Marine Le Pen veut lutter contre "l’empire européiste"
La candidate du Front national n’a pas eu de mots assez durs pour qualifier l’Union européenne, qu’elle juge responsable de nombreux problèmes de la France. Elle propose la création d’un "ministère des souverainetés" pour négocier le retour de compétences vers Paris.
La candidate du Front national n’a pas eu de mots assez durs pour qualifier l’Union européenne, qu’elle juge responsable de nombreux problèmes de la France. Elle propose la création d’un « ministère des souverainetés » pour négocier le retour de compétences vers Paris.
Devant un parterre de militants triés sur le volet, Marine Le Pen a présenté son programme de campagne, samedi 19 novembre. La présidente du Front national s’est contentée de développer de façon très large et générale sa vision de la société française, de la nation et du monde. L’Europe a tenu une place de choix.
Europe allemande
Pour la candidate à la présidentielle, l’Union européenne et tout ce qui la compose est largement honni. Elle n’y voit qu’un projet issu des élites « mondialisées » qui pensaient pouvoir « échapper au monde réel » et créer « un homme nomade ». L’UE serait ainsi un « empire hors sol (…) impotent » qui prive les Français d’identité et qui a « pillé » la souveraineté nationale « au profit d’une technostructure (…) inféodée aux marchés ».
Présentation du projet présidentiel de Marine Le… par LCP
Marine Le Pen considère Bruxelles comme un ensemble d »agences » où seule l’Allemagne aurait voix au chapitre.
Europe des nations
Mais alors, si l’Europe actuelle est si imparfaite, que propose l’héritière du parti d’extrême droite français?
Pour elle, il faut construire l’Europe de « la raison » et « de l’espérance (…) qui n’irait pas chercher ses ordres chez Goldmans Sachs », ce qui reste un projet pour le moins vague.
Marine Le Pen a toutefois proposé que l’Europe se construise autour de projets concrets, industriels par exemple. Cette vision fait directement référence à la traditionnelle Europe des nations, dans laquelle les collaborations se font de manière ponctuelle sans aucun transfert de souveraineté. C’est justement ce que voulaient éviter les pères fondateurs de l’UE, selon lesquelles de telles relations ne pouvaient être suffisantes pour éviter de nouveaux conflits armés.
Nouveau ministère
Mais Marine Le Pen dit avoir un seul et unique objectif : travailler au « bonheur » du peuple français. « L’intérêt des Français avant tout, l’intérêt des Français par dessus tout (…) et avant l’intérêt des autres peuples, y compris européens, » a-t-elle ajouté. Ce positionnement nationaliste limite de facto les possibilités d’intégration et de solidarité.
Ainsi, la députée européenne propose de créer un « ministère des souverainetés », si elle est élue en mai 2012. Il serait chargé de renégocier les traités et de rapatrier à Paris l’ensemble des compétences gérées par Bruxelles.
Le dogme euro
La présidente du Front national a aussi fustigé le concept de « peuple européen ». Une expression qui pourtant n’existe pas dans les textes européens.
Symbole parmi les symboles, l’euro a aussi été à de nombreuses reprises conspué. La monnaie commune serait « le dogme sacré de nos élites européennes » qui « tue nos emplois » et « visse » les dettes européennes entre elles, forçant le peuple français à payer pour celles des autres, « sans vote » et « pour rien ».
Sur ce point, le raccourci est imprécis puisque tous les plans d’aides à la Grèce, au Portugal ou à l’Irlande ont été approuvés par le Parlement français. Même si, il est vrai, le débat public a été très limité. Par ailleurs, 15 millions d’emplois ont été créés dans la zone euro entre 1999 et 2008.
La sortie de l’euro est indispensable aux yeux de la présidente du Front national, même si elle n’a pas pris la peine d’expliquer son coût aux Français. Des économistes de Natixis et UBS avaient évalué l’éclatement de la zone euro à 10 000 euros par Européen la première année puis 3500 les suivantes.
Pour avoir la version chiffrée du Front national, il faudra attendre janvier.