Migrants en Méditerranée : le dialogue à haute tension entre l'Italie et l'UE

Plusieurs navires de sauvetage en mer, avec à leur bord des centaines de migrants, se voient toujours refuser le droit d'accoster sur terre italienne. Les négociations entre Italiens et européens ne semblent pas aboutir, tandis qu'une rhétorique d'extrême droite s'installe.

EURACTIV Italie
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Les tensions sont croissantes entre l’Italie et l’Europe sur la question sensible de la migration, alors que plusieurs navires d’ONG étrangères, avec des centaines de migrants à leurs bords, attendent toujours de pouvoir accoster. [EPA-EFE/ORIETTA SCARDINO]

Plusieurs navires de sauvetage en mer, affrétés par des ONG et avec à leur bord des centaines de migrants, se voient toujours refuser le droit d’accoster sur terre italienne. Les négociations entre Italiens et européens ne semblent pas aboutir, tandis qu’une rhétorique d’extrême droite s’installe.

C’est bien le cas de Massimiliano Romeo, le chef de file du parti d’extrême droite La Ligue (Lega) au Sénat italien, qui a critiqué ceux qui, au sein de l’Union européenne, s’érigent en « moralistes » et prêchent « l’humanitarisme ».

« Je remarque qu’en Europe, ce sont tous des humanitaristes mais avec le port des autres, un peu comme ceux qui jouent les moralistes avec les problèmes des autres », a déclaré M. Romeo.

Les tensions sont croissantes entre l’Italie et l’Europe sur la question sensible de la migration, alors que plusieurs navires d’ONG étrangères, avec des centaines de migrants à leurs bords, attendent toujours de pouvoir accoster. L’Europe demande à l’Italie de faire preuve de solidarité, mais le gouvernement italien de Giorgia Meloni s’insurge contre les règles de l’UE et exige la redistribution directe et sans équivoque des demandeurs d’asile à d’autres États membres.

« Sur le bateau, [les migrants] sont dans des conditions optimales, ils n’ont pas de problèmes particuliers, ils sont nourris et soignés. Dans certains cas, ils y sont dans des conditions plus humaines que dans certains centres d’accueil, tels que celui de Lampedusa », a ajouté M. Romeo.

Des centaines de migrants ont déjà débarqué en Sicile ces derniers jours, transportés par deux navires humanitaires : « Humanity 1 » et « Geo Barents ». 89 migrants ont aussi débarqué en Calabre à bord du navire allemand « Rise Above », pour être mis en « lieu sûr » par le ministère de l’Intérieur.

Le chef de la mission du navire Geo Barents, Juan Mattias Gil, affirme qu’il retournera bientôt en mer pour « sauver des vies », malgré la décision du gouvernement italien d’afficher clairement le refus du pays de les accueillir.

Va-et-vient entre la France et l’Italie

L’« Ocean Viking », navire de l’ONG SOS Méditerranéee, fait route vers la France, seul pays d’Europe à s’être rendu disponible pour accueillir « une partie » des 234 passagers migrants, après plusieurs jours de silence. Il apparaît donc que la France fera une sélection, tout comme l’Italie, des migrants à accueillir.

Quelques heures plus tôt, la Première ministre italienne Giorgia Meloni avait remercié la France pour sa solidarité, à la suite de la rencontre entre Mme Meloni et le président Emmanuel Macron à la COP27 à Charm-El-Cheikh.

Le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures et des Transports Matteo Salvini, secrétaire fédéral de la Lega, s’est également félicité de la volonté de la France d’accueillir des migrants auparavant destinés à l’Italie : « C’est une bonne chose. Il y a du changement dans l’air ».

La France adresse toutefois un reproche à l’Italie, coupable d’un « comportement inacceptable » et d’une attitude « contraire au droit de la mer et à l’esprit de solidarité européenne », a indiqué à l’AFP une source gouvernementale française.

Pour le porte-parole de l’exécutif français, Olivier Véran, l’Italie doit « jouer son rôle » et « respecter les engagements européens ».

Ocean Viking « se trouve actuellement dans les eaux territoriales italiennes. Il y a des règles européennes extrêmement claires », a ajouté M. Véran. Il a ainsi promis que « personne ne laissera ce navire courir le moindre risque, évidemment pour ceux qui sont à bord ».

« Nous sommes très heureux si quelqu’un [la France] commence à prendre une certaine responsabilité, en la partageant avec l’Italie. Le fardeau de l’immigration clandestine, puisque nous sommes le pays le plus exposé, nous a en fait été délégué au fil des ans », a conclu le ministre Francesco Lollobrigida.

Confrontation avec Bruxelles

La Commission européenne avait exigé que l’Italie facilite les débarquements en se fondant sur une « obligation légale et morale ».

« Je voudrais répéter une fois de plus que, conformément aux règles internationales, tous les efforts doivent être faits pour que le temps que les gens restent à bord de ces navires soit réduit au minimum », a déclaré la porte-parole de la Commission, Anitta Hipper.

Le ministre italien de l’Intérieur Matteo Piantedosi a rejeté cette offensive et a tenu à préciser : « Nous n’acceptons de leçons de personne en matière de respect des droits de l’homme ». Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, ancien président du Parlement européen, a quant à lui affirmé que l’Italie « respecte et applique les règles ».

Une analyse qu’est loin de partager le secrétaire du Parti démocrate Enrico Letta a demandé au ministre M. Piantedosi de rendre compte au Parlement de la situation en matière de migration et a qualifié « la sélection de personnes désespérées d’aberration et de gifle à la civilisation et à l’État de droit ».

« Nous sommes ceux qui, dans l’UE, exigent le partage des responsabilités et la solidarité », a écrit M. Letta sur les réseaux sociaux.

La Commission demande le débarquement immédiat, dans le lieu sûr le plus proche, de toutes les personnes secourues à bord de l’Ocean Viking car « la situation à bord du navire a atteint un niveau critique et doit être traitée d’urgence pour éviter une tragédie humanitaire ».

La Commission, rappelant le principe de coopération entre les États membres, appelle à « travailler ensemble pour assurer une réponse commune ».

« Il est important de fournir un soutien aux pays qui reçoivent des arrivées régulières par la mer : sur la base du mécanisme de solidarité convenu, un nombre important de places de relocalisation sont disponibles pour aider à alléger une partie de la pression par la relocalisation vers d’autres États membres », indique la Commission dans une note.