Nicolas Sarkozy assouplit sa position sur la candidature turque à l’UE

La France serait prête à des compromis sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE, a laissé entendre Nicolas Sarkozy dans un discours prononcé hier devant l’ensemble de la diplomatie française. L’arrêt des négociations avec Ankara avait pourtant été l’un des arguments forts de sa campagne électorale.

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La France serait prête à des compromis sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE, a laissé entendre Nicolas Sarkozy dans un discours prononcé hier devant l’ensemble de la diplomatie française. L’arrêt des négociations avec Ankara avait pourtant été l’un des arguments forts de sa campagne électorale.

Enjeux  :

La Turquie n’a pas vocation à entrer dans l’Union européenne, répète à l’envie Nicolas Sarkozy depuis un an. Le président français semblerait pourtant aujourd’hui ouvert à quelques compromis à ce sujet.

C’est ce qu’il a indiqué dans un discours prononcé, lundi 27 août, à l’occasion de la XVème réunion des ambassadeurs, une manifestation qui réunit tous les ans l’ensemble des ambassadeurs français dans le monde. Dans ce premier discours de politique étrangère depuis son entrée en fonction, le président a réservé à l’Europe et à la Turquie une place de choix.

L’Europe constitue « une priorité absolue pour la France (…). Il n’y a pas de France forte sans l’Europe, comme il n’y a pas d’Europe forte sans la France. Sans Europe assumant son rôle de puissance, le monde serait privé d’un pôle d’équilibre nécessaire », a-t-il indiqué.

Poursuivre les négociations avec Ankara

Or, pour la première fois, le président français n’a pas écarté d’office la Turquie de cette « Europe forte ».

« La France ne s’opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de négociation entre l’Union européenne et la Turquie soient ouverts dans les mois et les années à venir à condition que ces chapitres soient compatibles avec les deux visions possibles de l’avenir de leurs relations  : soit l’adhésion, soit l’association aussi étroite que possible, sans aller jusqu’à l’adhésion» a en effet déclaré le président de la République, tout en se déclarant plutôt favorable à la deuxième option.

Nicolas Sarkozy a en outre posé une condition. La France acceptera de poursuivre les négociations d’adhésion avec la Turquie si l’UE met en place un « comité des sages » au niveau européen, qui tenterait, d’ici 2009, de répondre à la question « Quelle Europe en 2020-2030 et pour quelles missions ? ».

En clair, le président français souhaite que l’Union entame une réflexion sur ses frontières, ses valeurs et ses objectifs, et ainsi sur la place de la Turquie dans l’UE. 

Ce changement de position de Nicolas Sarkozy intervient à la veille des élections présidentielles turques. 

Le vainqueur pressenti est l’islamiste modéré Abdullah Gül, candidat de l’AKP (parti de la justice et du développement). Son parti, vainqueur des élections législatives du mois dernier avec 46,5% des suffrages, est le plus favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Celle-ci fait intégralement partie de son programme, contrairement à l’opposition laïque.

Le traité réformateur

La Conférence intergouvernementale (CIG), chargée de rédiger le futur traité réformateur de l’Union européenne, reprend ses travaux le 29 août. Elle devrait proposer un nouveau texte d’ici le mois d’octobre, la présidence portugaise souhaitant que les États membres puissent en discuter lors du Conseil européen des 18 et 19 octobre prochains.

A ce sujet, Nicolas Sarkozy a clairement exprimé le souhait que la France soit le premier pays à ratifier le nouveau texte. Une manière de faire oublier le non français qui avait stoppé, en 2005, le processus de ratification du projet de Constitution.

Ce vote interviendrait par voie parlementaire.  

Préparation de la présidence française

La Présidence française de l’UE du deuxième semestre 2008 a été largement évoquée par le chef de l’État. « La Présidence française de l’Union, dans dix mois seulement, doit dès à présent mobiliser toutes nos énergies », a souligné Nicolas Sarkozy. Il a annoncé son intention de se rendre, lui ou le premier ministre, François Fillon, dans toutes les capitales de l’UE d’ici le 1er juillet 2008. Pour réussir cette présidence « nous devons jouer collectif », a jugé bon d’ajouter le président français.

L’Europe de la défense 

Le président français a également plaidé pour un renforcement de la défense européenne, en prenant toutefois la précaution de ne pas l’opposer à l’OTAN. « Opposer l’Union à l’OTAN n’a pas de sens, nous avons besoin des deux ». Une attitude qui contraste avec la méfiance connue de son prédécesseur, Jacques Chirac, vis-à-vis de l’organisation.

Le problème du Kosovo

Sur le règlement de l’avenir du Kosovo, qui doit se faire dans les semaines, Nicolas Sarkozy a lancé un « triple appel »  : « aux Serbes et aux Kosovars pour parvenir à une solution mutuellement acceptable » ; « aux Russes et Américains, pour qu’ils comprennent que ce dossier est d’abord un dossier européen » ; « et aux Européens, qui doivent afficher leur unité ».

Nouvel ordre mondial

Sans le citer, le nouveau président français a repris le thème, cher à Jacques Chirac, du nouvel ordre mondial multipolaire. Soucieux de voir l’ONU s’ouvrir, il a soumis l’idée de faire entrer au Conseil de sécurité l’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Brésil et l’Afrique, plaidant aussi pour la transformation du G8 en G13 (avec l’arrivée des pays aux économies émergentes comme l’Inde, le Brésil et la Chine).

Positions  :

Le Portugal, dont le pays est actuellement à la tête de l’Union européenne, a accueilli de façon positive les déclarations de Nicolas Sarkozy. L’idée, formulée par le président, de créer un comité des sages au niveau européen afin de réflechir à l’avenir de l’UE a été qualifié de « proposition novatrice » que l’on « va prendre en compte », a indiqué à l’AFP son porte-parole, Manuel Carvalho.

De son côté, la Commission européenne a salué l’ouverture de Nicolas Sarkozy dans le dossier turc et sa « contribution sur ce débat en cours ». Un porte parole de l’institution, Amadeu Altafaj, a rappelé que le président de la Commission, José Manuel Barroso, avait personnellement averti M. Sarkozy des « conséquences très négatives » d’un blocage du processus d’adhésion turc. 

« L’UE doit remplir ses engagements et les négociations d’adhésion doivent continuer sur la base du cadre de négociations » défini par tous les États membres lors de l’ouverture des pourparlers avec la Turquie en octobre 2005, a, de plus, souligné M. Altafaj.

Le député européen français socialiste, Pierre Moscovici, a indiqué que certains éléments du discours prononcé par Nicolas Sarkozy n’étaient, selon lui, « pas mauvais ».

« Je vais peut-être surprendre, mais j’ai trouvé que c’était un discours qui avait de la tenue, un discours qui s’inspirait beaucoup de ce qu’un certain nombre d’experts, de diplomates de gauche avaient écrit auparavant »a déclaré l’ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes.

Sur la question turque Pierre Moscovici a estimé qu’il s’agissait d’un « tournant (…) assez réaliste », révélant une « attitude plus posée (du président de la République), plus équilibrée que celle d’avant qui était faite pour faire plaisir à l’électorat de droite anti-turque ».