Motion de censure : Ursula von der Leyen retourne l’attaque contre l’extrême droite

Visée par une motion de censure initiée par un eurodéputé d’extrême droite, Ursula von der Leyen est parvenue à retourner le débat. Elle dénonce une « embuscade de l’extrême droite pro-Poutine » et présente le vote comme opposant démocratie et illibéralisme.

EURACTIV.com
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Visée par une motion de censure initiée par un eurodéputé d’extrême droite, Ursula von der Leyen est parvenue à retourner le débat. Et avec le soutien des centristes et de son parti, le Parti populaire européen (PPE), la présidente de la Commission européenne devrait échapper à la censure lors du vote prévu jeudi 10 juillet.

Ursula von der Leyen n’a guère tremblé face à la motion de censure déposée contre elle. Dès lundi 7 juillet, lors d’un débat au Parlement européen, la présidente a dénoncé une « embuscade de l’extrême droite pro-Poutine », recadrant le débat sur un terrain moral où elle oppose démocratie et illibéralisme.

Elle a aussi déplacé l’attention du contenu de la motion en invoquant la nécessité de rester unis face aux tempêtes géopolitiques. Cette posture, stratégique, a reçu le soutien appuyé de son propre groupe, le Parti populaire européen (PPE, centre-droit), mais aussi des Socialistes et Démocrates (S&D), de Renew (libéraux) et des Verts. Tous ont annoncé qu’ils ne soutiendraient pas la motion en raison de son origine extrémiste. Son rejet lors du vote ce jeudi midi ne fait guère de doute.

Lundi, Ursula von der Leyen a tout de même abordé de front certaines des questions soulevées par la motion largement médiatisées, notamment une récente décision de justice qui a critiqué la Commission pour ne pas avoir divulgué les SMS échangés entre sa présidente et le PDG de Pfizer lors des négociations sur le contrat de vaccins Covid.

« Suggérer que ces contacts auraient été, d’une quelconque manière, inappropriés ou contraires à l’intérêt européen est, à tous égards, tout simplement fauxs », a-t-elle déclaré aux députés européens.

Mais d’autres griefs, comme sa tendance à centraliser les pouvoirs au sein de la Commission ou son fonctionnement jugé autoritaire et peu transparent, sont restés sans réponse.

Pour le politologue Ben Crum (Vrije Universiteit Amsterdam), l’extrême droite a offert à Ursula von der Leyen une porte de sortie idéale sur l’affaire Pfizer, en focalisant le débat ailleurs.

« Le centre gauche s’est prêté au jeu avec joie », observe-t-il.

Manfred Weber dans le viseur

Le recadrage du débat a également encouragé une discussion sur la dynamique interne du Parlement lui-même, et notamment les alliances de Manfred Weber — qui dirige le groupe PPE. Accusé d’avoir pactisé avec l’extrême droite sur plusieurs dossiers (démantèlement du Pacte vert, contrôle accru des ONG), il a concentré une partie importante des critiques lundi.

L’écologiste Bas Eickhout l’a accusé de « nourrir la bête » de l’extrémisme, tandis que la socialiste Iratxe García Pérez a promis de « mener la résistance » si les alliances PPE-extrême droite persistent.

Manfred Weber, de son côté, ne montre aucun signe laissant entendre qu’il pourrait faire marche arrière. Du côté du groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), malgré les tensions entre les Italiens modérés et les Polonais radicaux qui co-président le parti, les coopérations avec le PPE devraient se poursuivre.

Cet épisode laissera-t-il von der Leyen affaiblie ?

Malgré des tensions au sein du camp pro-européen, sociaux-démocrates et centristes ne comptent donc pas faire tomber Ursula von der Leyen. Entre abstentions et soutiens affirmés à sa Commission, l’Allemande devrait échapper sans difficulté à la motion de censure.

Mais Ursula von der Leyen pourrait sortir affaiblie de cette épisode.

« Je pense que cette motion de censure renforcera temporairement le centre-gauche au Parlement européen », a anticipé l’eurodéputé suédois Charlie Weimers (CRE). « Le PPE aura besoin du groupe CRE à ses côtés pour faire passer sa politique migratoire, pour travailler sur le programme de compétitivité, sur l’omnibus, donc à long terme, je suis optimiste. »

Si les rapports de force demeurent en faveur de la droite au Parlement, les socialistes menacent toujours de recourir à l’option nucléaire dont disposent les eurodéputés.

Une motion de censure menée par le groupe S&D est « tout à fait possible », confie la socialiste flamande Kathleen Van Brempt à Euractiv. Elle ajoute que la stratégie de Manfred Weber « ne changera que s’il sait que le S&D cessera de défendre Ursula von der Leyen à la tête de la Commission [même] s’il continue à conclure des accords avec l’extrême droite ».

Les socialistes — et les libéraux — veulent également renégocier les termes de leur engagement avec le PPE au Parlement, qui sont actuellement loin de constituer un accord de coalition, a déclaré Kathleen Van Brempt.