Migrations : le nombre de retours de demandeurs déboutés doit augmenter, selon la Commission européenne

La Commission européenne a présenté, mardi (24 janvier), des plans visant à augmenter les retours des demandeurs d’asile déboutés dans leur pays d’origine.

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EU Home Affairs Schengen Council meeting in Luxembourg
La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, et la coordinatrice de l’UE pour les retours, Mari Juritsch, qui a été nommée à ce poste créé en mai 2022, ont présenté une « stratégie pour des retours plus efficaces ». [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

La Commission européenne a présenté, mardi (24 janvier), des plans visant à augmenter considérablement les retours des demandeurs d’asile déboutés dans leur pays d’origine.

La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, et la coordinatrice de l’UE pour les retours, Mari Juritsch, qui a été nommée à ce poste créé en mai 2022, ont présenté une « stratégie pour des retours plus efficaces » qui sera examinée lors de la réunion sur la Justice et les Affaires intérieures qui se tiendra jeudi (26 janvier) à Stockholm ainsi qu’au prochain sommet des dirigeants européens à Bruxelles en février.

« Nous assistons à une augmentation des arrivées irrégulières », a indiqué Mme Johansson à des journalistes, en précisant que plus de 330  000 arrivées irrégulières ont été détectées par Frontex, l’agence des frontières de l’UE, l’année dernière — soit une augmentation de 100  000 arrivées.

La majorité d’entre eux, précise-t-elle, n’ont pas besoin de protection internationale mais ont tout de même déposé une demande.

Les personnes ne nécessitant pas de protection internationale doivent retourner dans leur pays d’origine. Seules environ 70  000 personnes sont renvoyées chaque année, alors que plus de 300  000 décisions en matière d’asile sont prises.

« Les États membres ne peuvent pas résoudre ce problème seuls et la Commission ne peut pas non plus le résoudre toute seule », a déclaré Mme Johansson.

La stratégie de la Commission propose que l’UE fixe un objectif de pays tiers spécifiques vers lesquels il convient de se concentrer en vue d’accroître les retours. Elle exhorte également les autorités nationales à collaborer afin de lutter contre les utilisations abusives du régime permettant aux demandeurs d’asile présents dans un des États membres de déposer une demande dans un autre État membre. Par ailleurs, elle stipule que les gouvernements de l’UE doivent veiller à ce qu’une décision de fin de séjour soit immédiatement suivie d’une décision de retour.

Frontex, l’agence de gestion des frontières de l’Union européenne dont les activités ont récemment fait l’objet de scandales, devrait également se voir accorder davantage de pouvoirs pour le traitement des retours, a déclaré Mme Johansson.

Actuellement, seuls 16 % des décisions de retour dans les États membres sont suivies d’une demande de réadmission dans le pays tiers vers lequel ils devraient retourner.

Le nombre de retours de migrants a également chuté de 50 % pendant la pandémie de Covid-19, indique la Commission européenne.

Le faible nombre de retours de migrants est un problème de longue date pour l’UE et résulte en grande partie du fait que les autorités nationales chargées de la gestion de l’immigration sont surchargées, que la communication au sein de l’UE est insuffisante et que les pays tiers sont peu enclins à accueillir les demandeurs d’asile déboutés.

Plusieurs gouvernements de l’UE ont évoqué la possibilité de réduire l’aide au développement pour les pays qui refusent de reprendre les demandeurs d’asile déboutés, bien que cette idée n’ait pas eu beaucoup de succès jusqu’à présent.

L’année dernière, 924 000 demandes d’asile ont été déposées dans les 27 États membres de l’UE, soit trois fois plus que le nombre d’arrivées irrégulières. La plupart des demandes ont été déposées en Allemagne, en France, en Espagne et en Autriche. C’est toutefois à Chypre et en Autriche que les nombres de demandes par habitant sont les plus élevés.

Entre-temps, les ressources disponibles ont été mises à rude épreuve par les quatre millions de réfugiés ukrainiens actuellement accueillis dans l’UE et sont toujours soumises à une « pression considérable », a déclaré Mme Johansson.

L’exécutif européen ne prévoit pas de fixer un objectif global pour l’augmentation des retours, laissant plutôt cette tâche aux gouvernements nationaux.

« Il est clair que le problème est que les retours ne sont pas encore perçus comme un domaine de compétence commun et comme une responsabilité partagée », a déclaré Mme Juritsch.

« Je ne peux m’empêcher de comparer notre travail en matière de retours à celui que nous faisons en matière de frontières extérieures. Nous ne sommes pas performants sur le plan des retours en termes de chiffres et les perspectives ne sont pas bonnes non plus, à moins que quelque chose ne change », a-t-elle conclu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]