la situation dans la région de Koursk comme étant plus grave que ne le laissent entendre les comptes rendus officiels, certains suggérant que l’Ukraine avait ouvert un nouveau front. La Russie a envoyé des troupes de réserve pour renforcer ses défenses.

Certains ont également suggéré que l’Ukraine pourrait préparer une attaque contre la centrale nucléaire de Koursk.

Kiev et Moscou affirment qu’ils ne prennent pas les civils pour cible dans cette guerre, déclenchée par l’invasion russe en Ukraine en février 2022.

Les chaînes russes de Telegram ont diffusé des images non vérifiées de maisons bombardées.

Des forces se décrivant comme des paramilitaires volontaires combattant aux côtés de l’Ukraine ont pénétré dans certaines parties de Koursk et dans la région adjacente de Belgorod au début de cette année, déclenchant une poussée des troupes russes pour établir une zone tampon dans le nord-est de l’Ukraine.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Sarah N’tsia]