Mark Rutte pressenti pour un second mandat aux Pays-Bas

Le premier ministre intérimaire néerlandais, Mark Rutte, devrait à nouveau former un gouvernement de coalition à l'issue des élections de mercredi (12 septembre), selon les experts. Toutefois, le résultat du scrutin reste très incertain, dans la mesure où de nombreux électeurs sont indécis.

EURACTIV.com
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Le premier ministre intérimaire néerlandais, Mark Rutte, devrait à nouveau former un gouvernement de coalition à l'issue des élections de mercredi (12 septembre), selon les experts. Toutefois, le résultat du scrutin reste très incertain, dans la mesure où de nombreux électeurs sont indécis.

A l'issue d'une campagne électorale axée sur l'économie, la relation des Pays-Bas avec l'UE, la crise de la zone euro et les soins de santé, le parti libéral VVD de M. Rutte mène les sondages avec 35 sièges au parlement qui en compte 150.

« M. Rutte est toujours considéré comme quelqu'un de compétent », a déclaré Hans Vollaard, professeur assistant à l'Institut des sciences politiques de l'université de Leyde.

« Il a rencontré quelques problèmes lors de débats télévisés. Certaines personnes le trouvent moins honnête, mais en général, la population le voit comme un premier ministre compétent et son parti s'en sort plutôt bien dans les sondages. Il pourrait donc obtenir plus de sièges que lors des dernières élections de 2010 », a expliqué M. Vollaard.

Il y a tout juste deux semaines, les experts pensaient que l'élection se jouerait entre M. Rutte et le leader socialiste (SP) Emile Roemer. Mais la situation a évolué depuis le premier grand débat télévisé.

« M. Roemer est très populaire depuis deux ans, mais à présent, alors qu'il a l'opportunité de devenir premier ministre, vous pouvez voir à l'écran qu'il ne semble pas très à l'aise », a expliqué Andy Langenkamp, analyste politique pour ECR Research et expert de la politique néerlandaise.

M. Langenkamp a affirmé que la raison pour laquelle le SP avait subitement perdu en popularité auprès des électeurs n'était pas tant ses politiques que les performances médiocres de M. Roemer à la télévision.

Coalition de centre-droit

En comparaison à M. Roemer, le leader travailliste (PvdA), Diederik Samsom, s'en est bien sorti dans les débats. Cet ancien patron d'une entreprise d'énergie verte n'est devenu le leader de son parti qu'il y a six mois.

« Il semble vraiment honnête et confiant. Il s'en sort bien en public et a la carrure d'un premier ministre », a déclaré M. Langenkamp, ajoutant que M. Samsom paraissait « honnête sur les questions européennes », dans la mesure où il avait expliqué que la Grèce pourrait avoir besoin de plus de temps pour faire aboutir ses réformes.

Bien que le PvdA et le SP souhaiteraient travailler ensemble au sein d'une coalition, les chances de voir arriver au pouvoir un gouvernement de centre-gauche aux Pays-Bas sont faibles. M. Samsom n'exclut donc pas de former un gouvernement avec M. Rutte. Son parti, le PvdA, devrait remporter 27 sièges au parlement néerlandais.

« Il leur [MM. Rutte et Samsom] serait difficile de s'accorder en matière de politique économique, mais les deux partis souhaitent des réformes, malgré leurs différences. Ce ne sera pas gagné d'avance. Mais ils devront faire des efforts pour que ça fonctionne si les élections se terminent telles que le prédisent les sondages », a déclaré M. Langenkamp.

Ces deux experts politiques, MM. Vollaard et Langenkamp, prévoient un nouveau gouvernement néerlandais composé du VVD de M. Rutte, du PvdA de M. Samsom, de l'ancien allié de coalition de M. Rutte, l'Appel démocrate chrétien (CDA) et le parti social-libéral D66.

L'UE au coeur de la campagne

Pour la première fois, les politiques européennes font partie des sujets les plus abordés, bien que l'économie et les soins de santé restent des thèmes de campagnes clés. M. Vollaard pense que 10 % des électeurs néerlandais prendront leur décision en fonction des questions européennes.

Il a expliqué que le Parti du travail s'en sortait bien dans les sondages, et ce malgré sa position sur la Grèce. Le parti affirme en effet que les Pays-Bas devront peut-être accorder plus de temps à la Grèce, voire un nouveau renflouement.

« Cela pourrait sous-entendre que la population néerlandaise n'est pas aussi eurosceptique que tout le monde le pense, car le parti n'est pas à la traîne dans les sondages, au contraire », a commenté M. Vollaard.

Lors de sa campagne électorale, M. Rutte n'a pas hésité à se prononcer contre un troisième renflouement de la Grèce. Les déclarations de campagne ne sont toutefois pas toujours à prendre au sérieux.

« M. Rutte nous a déjà montré par le passé que son discours ne correspondait pas toujours à ses actes », a précisé M. Vollaard, reconnaissant que pour l'instant, le VVD, le SP et le Parti de la liberté étaient contre l'octroi de fonds supplémentaires à la Grèce. Il s'agit également de l'avis officiel du gouvernement allemand.

Les Pays-Bas sont l'un des pays qui demeurent opposés à l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'espace Schengen de libre circulation. Ils se montrent également réticents à l'idée de l'adhésion de la Serbie.

Selon M. Vollaard, peu importe le gouvernement qui sera au pouvoir à l'issue du scrutin, la position des Pays-Bas à ce sujet restera inchangée. Le gouvernement néerlandais a « tout fait » au cours du mois dernier pour laisser planer le doute sur l'Etat de droit en Roumanie et en Bulgarie, a-t-il expliqué.

Il semble en outre évident que l'élargissement n'est pas la voie que souhaitent suivre la plupart des partis néerlandais.

« De nombreux partis, y compris le CDA, considèrent que l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie était une erreur. Je ne m'attends donc pas à de grands changements sur ce point-là », a déclaré M. Vollaard.

Geert Wilders perd des plumes

Geert Wilders, le leader du parti d'extrême droite anti-immigration, le Parti pour la liberté (PVV), a joué un rôle moins important dans cette campagne.

M. Wilders, qui a attiré l'attention sur sa personne et son parti avec des déclarations comme « je ne déteste pas les musulmans, je déteste l'Islam », a préféré avancer des arguments anti-UE et anti-euro, dans la mesure où la question de l'immigration reste peu abordée.

« La popularité de M. Wilders n'est plus ce qu'elle était. Il est bien moins populaire qu'il y a trois ans. C'est la raison pour laquelle il a changé de stratégie et choisi de taper sur le dos de l'UE et de la zone euro. Il ne soutiendra aucun gouvernement cette année. Personne ne veut travailler avec lui en réalité », a expliqué M. Langenkamp.

Après avoir été le parti sur lequel le gouvernement de coalition de M. Rutte pouvait compter depuis 2010, le Parti pour la liberté a condamné les propositions de coupes budgétaires du gouvernement en avril dernier. M. Langenkamp a souligné que certaines personnes en voulaient toujours à M. Wilders d'avoir déclenché des élections anticipées.

« C'est en partie de la faute de M. Rutte, mais c'est M. Wilders le premier responsable. C’est lui qui a quitté la table des négociations, pas M. Rutte », a-t-il expliqué.

Indécis

La semaine dernière, un sondage a révélé que 43 % des électeurs néerlandais demeuraient indécis.

« Cela rend la phase finale des élections très excitantes, car un petit détail, une apparition ratée, une remarque stupide ou un scandale peut faire changer les électeurs d'avis et les pousser à voter pour un parti aux idées similaires », a déclaré M. Vollaard.

Les électeurs hésitent généralement entre deux, voire trois partis qui partagent de nombreuses positions politiques. Ils ne passent pas de la gauche à la droite, mais hésitent plutôt entre deux partis de droite, par exemple.

M. Langenkamp a ajouté que certains électeurs se montraient hésitants en raison de l'instabilité qui caractérise la société depuis le début de la crise financière.

« Il s'agit du cinquième scrutin en 10 ans, donc l'instabilité est grande. Ca n'aide pas bien sûr. »

D'après M. Langenkamp, le Parti du travail a toutes ses chances auprès des indécis. De nombreux libéraux ont décidé de voter pour M. Rutte, mais le PvdA peut toujours prendre un grand nombre de voix du SP et des autres partis de gauche.