Bruxelles laisse entrevoir une nouvelle arme commerciale contre la Chine
Ce nouvel outil pourrait devoir s'appliquer à « des segments entiers des chaînes de valeur », déclare un haut responsable de la Commission européenne
La Commission européenne a laissé entendre qu’elle était en train de mettre au point un nouvel outil de défense commerciale à l’encontre de la Chine, une initiative qui risque d’aggraver encore les tensions entre Bruxelles et Pékin.
Denis Redonnet, responsable de l’application des règles commerciales au sein de l’exécutif européen, a affirmé jeudi que les « distorsions très, très importantes » créées par l’économie chinoise axée sur l’exportation signifient que « les instruments commerciaux traditionnels atteindront inévitablement, à un moment donné, leurs limites ».
Ces outils, qui comprennent des mesures antisubventions et antidumping ainsi que des « mesures de sauvegarde » visant à protéger les entreprises contre une hausse soudaine des importations, « ont tendance à être spécifiques à certains produits [et] à avoir une portée limitée, alors que certaines distorsions affectent des segments entiers des chaînes de valeur », a déclaré Redonnet.
Redonnet, qui occupe également le poste de directeur général adjoint chargé du commerce à la Commission, a ajouté que ces instruments ont également tendance à «intervenir trop tardivement pour remédier aux distorsions».
« Si nous devons envisager d’adapter en permanence nos outils, y compris les instruments de défense commerciale… c’est le genre de questions sur lesquelles nous nous penchons », a-t-il indiqué.
Les commentaires de Redonnet, formulés lors du Forum annuel sur la sécurité économique de Bruxelles (BESF) organisé par l’European Policy Centre, interviennent dans un contexte de relations profondément tendues entre l’UE et la Chine, qui est le premier producteur mondial de produits manufacturés et la principale source d’importations de l’UE.
Bruxelles exhorte depuis longtemps Pékin à réorienter ses industries manufacturières axées sur l’exportation vers la consommation intérieure, dans le but de soulager les industries de l’UE qui peinent déjà à faire face aux droits de douane américains généralisés et aux prix élevés de l’énergie. Les relations ont été encore exacerbées par les contrôles à l’exportation imposés par la Chine sur les minéraux stratégiquement critiques et par ses liens étroits avec la Russie.
Plusieurs grandes économies de l’UE, dont la France et l’Espagne, ont adressé le mois dernier une lettre à la Commission pour l’exhorter à renforcer ses outils de défense contre la « surcapacité » chinoise. Madrid s’est toutefois depuis distanciée de cette proposition, face aux menaces de représailles de Pékin.
Les commentaires de Redonnet interviennent également alors que Maroš Šefčovič, commissaire européen au commerce, a rencontré Li Chenggang, vice-ministre chinois du commerce, en marge d’une réunion des ministres du commerce de l’OCDE à Paris cette semaine.
La réunion « s’est concentrée sur l’approfondissement de l’engagement en faveur de la réforme [de l’Organisation mondiale du commerce] et sur le rééquilibrage de nos relations bilatérales en matière de commerce et d’investissement », a déclaré Šefčovič, qui prononcera vendredi un discours très attendu au BESF.
« Mon objectif est d’adopter une approche pratique et axée sur les résultats pour répondre à nos préoccupations – et non une escalade », a-t-il ajouté.
Les dirigeants de l’UE discuteront également des relations avec la Chine lors d’un sommet européen à Bruxelles les 18 et 19 juin, à la suite d’un « débat d’orientation » entre les commissaires la semaine dernière.
(bw)