Municipales 2026 : à Paris, la droite espère renverser les socialistes

L’actuelle ministre de la Culture, Rachida Dati, jouit d’une exposition médiatique plus importante que ses adversaires, mais elle est aussi plombée par des affaires judiciaires.

Euractiv France
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Une rue du 1er arrondissement, dans le centre de Paris [Rachel Boßmeyer/picture alliance via Getty Images]

À quelques semaines des municipales du mois de mars, la bataille pour Paris est lancée, et la droite espère bien mettre un terme aux 25 années de règne du Parti socialiste (PS) dans la capitale.

Au bénéfice de la maire sortante Anne Hidalgo, qui a choisi de ne pas se représenter après deux mandats, la forte augmentation des logements sociaux (25 % du parc immobilier), mais aussi la piétonisation accélérée de la première ville de France et le développement de 500 km de pistes cyclables en dix ans.

Selon des données récentes de Airparif, le niveau des particules fines (PM 2.5) a en conséquences diminué de 55 % depuis 2025. Mais les mesures volontaristes de l’équipe Hidalgo ont aussi entrainé l’augmentation rapide des dettes de la capitale, passées en une décennie de 4 à 10 milliards d’euros.

Les 15 et 22 mars prochains, les électeurs parisiens participeront à deux scrutins : le premier pour élire le Conseil municipal, qui désignera le prochain maire de la capitale, et le second pour choisir les conseillers qui éliront ensuite les maires des 20 arrondissements de Paris.

La droite menacée par les affaires

Créditée au premier tour d’un peu plus de 30 % dans les sondages, la maire du très chic 7e arrondissement, Rachida Dati, milite pour réduire le train de vie de la mairie et pour sabrer dans les subventions accordées aux associations, tout en renforçant les « politiques de sécurité et de propreté ».

Investi par le parti de droite des Républicains (LR), Dati a aussi reçu le soutien des centristes de l’ancien Premier ministre François Bayrou. Elle devra faire face à une autre liste de droite, menée par l’ancien député Pierre-Yves Bournazel, et soutenue par le mouvement Renaissance  d’Emmanuel Macron, mais qui pourrait se désister au second tour.

L’actuelle ministre de la Culture jouit d’une exposition médiatique plus importante que ses adversaires, mais elle est aussi plombée par les affaires judiciaires.

Rachida Dati doit être jugée en septembre 2026 pour corruption et trafic d’influence, soupçonnée d’avoir perçu de l’argent pour du lobbying en faveur de Renault-Nissan lorsqu’elle était eurodéputée, entre 2009 et 2019.

Un handicap important estime le politologue Pascal Perrineau, alors que l’électorat parisien est pour une large part composé de « cadres supérieurs et de professions intellectuelles » et que ces derniers sont « très informés ».

« Les affaires, cela créé le doute, cela brouille l’image », dit-il. « La seule chance de Dati, c’est que la gauche soit divisée au second tour ».

La gauche négocie

Ancien premier adjoint de Anne Hidalgo, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire va devoir trouver des compromis pour faire le plein de voix. Il peut déjà compter sur le soutien du parti communiste, ainsi que sur celui des écologistes.

Ces derniers, qui pèsent plus de 10 % des électeurs à Paris, ont accepté de se rallier aux socialistes dès le premier tour, en échange de la mairie du 11e arrondissement, considéré comme un bastion de la gauche.

Un accord pour une « liste commune » a été conclu avec le Parti socialiste, avait annoncé mi-décembre le candidat écologiste David Belliard. Quelques jours plus tôt, il expliquait à Euractiv que sa priorité était de retenir dans la capitale les classes populaires chassées vers la banlieue, en renforçant l’encadrement des loyers et en poursuivant le développement des logements sociaux.

La rupture semble en revanche consommée entre Emmanuel Grégoire et la candidate de La France insoumise (LFI), Sophia Chikirou, avec laquelle aucun accord ne sera possible ni au premier, ni au second tour, explique le chef de file des socialistes. `

Dans l’entourage de cette dernière, on souligne vouloir mener une politique de « rupture » avec l’ancienne majorité, pour rendre aux parisiens une ville « privatisée pour les grandes entreprises et les touristes ». Mais sans fermer la porte à une fusion de toutes les listes de gauche au second tour.

« La direction du PS se tire une balle dans le pied si elle pense pouvoir gagner Paris sans les voix des Insoumis », explique l’un des membres de l’équipe de campagne de Sophia Chikirou. Lors de la présidentielle de 2022, Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 30 % des suffrages à Paris et Manon Aubry avait encore rassemblé 17 % des voix aux Européennes de 2024.

Certes, les résultats des élections municipales sont généralement très différents de ceux des scrutins nationaux, mais les dynamiques observées en mars donneront des indications sur les alliances qui se constitueront pour la présidentielle de 2027.

Mi-décembre, Le Journal du Dimanche, propriété de l’oligarque Vincent Bolloré, expliquait que l’eurodéputée d’extrême droite Sarah Knafo pourrait elle aussi se lancer dans la course à la mairie de Paris. Et qu’elle ne fermait en aucun cas la porte à une alliance avec le mouvement des Républicains de Dati.

En octobre dernier, le président des Républicains Bruno Retailleau avait exhorté les électeurs à faire barrage à la gauche lors du second tour d’une élection législative partielle, qui opposait un candidat socialiste à un candidat de l’Union des droites pour la République (UDR) allié au Rassemblement national (RN).

L’entourage de Rachida Dati explique pour l’heure que tout alliance avec l’extrême droite serait impossible. Mais la question ne manquera pas de refaire surface si Sarah Knafo ou le député européen du RN Thierry Mariani franchissaient le seuil des 10 % requis pour se qualifier au second tour.

Début décembre, la candidate de droite à la mairie de Marseille, Martine Vassal, était restée ambigüe sur la possibilité d’une alliance de ce type.

« On verra à ce moment-là », avait-elle expliqué.