Nabucco victime d'un coup bas de la part de BP

  Le géant britannique du pétrole, BP, a fait savoir qu’il ne comptait plus transporter de gaz de son gisement de Shaz Deniz en Azerbaïdjan via le gazoduc Nabucco, un coup dur pour le projet européen déjà en difficulté. La Commission européenne a toutefois affirmé que la « version à pleine échelle » de Nabucco demeurait l’une des principales options envisagées.

EURACTIV.com
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Le géant britannique du pétrole, BP, a fait savoir qu’il ne comptait plus transporter de gaz de son gisement de Shaz Deniz en Azerbaïdjan via le gazoduc Nabucco, un coup dur pour le projet européen déjà en difficulté. La Commission européenne a toutefois affirmé que la « version à pleine échelle » de Nabucco demeurait l’une des principales options envisagées.

Iain Conn, le directeur de BP pour les activités de raffinage et le marketing, a déclaré lors d'un discours la semaine dernière que BP et l'entreprise pétrolière publique azérie Socar n'envisageaient plus que deux options pour l'itinéraire du gazoduc vers l'Autriche : un petit gazoduc du consortium Nabucco, « Nabucco West », et le South East Europe Pipeline (SEEP).

« Nabucco West » est un segment plus court qui partirait de la frontière occidentale de la Turquie et traverserait la Bulgarie et la Roumanie avant d'arriver en Autriche. Le projet Nabucco dans son ensemble comprend de nouveaux gazoducs qui relient l'Azerbaïdjan à la plateforme gazière de Baumgarten près de Vienne.

BP : une partie intéressée

BP est une partie intéressée dans le corridor Sud pour le gaz et ce n'est pas la première fois que l'entreprise tient des propos pouvant porter atteinte aux intérêts de Nabucco. Il y a un an, le géant énergétique allemand RWE, actionnaire de Nabucco, a accusé BP d’avoir émis des doutes quant à la viabilité du projet Nabucco.

L'une des principales sources du corridor Sud pour le gaz est le gisement de Shah Deniz II situé dans la mer Caspienne en Azerbaïdjan. Il est exploité par BP et l'entreprise norvégienne Statoil, ainsi que par l'entreprise énergétique publique azérie Socar, entre autres. Il contiendrait environ 1 200 milliards de mètres cubes de gaz.

BP développe son propre projet de gazoduc qui partirait de la Turquie et passerait par la Bulgarie pour atteindre la frontière entre la Roumanie et la Hongrie. Il s'agit du South East Europe Pipeline (SEEP). Contrairement à Nabucco, le SEEP devrait reposer sur des infrastructures existantes.

L'un des segments méridionaux du corridor Sud pour le gaz, le Trans Adriatic Pipeline (TAP) qui va de la Grèce à l'Italie, est à un stade d'approbation avancé. Le directeur du TAP, Kjetil Tungsland, a récemment confié à EURACTIV que pour le segment septentrional, Socar ferait son choix entre le SEEP et Nabucco West cet été.

Aujourd'hui, un journal autrichien a cité un représentant de Socar qui a minimisé les déclarations de BP.

« Nous avons informé BP que nous n'étions pas d'accord avec ces commentaires. BP s'est excusée et a qualifié ces commentaires d'avis personnel », a affirmé le vice-directeur de Socar, Elshad Nassirov, cité dans une interview réalisée à Bakou par Die Presse.

L'UE a toujours foi en Nabucco

Le projet Nabucco dans son ensemble est toujours examiné, a déclaré la Commission européenne le 25 mai dernier. « Nous sommes convaincus que la version classique de Nabucco est toujours sur la table », a déclaré la porte-parole de la Commission sur les questions énergétiques, Marlene Holzner, citée par Reuters.

L'Union européenne tente de réduire sa dépendance vis-à-vis du gaz russe et le nom du gazoduc qui sera choisi n'est pas l'élément le plus important, a-t-elle ajouté dans une déclaration envoyée par courriel.

Il est par contre crucial que l'essence du projet Nabucco soit retenue, a-t-elle expliqué.

L'entreprise allemande RWE a confirmé que les plans initiaux du gazoduc Nabucco seraient sans doute examinés, même dans le cas où une version plus courte était retenue.

« Nous pensons que Nabucco West remportera l'appel à projets, mais que par la suite, le concept original de Nabucco sera à nouveau examiné », a déclaré Leonhard Birnbaum, membre du conseil d'administration de RWE, cité par Reuters.

Pour la Russie, Nabucco est mort

Dans le même temps, la presse russe n'a pas hésité à annoncer la mort probable de Nabucco avant la fin de l'été. La Russie développe son propre projet, South Stream, dont l'un des principaux objectifs est de contrer Nabucco (voir « Contexte »).

Gennady Shmal, le directeur de l'Union des producteurs russes de pétrole et de gaz, aurait déclaré que l'Azerbaïdjan ne disposerait que d'une faible quantité de gaz pour alimenter le gazoduc Nabucco, une fois ses besoins nationaux satisfaits et ses contrats avec la Turquie et la Géorgie respectés.

Concernant le Turkménistan, un autre fournisseur possible, M. Shmal a affirmé qu'il ne disposerait pas non plus de suffisamment de gaz pour exporter en Occident, dans la mesure où il avait déjà construit deux gazoducs vers la Chine et qu'il était en train d'en bâtir un troisième.